L'enseignement du français a peu changé depuis 25 ans

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Selon une vaste enquête réalisée dans les écoles du Québec, peu d'efforts ont été déployés par le ministère de l'Éducation au cours des dernières années pour que des changements concrets soient apportés dans l'enseignement du français.

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(Québec) La réforme scolaire a fait couler beaucoup d'encre au cours des dernières années. Or contrairement à ce qu'on pourrait croire, le «renouveau pédagogique» n'a pas changé grand-chose dans l'enseignement du français au secondaire, révèle une vaste enquête réalisée dans les écoles du Québec. La traditionnelle dictée et les exercices de grammaire y sont toujours présents.

Voilà l'une des conclusions tirées de l'enquête intitulée État des lieux de l'enseignement du français, réalisée par Suzanne-G. Chartrand et Marie-Andrée Lord, professeures à la Faculté des sciences de l'éducation de l'Université Laval, en collaboration avec le Conseil supérieur de la langue française.

Le Soleil a déjà publié les résultats préliminaires de cette étude, réalisée à l'automne 2008 auprès de 801 enseignants et de 1617 élèves de quatrième et cinquième secondaire. Mais depuis, les auteurs ont eu le temps de pousser plus loin l'analyse. Le Conseil supérieur de la langue française avait réalisé une étude semblable en 1985, ce qui permet de faire des comparaisons.

Un premier constat: malgré tous les chambardements qu'a connus le réseau scolaire au cours des dernières années, l'enseignement du français a peu changé depuis 25 ans, écrivent les auteurs dans un article à paraître sous peu dans la revue scientifique Les Nouveaux cahiers de la recherche en éducation.

«Réforme ou pas, il n'y a rien qui a changé à cause des idéaux pédagogiques de la réforme. On a fait beaucoup de bruit pour pas grand-chose», lance Suzanne-G. Chartrand, lors d'un entretien avec Le Soleil.

Le travail d'équipe reste peu présent, et le prof se contente souvent de transmettre la matière à ses élèves, comme c'était le cas en 1985. La dictée et les exercices de grammaire occupent encore une place importante dans les cours de français au secondaire, même si le programme d'études n'en fait pas mention. Or 94 % des enseignants affirment faire des exercices de grammaire chaque cours ou quelques fois par semaine et 40 % déclarent avoir eu recours à la dictée environ une fois par mois.

Loin de la panacée

Un constat qui n'étonne pas Mme Chartrand, qui est toutefois loin de s'en réjouir. «Ce n'est pas rassurant du tout. On a proposé des changements parce que les résultats escomptés n'étaient pas au rendez-vous», affirme-t-elle, en rappelant les lacunes des élèves en français.

Selon Mme Chartrand, qui se spécialise en didactique du français, il n'existe «aucune preuve scientifique de l'efficacité de la dictée». Les élèves qui en arrachent en français ne deviendront pas meilleurs en multipliant les dictées. «C'est loin d'être la panacée. Il y a des exercices beaucoup plus utiles. Mais les dictées, ça rassure tout le monde parce que ça fait partie de la culture de l'école», dit-elle.

L'important est surtout d'expliquer aux élèves comment se corriger eux-mêmes afin qu'ils «apprennent à réfléchir» et à comprendre les règles de grammaire, plutôt que de bêtement les mémoriser, explique la professeure de l'Université Laval.

Mme Chartrand ne jette toutefois pas la pierre aux enseignants, qui occupent un métier «extrêmement difficile et dévalorisé». Ils font ce qu'ils peuvent, dans les circonstances, affirme-t-elle.

Sur la tablette

D'ailleurs, très peu d'efforts ont été déployés par le ministère de l'Éducation au cours des dernières années pour que des changements concrets se produisent en classe, ajoute Mme Chartrand. «On impose des changements, mais on ne dit pas aux enseignants pourquoi ils devraient changer leur façon d'enseigner et comment», affirme-t-elle.

Un exemple? En 2011, le Ministère a terminé une vaste opération appelée «progression des apprentissages», qui vise à préciser quelles sont les connaissances à acquérir pour chaque année du primaire et du secondaire, dans chacune des matières. Mme Chartrand a participé à l'élaboration de la progression des apprentissages en français au secondaire.

Ces documents sont accessibles sur le site du Ministère, mais peu de formation a été donnée à ce sujet dans les écoles, déplore-t-elle: «On dit aux profs de se débrouiller avec des textes illisibles. On peut imaginer que dans deux ou trois ans, la grande majorité des profs n'auront tout simplement pas lu ces documents.»

Mme Chartrand déplore par ailleurs que la formation continue auprès des enseignants soit en chute libre depuis les dernières années, ce qui permet d'expliquer, entre autres, pourquoi les profs n'ont pas vraiment changé leur façon d'enseigner.

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