Prévenir le décrochage... grâce aux ordinateurs portables 

Puisqu'ils sont connectés dans le nuage, les élèves... (Photo Le Soleil, Yan Doublet)

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Puisqu'ils sont connectés dans le nuage, les élèves du Collège François-de-Laval, dans le Vieux-Québec, utilisent leur ordinateur portable personnel en classe.

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(Québec) Est-ce que chaque élève dans la province devrait avoir un ordinateur portable en classe? Oui, répondent les experts qui ont constaté que son utilisation favorisait la motivation à l'école. Mais l'encadrement pédagogique doit être à la hauteur de la plus récente technologie, préviennent-ils.

L'exemple de la commission scolaire Eastern Townships revient souvent lorsqu'il est question de doter tous les élèves du primaire et du secondaire de ce puissant outil. Alors qu'elle avait un des pires taux de décrochage scolaire dans la province, celui-ci a chuté de façon draconienne après l'arrivée des ordinateurs, passant de 42 % à 18,8 % entre 2006 et aujourd'hui.  

La directrice générale, Chantal Beaulieu, explique avoir mis la gomme pour lutter contre la désertion des enfants des bancs de ses 25 écoles. Les portables ne sont donc peut-être pas les seuls responsables du succès de la commission scolaire, mais ils ont joué un rôle important selon elle. 

Ainsi, depuis que les enfants pianotent sur leur propre clavier, le taux d'absentéisme en classe a chuté, ce qui, en toute logique, amène moins de jeunes à décrocher, explique Mme Beaulieu. S'ils demeurent cloués à leur siège, c'est simplement parce que «c'est plus intéressant qu'avant», poursuit la directrice générale. 

Selon elle, la société québécoise doit se poser la question suivante : est-ce que notre système

éducatif donne le goût d'apprendre? Chantal Beaulieu répond par la négative, ajoutant que ce dernier n'a pas beaucoup changé au cours du dernier siècle, au contraire des nouvelles générations. «C'est leur monde la technologie! Et de ne pas en avoir pour l'enseignement, c'est aussi inconcevable que de ne pas avoir de crayon il y a 100 ans», illustre-t-elle.    

Toutefois, la directrice générale prévient qu'il faut aussi investir énormément dans la formation aux professeurs pour que le jeu en vaille la chandelle. «Si tu utilises l'ordinateur juste comme projecteur, pour faire du traitement de texte ou des recherches, ça ne change pas grand-chose», met-elle en garde. 

Un avis partagé par la directrice du Centre de recherche et d'intervention sur la réussite scolaire, Thérèse Laferrière. «Ça demande une gestion de classe plus complexe et une pédagogie beaucoup plus diversifiée que ce qu'on connaît dans la majorité des écoles», souligne la professeure de la Faculté des sciences de l'éducation de l'Université Laval. 

«Sinon, c'est payé cher pour ce que ça donne», laisse tomber celle qui estime qu'une «infrastructure sociale» doit accompagner «l'infrastructure technologique». Elle explique que l'outil doit servir, entre autres, à faire des choses plus difficiles sur papier, comme créer des modèles mathématiques ou travailler à plusieurs sur un même texte. 

Mme Laferrière et ses collègues universitaires ont étudié la motivation des élèves qui ont suivi le programme PROTIC au Collège des Compagnons, qui a innové il y a maintenant 17 ans en fournissant aux enfants un environnement technologique jamais vu au Québec et quasi inconnu en Amérique du Nord. 

«Les élèves qui vont à PROTIC, ce ne sont pas des élèves qui décrochent. Ils gardent une expérience beaucoup plus positive de leur passage au secondaire», révèle l'experte, qui arrive sensiblement à la même conclusion que la commission scolaire Eastern Township. «En plus, les enfants ont développé des habiletés de communication, de collaboration et d'organisation nécessaires dans le monde d'aujourd'hui», souligne-t-elle

Le Québec, un modèle?

Le titulaire de la chaire de recherche du Canada sur les technologies de l'information et de la communication en éducation de l'Université de Montréal, Thierry Karsenti s'est penché sur le succès estrien. Il juge qu'il est primordial d'inculquer aux enfants l'idée que l'ordinateur portable en classe est un outil et non un jeu. «Il faut les responsabiliser», fait-il valoir, soulignant que beaucoup d'écoles font l'erreur de permettre aux enfants d'aller se divertir à l'écran. 

