Des activistes étudiants planifient des coups d'éclat pour défier la loi 78

La nébuleuse de groupuscules radicaux, qui s'affiche sur... (Photothèque Le Soleil)

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La nébuleuse de groupuscules radicaux, qui s'affiche sur Facebook sous le nom de «Les Réseaux», prévoit organiser des blocages, des occupations et d'autres formes de désobéissance civile dans six grandes villes du Québec, à savoit Montréal, Québec, Saguenay, Gatineau, Sherbrooke et Rimouski.

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Marc Allard

Marc Allard
Le Soleil

(Québec) Une nébuleuse d'activistes étudiants se prépare à défier la loi 78 dès la mi-août en lançant des escouades vouées à perturber la campagne électorale et les activités socioéconomiques des grandes villes du Québec.

La nébuleuse, constituée de groupuscules radicaux qui opèrent en dehors des grandes associations étudiantes, planifie depuis le début de l'été des coups d'éclat à Québec, Montréal, Gatineau, Saguenay, Rimouski et Sherbrooke pour la rentrée.

Les escouades commenceront à s'activer dès le 13 août, date à laquelle trois premiers cégeps amorcent la reprise de la session d'hiver. Des blocages, des occupations et d'autres formes de désobéissance civile sont prévus dans ces six villes.

Les universités et les cégeps seront aussi ciblés et pourraient être occupés et bloqués comme l'Université du Québec en Outaouais, en avril. Les lieux publics où auront lieu les allocutions des candidats libéraux seront aussi visés par les perturbations, de même que les ministères.

«Nous pensons qu'il faut éviter que le mouvement disparaisse derrière l'écran de fumée que sera la campagne électorale», a expliqué au Soleil un membre influent de la nébuleuse, qui fait partie d'un groupuscule nommé les Théoriciens et se fait appeler «Silence» pour éviter d'être identifié par les policiers. Le port du masque sera «fortement» encouragé. C'est «l'une de nos seules défenses contre le profilage», fait valoir Silence, un étudiant en mathématique et physique à l'Université de Montréal.

Au sein du mouvement étudiant, la stratégie se fait connaître sous le nom de l'opération «Firewall», une référence au pare-feu qu'on installe sur un ordinateur pour bloquer les menaces (la loi 78, pour ces étudiants).

La nébuleuse s'affiche sur Facebook sous le nom de «Les Réseaux» et se présente comme un regroupement d'«organisateurs de manifs-actions de partout au Québec».

Elle s'articule autour d'un noyau qui donne les lignes directrices, mais laisse le soin aux organisateurs locaux de recruter des volontaires et de déterminer les tactiques.

Les Réseaux se sont formés au début du conflit étudiant. Au printemps, un groupuscule membre des Réseaux - l'Ordre du Carré rouge - avait par exemple rassemblé 200 étudiants qui avaient bloqué l'entrée principale du palais de justice de Montréal, en appui à leurs camarades arrêtés lors d'une occupation nocturne du Cégep du Vieux-Montréal. L'Ordre avait aussi projeté de perturber le Grand Prix.

«Trop calme à Québec»

Jusqu'à maintenant, les Réseaux ont toutefois été relativement discrets, indique Silence. Ils se sont réorganisés cet été en vue de la rentrée et ont établi des liens avec des activistes dans d'autres villes, dont Québec.

Les membres des Réseaux souhaitent cette fois que la mobilisation soit plus dérangeante dans la capitale.

«Pour le début du mouvement, c'était assez, après, c'est resté trop calme à Québec, explique Silence. Ça s'explique par le conservatisme de la région, mais il faut monter en intensité. On n'a pas peur de choquer par nos actions, parfois, il faut faire sortir les gens de leur zone de confort pour les pousser àla réflexion.»

Indépendants des assos

Un étudiant de l'Université Laval qui se fait appeler «The Wave» agit comme organisateur local à Québec, en plus d'être une des têtes dirigeantes des Réseaux. Avec les Théoriciens et d'autres étudiants de la capitale, il était notamment un des organisateurs de la manifestation nationale de Québec, le 22 juin.

Il explique que Les Réseaux veulent non seulement élargir les perturbations au-delà de la métropole, mais être indépendants des grandes associations étudiantes comme la CLASSE, la FEUQ, la FECQ et la TaCEQ.

«C'est trop lourd, trop compliqué, trop médiatisé, dit The Wave. On laisse faire l'appareil bureaucratique et on fait des actions directes.»

Les Réseaux sont davantage à l'abri de la loi 78 et de la surveillance policière, estime The Wave. Ils ne sont pas inscrits comme association étudiante. Et ses membres communiquent entre eux par l'intermédiaire de sites Web difficilement traçables, de la même manière que le collectif d'internautes Anonymous.

La Sûreté du Québec, qui ne dévoile pas les groupes ou les individus qu'elle surveille, n'a pas voulu commenter hier les actions de perturbation préparées parLes Réseaux.

L'opération Firewall circule de plus en plus dans le mouvement étudiant, par le biais des réseaux sociaux et des manifestations nocturnes. Mais il est encore trop tôt pour savoir si Les Réseaux réussiront à mobiliser des troupes à la rentrée, particulièrement en dehors de Montréal, où les coups d'éclat ont été beaucoup moins nombreux au printemps.

D'ici la fin de l'été, certaines associations étudiantes en grève pourraient toutefois se donner un mandat pour participer à l'opération Firewall. Mais il faudra d'abord convaincre les étudiants de la pertinence de leurs tactiques en période de campagne électorale. Et rien n'est gagné.

«Jean Charest veut faire campagne sur notre dos et on va lui donner un os?» s'interroge Laurence Gagnon-Montreuil, étudiant en philosophie à l'Université Laval, en grève depuis la mi-février. Perturber la campagne électorale reviendrait peut-être à jouer le jeu des libéraux, analyse cet habitué des manifestations à Québec qui n'est pas impliqué dans les Réseaux.

Pas d'appui de la CLASSE

Le porte-parole de la CLASSE, Gabriel Nadeau-Dubois, dit avoir entendu parler de l'opération Firewall sur les réseaux sociaux. Mais il affirme que la coalition n'a donné aucun appui à l'opération et n'a pas encouragé ses membres à participer.

«Quand c'est la CLASSE, c'est clair, c'est dit, les porte-parole sont sur place et on ne s'en cache pas», dit-il, citant les blocages de la Tour de la bourse et des bureaux de la CREPUQ, à Montréal.

«Mais la très grande majorité, par exemple, des actions matinales qui avaient lieu à Montréal, ce n'était pas lié à la CLASSE», ajoute-t-il.

La CLASSE va adopter son plan d'action pour les élections et la rentrée lors d'un congrès samedi à l'Université Laval.

De leurs côtés, Les Réseaux continuent de recruter et envoient aux militants des «kits» informatiques qui permettent de communiquer sur Internet sans dévoiler son adresse IP.

À Québec, The Wave espère mobiliser assez d'étudiants pour agiter la capitale. «Si le retour en classe et la campagne se passent normalement, dit-il, c'est comme si on disait que ça fait cinq mois qu'on se bat pour absolument rien».

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