Constat d'échec de la réforme scolaire

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Les enseignants du secondaire sont particulièrement sévères envers la réforme, puisqu'ils sont en désaccord avec les affirmations présentées dans l'étude dans une proportion qui dépasse souvent les 80 %.

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Daphnée Dion-Viens
Le Soleil

(Québec) La réforme scolaire, qui a créé tout un remue-ménage dans les écoles du Québec depuis les années 2000, n'a pratiquement servi à rien, selon des enseignants interrogés dans le cadre d'une recherche menée à l'Université Laval.

Au début 2012, les chercheurs Jean-François Cardin et Érick Falardeau ont interrogé 427 enseignants du primaire et du secondaire pour savoir ce qu'ils pensaient de la réforme, rebaptisée «renouveau pédagogique» en cours de route.

Signe qu'il s'agit toujours d'un «sujet sensible» dans les corridors des écoles, plusieurs commissions scolaires ont refusé que leurs enseignants participent à cette enquête, ce qui n'a toutefois pas empêché les chercheurs d'en arriver à des données «valables sur le plan méthodologique», affirment-ils.

Résultat : les profs interrogés dressent un portrait sombre de la réforme, qui n'a pas permis aux élèves de mieux réussir alors qu'il s'agissait pourtant de l'un des objectifs centraux de ce vaste chambardement pédagogique.

«On pense que ces résultats sont très représentatifs du portrait global. Et le sentiment général n'est pas très positif. Les profs sont en désaccord avec tous les énoncés qui affirment qu'ils ont été capables d'améliorer les résultats de leurs élèves», affirme Jean-François Cardin en entrevue au Soleil.

En effet, une forte majorité d'enseignants ne croient pas que la réforme a permis aux élèves de mieux apprendre (69 %), de mieux réussir (72 %), d'être plus motivés (69 %), plus outillés (58 %), plus disciplinés (88 %) ou plus autonomes (69 %). Pour éviter tout biais négatif, les chercheurs ont pris la peine de formuler de façon positive les énoncés soumis aux enseignants, qui ont toutefois été loin d'y acquiescer.

Les enseignants du secondaire sont particulièrement sévères envers la réforme, puisqu'ils sont en désaccord avec les affirmations précédentes dans une proportion qui dépasse souvent les 80 %. «Ce sont des données très fortes pour nous. La différence avec le secondaire est hyper marquée», souligne M. Falardeau.

Les chercheurs n'y voient toutefois rien d'étonnant puisque au départ, le renouveau pédagogique a été davantage conçu pour le primaire, où l'organisation de la classe permet davantage de flexibilité.

Au secondaire, on a tenté d'adapter les mêmes modèles d'enseignement - travail d'équipe, pédagogie par projet, etc. - sans toutefois changer la structure des classes, qui sont toujours dirigées par des enseignants spécialistes, expliquent-ils.

Élèves en difficulté

Le verdict des profs est tout aussi sévère concernant les élèves en difficulté, qui étaient au coeur de cette réforme ayant pour objectif de réduire le décrochage scolaire : 81 % des enseignants interrogés ne considèrent pas que les élèves faibles deviennent forts ou s'améliorent depuis l'arrivée de la réforme et 83 % croient plutôt que les élèves faibles continuent de l'être.

«Ce constat fait par les enseignants suggère que la réforme n'aurait pas atteint ses objectifs 10 ans après le début de son implantation», écrivent les chercheurs dans un article à paraître dans Les cahiers de l'AQPF (Association québécoise des professeurs de français).

Les enseignants ne croient pas non plus que l'intégration des élèves en difficulté dans les classes régulières a été un succès. Au contraire, 75 % considèrent que cette intégration a fait fuir les élèves plus forts vers le réseau privé ou les programmes d'éducation internationale du réseau public (83 %), alors que 68 % estiment que cette intégration n'a pas permis aux élèves faibles de s'améliorer. Selon les profs interrogés, «l'intégration n'a aidé personne», résume M. Falardeau.

Concernant la maîtrise du français, les réponses ne sont guère plus reluisantes. Les enseignants interrogés considèrent que depuis la réforme, les élèves ne maîtrisent pas mieux la lecture (66 %), l'orthographe et la grammaire (77 %) de même que l'écriture (58 %). Seule note positive au tableau, 61 % des profs estiment que les élèves sont meilleurs en communication orale.

«À la lecture de ces réponses, on peut se demander : tout ça pour ça? lance M. Falardeau. On n'arrivera probablement jamais à mettre un coût sur l'implantation de la réforme, mais peu importe combien ç'a coûté, les profs disent que ça ne marche pas.»

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