M. Karsenti explique par ailleurs que c'est en matière d'écriture que les élèves font le plus de progrès, grâce notamment aux logiciels qui indiquent en temps réel à l'auteur ses erreurs et la raison de celles-ci. Et puisque la maîtrise de cette habileté est à la base de tous les apprentissages, les résultats positifs se répercutent dans toutes les matières, dit-il. 

L'expert est par ailleurs convaincu que le Québec pourrait se démarquer de «manière importante» en fournissant à tous les élèves un ordinateur en classe. Thérèse Laferrière, de l'Université Laval, abonde dans le même sens, mais met en garde contre une implantation trop rapide et uniforme. Le tout doit se faire de manière progressive, dit-elle, puisque enfants comme adultes doivent se familiariser à l'outil à leur rythme.

Deux écoles branchées, deux approches distinctes

Parmi les manuels et les cahiers d'exercices, les élèves de première secondaire de deux écoles privées de la région glissent cette année dans leur sac à dos un ordinateur portable.

Le Collège François-de-Laval, dans le Vieux-Québec, a investi quelque 400 000 $ depuis deux ans pour permettre aux jeunes d'être branchés en classe avec l'aide de leur propre appareil. Contrairement à plusieurs autres initiatives similaires ailleurs au Québec, la direction du Collège n'a pas demandé aux parents d'acheter le même modèle, ce qui peut être dispendieux selon la marque.

«On ne voulait pas être associé à une compagnie. Et on voulait aussi que les jeunes partent avec un environnement qu'ils connaissaient déjà», fait valoir la professeure responsable du développement «technopédagogique» de l'école, Paule Delamarre. Résultat : lors de la visite du Soleil dans une classe d'anglais, des ordinateurs de toutes les couleurs et de tailles différentes étaient installés sur les bureaux des élèves.

Ces derniers et leurs enseignants travaillent donc avec «l'environnement nuagique» (cloud), explique le directeur général, Marc Dallaire. Ainsi, plutôt que d'aménager un bunker consacré aux serveurs informatiques, ce sont ceux accessibles sur Internet qui sont employés. L'avantage, dit Mme Delamarre, c'est que les enseignants pigent leurs outils pédagogiques «dans le grand buffet sans fin» de la communauté éducative Web.

Un choix unique

L'école secondaire Marcelle-Mallet, sur la Rive-Sud, a fait un choix différent. Tous les élèves sont dotés d'un MacBook de l'année, qui a coûté aux parents environ 1200 $. Pour le directeur des services pédagogiques, Robin Bernier, cette uniformité «est pratique» pour les enseignants et les adolescents. Depuis 2009, l'établissement privé a également investi environ 250 000 $ dans la machinerie pour avoir des serveurs sur place. «Le cloud n'était pas aussi développé il y a quelques années», explique-t-il.

M. Bernier vante les vertus de la technologie sur la motivation des élèves, qui ne sont par ailleurs pas autorisés à fréquenter les s en campagne, c'est très commun en campagne, c'est très commun ites de réseaux sociaux. «Ils sont toujours en action», souligne-t-il. Mme Delamarre, du Collège François-de-Laval, où une politique semblable est appliquée, fait le même constat et se dit fière de voir que les jeunes sont disciplinés.

Aussi enseignante de mathématiques, elle ajoute que certaines vidéos trouvées sur Internet permettent d'illustrer rapidement des concepts qui prennent un temps fou à détailler sur un tableau noir. Et si la matière est mal comprise, le jeune peut rejouer autant qu'il veut l'explication à partir de son ordinateur.

Pour l'instant, les deux écoles disent ne pas abandonner complètement les manuels et les cahiers d'exercices, qui ont toujours une place dans le sac à dos des jeunes. Mais à moyen terme, Marc Dallaire croit que le calcul sera facile à faire. Sur cinq ans, illustre-t-il, le coût des livres achetés par les parents ou les commissions scolaires peut facilement être équivalent ou surpasser celui d'ordinateurs qui, eux, ne doivent pas être renouvelés chaque année. 

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