Enseignement de la question nationale: l'impossible consensus historique

Auprès des historiens et des didacticiens québécois, la proposition de la... (Infographie Le Soleil)

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Annie Mathieu
Le Soleil

(Québec) Auprès des historiens et des didacticiens québécois, la proposition de la nouvelle ministre de l'Éducation, Marie Malavoy, de consacrer davantage de place à la question nationale dans le programme d'histoire et de citoyenneté enseigné au secondaire réjouit ou fait grincer des dents.

Dans un monde idéal, le professeur au Département des sciences de l'éducation à l'Université du Québec à Trois-Rivières Félix Bouvier souhaite une refonte complète du programme pour que l'enjeu y soit abordé «de front».

Selon cet historien qui a dirigé et coécrit L'histoire nationale à l'école québécoise. Regards sur deux siècles d'enseignement, les modifications apportées en juin 2011 n'ont pas tout réglé, puisque certaines omissions demeurent. Il reproche aussi à la nouvelle mouture du programme d'être viciée parce qu'elle s'oppose à l'approche par compétences.

Au contraire, le titulaire de la Chaire de recherche du Canada en histoire du Québec contemporain à l'Université Laval, Jocelyn Létourneau, croit que la question nationale ne doit pas être «le soleil autour duquel toutes les planètes du passé québécois doivent orbiter».

Selon M. Létourneau, Mme Malavoy reprend la rhétorique des «inquiets», soit des Québécois habités par la crainte que l'identité et la culture de la société québécoise disparaissent. Une opinion partagée par son collègue de la Faculté des sciences de l'éducation Jean-François Cardin, qui croit que depuis le référendum de 1995 où le Non l'a emporté, le mouvement indépendantiste au Québec se cherche et veut trouver des moyens pour «réactiver la flamme nationaliste».

Une hypothèse qui déplaît au porte-parole de la Coalition pour l'histoire, Robert Comeau. «Le but c'est qu'ils [les étudiants] soient informés, qu'ils connaissent l'histoire. Si après ça, ils sont plus politisés, tant mieux, ils vont être des citoyens plus critiques», affirme le professeur au Département d'histoire de l'UQAM.

«C'est comme si on disait, on n'enseignera pas l'histoire parce que si on l'enseigne, ça va faire des séparatistes», conclut M. Comeau.

Extraits

«Dans une perspective historique, les élèves sont d'abord amenés à se poser des questions au sujet de l'idée de l'appartenance nationale, aujourd'hui, au Québec, pour s'interroger ensuite sur les revendications et les luttes dans la colonie britannique. [...] Leurs interrogations, du présent et du passé, et leur interprétation du passé devraient les amener à prendre conscience que la conception de la nation n'est pas la même pour tous les citoyens et que cela est encore, aujourd'hui, source de débats dans la société.»

- Programme ministériel de 2007 Histoire et éducation à la citoyenneté, section Revendications et luttes dans la colonie britannique.

«Sur le plan politique, les personnes, les groupes de pression et les entités politiques se situent dans différents créneaux : fédéraliste, souverainiste, de gauche, de droite, etc. Ainsi, le fait que le Québec n'ait pas ratifié la Constitution canadienne, en 1982, a entraîné de nombreux débats politiques qui ont conduit à l'Accord du lac Meech en 1987, au référendum sur l'Accord de Charlottetown en 1992 et au référendum sur la souveraineté en 1995. Beaucoup de questions restent en suspens, notamment celles du chevauchement de compétences fédérales et provinciales, du partage des pouvoirs et du financement des opérations gouvernementales. Comment le citoyen peut-il se retrouver dans tout cela?»

- Programme ministériel de 2007 Histoire et éducation à la citoyenneté, section Les enjeux de la société québécoise depuis 1980

«3. Conceptions de la nation et débat de société, aujourd'hui, au Québec

a. Indiquer l'objet de débat : le statut politique du Québec

b. Identifier des acteurs concernés par le débat relatif au statut politique du Québec (ex. : les premiers ministres, les partis politiques, les gouvernements du Québec et du Canada, la Société Saint-Jean-Baptiste, la Ligue monarchiste du Canada)

c. Indiquer la position d'acteurs concernés par le débat relatif au statut politique du Québec : le fédéralisme, le fédéralisme renouvelé, l'autonomisme, la souveraineté.»

- Connaissances prescrites par le ministère de l'Éducation, du Loisir et du Sport, dans un tableau de la Progression des apprentissages au secondaire de juin 2011, Histoire et éducation à la citoyenneté, troisième et quatrième secondaire, section Revendications et luttes dans la colonie britannique

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