Des parents d'enfants surdoués s'organisent

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(Québec) Contrairement à ce qu'on pourrait croire, avoir un enfant surdoué peut représenter tout un casse-tête. Devant l'absence de ressources dans le réseau scolaire québécois, des parents s'organisent pour réclamer une école mieux adaptée à ces élèves hors normes.

Dans un Québec qui affiche parfois des relents d'antiélitisme, les élèves surdoués font souvent l'objet d'un tabou dans le réseau scolaire. Les classes «enrichies» ont disparu depuis belle lurette pour faire place à des classes hétéroclites, où l'on intègre des élèves en difficulté parmi des élèves plus forts.

Il y a bien les programmes d'éducation internationale et les projets particuliers, mais ils s'adressent à des élèves plus performants, qui ne sont pas nécessairement exceptionnels.

D'autres enfants, comme Xavier (nom fictif), ont pourtant besoin de beaucoup plus. À quatre ans, son émission préférée était Découverte, à Radio-Canada. À 11 ans, il a vécu l'une des plus belles soirées de sa vie lorsqu'il a assisté à une conférence de Hubert Reeves, à l'Université Laval. En revenant dans l'auto, il a tenté d'en expliquer le contenu à sa mère, qui n'avait pas compris grand-chose.

Présentement en deuxième secondaire, Xavier commence à s'emmerder royalement à l'école privée qu'il fréquente, malgré son programme particulier en nouvelles technologies. Il rêve d'apprendre la programmation informatique, mais il fait plutôt des PowerPoint. «J'ai vraiment peur qu'il se tanne de l'école. Il veut aller à l'université tout de suite pour apprendre des choses à son niveau», raconte sa mère.

Doués, mais décrocheurs

Les chiffres varient selon les études et les définitions, mais de 1 % à 5 % des enfants auraient une intelligence hors normes. En France, on estime qu'environ 30 % d'entre eux vont décrocher.

Un drame méconnu, selon Sylvie Regnier. Cette mère de deux enfants doués vient de créer il y a quelques semaines l'association Haut Potentiel Québec, pour venir en aide à des enfants et parents souvent démunis.

«Il y a plusieurs mythes entourant ces enfants. On pense qu'ils sont des premiers de classe, qu'ils réussissent bien. La réalité, c'est que plusieurs sont malheureux à l'école, ils n'écoutent pas ou dérangent parce qu'ils savent déjà. Oui, ils ont la chance d'apprendre plus vite, mais si on n'accepte pas qu'ils aient un cheminement différent, l'école va devenir infernale. Certains finissent par décrocher.»

La chronique que la collègue Mylène Moisan a publiée à ce sujet lundi dernier lui a d'ailleurs valu de nombreux courriels de parents qui doivent jongler avec des problèmes semblables. Les garçons sont le plus à risque, les filles ayant généralement moins de difficulté à se conformer au système scolaire en place.

L'Association Haut Potentiel Québec a récemment écrit une lettre ouverte à la ministre de l'Éducation, Marie Malavoy, pour la sensibiliser à cette réalité et réclamer davantage de ressources. «Mais nous ne pouvons rien faire si le ministère de l'Éducation continue de nier l'existence de ces enfants et le besoin particulier de ces élèves», peut-on lire.

Le Québec est l'une des rares provinces où il n'existe aucune classe spéciale ou école destinée à ces enfants, selon l'association. L'Alberta et l'Ontario sont les deux provinces les plus avancées en la matière, où il existe des programmes spéciaux pour les enfants «talentueux».

Au Québec, l'association a toutefois recensé une exception. À la commission scolaire Marguerite-Bourgeois, sur l'île de Montréal, une politique pour les enfants doués et talentueux a été adoptée il y a un an afin de les identifier plus facilement et de mieux les encadrer.

Approche individualisée

Malgré plusieurs demandes, la ministre de l'Éducation, Marie Malavoy, n'était pas disponible ces derniers jours pour nous accorder une entrevue à ce sujet.

Au ministère de l'Éducation, on confirme qu'il n'existe pas de programme particulier pour les élèves doués. «Il n'y en a pas davantage pour les autres élèves qui présentent des besoins particuliers», précise la porte-parole, Esther Chouinard. «Chaque élève est différent et c'est une approche individualisée des besoins des élèves qui est privilégiée.»

Plusieurs élèves en difficulté bénéficient en effet de plans d'intervention, adaptés à leurs besoins, mais, selon Mme Regnier, il est très rare qu'un élève doué fasse l'objet d'un tel plan. «Pourtant, il s'agirait d'une mesure assez simple à mettre en place», dit-elle.

En réalité, le quotidien de ces élèves dépend beaucoup de la bonne volonté des enseignants qui les encadrent. Xavier a eu la chance d'avoir au primaire des «profs extraordinaires» qui étaient attentifs à ses intérêts et qui ont pris le temps de le stimuler, raconte sa mère, reconnaissante.

Mais d'autres parents se heurtent à la réticence de nombreux enseignants, affirme Mme Regnier. «C'est difficile d'en parler avec des professeurs sans avoir l'air d'un parent qui surstimule son enfant.»

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