À moins d'avis contraire, cette école de l'arrondissement de Saint-Jean-Chrysostome continuera dans la même voie en septembre, même si le ministère de l'Éducation, des Loisirs et du Sport (MELS) avait au départ ciblé la sixième année pour imposer l'anglais intensif dans toutes les écoles du Québec d'ici quatre ans.
Au troisième cycle du primaire (cinquième et sixième année), estime la directrice de l'école, Lucie Jutras, «plus on fait ça tôt, mieux c'est».
Le MELS ne semble pas s'y opposer. Alors qu'il privilégiait une formule unique au départ - en sixième année, cinq mois en anglais, cinq mois pour les autres matières -, il laisse maintenant aux écoles le soin de choisir ce qui leur convient, pourvu qu'elles respectent certaines balises.
«Il n'y a pas d'imposition de modèle», résume la porte-parole du MELS, Esther Chouinard.
Ainsi, en sixième année (et parfois en cinquième, précise le site du Ministère), les élèves devront consacrer de 300 à 369 heures par année à l'anglais, soit environ une demi-année. Et l'enseignement de la langue devra être concentré.
De ces deux conditions, les écoles choisissent souvent entre trois modèles: cinq mois pour l'anglais et cinq mois pour les autres matières; une demi-journée/une demi-journée; neuf jours/neuf jours.
Dès septembre
Les autres modèles sont acceptés s'ils satisfont au nombre d'heures et à la concentration de l'enseignement. Par exemple, à la commission scolaire des Découvreurs (CSD), à Québec, les six nouvelles écoles qui vont offrir l'anglais intensif en septembre vont alterner tous les 10 jours entre l'anglais et les autres matières.
Porte-parole de la CSD, Claire Savard, explique que ce modèle a été choisi pour assurer une meilleure continuité des apprentissages, puisque l'enseignement des autres matières, comme le français et les maths, n'arrête pas pendant cinq mois.
L'école Les Primevères/Jouvence, dans Sainte-Foy, fait partie de la CSD et elle passera à l'anglais intensif en septembre. Le président du conseil d'établissement de l'école, Jean-François Bergeron, indique que la commission scolaire «a fortement recommandé le modèle 10 jours/10 jours», notamment, selon lui, pour des raisons organisationnelles.
M. Bergeron estime tout de même que cette formule est préférable pour les mêmes raisons que Mme Savard.
Lucie Jutras, la directrice de la Rose-des-Vents, croit au contraire qu'il vaut mieux diviser l'année en deux. Selon elle, c'est le modèle qui favorise le plus l'immersion. «Et s'ils pouvaient parler à la maison en anglais, ce serait encore plus rentable», observe-t-elle.
Quant à la cinquième année, elle estime qu'elle est préférable à la sixième année pour l'anglais intensif, puisque la dernière année du primaire comporte des examens du Ministère et qu'elle constitue l'ultime occasion de s'assurer que les élèves sont prêts pour le secondaire.
«Quand nos élèves sortent de la cinquième année, il reste encore la sixième pour consolider leurs apprentissages de français et de maths», dit-elle.
Les écoles primaires ont jusqu'en 2015-2016 pour implanter l'anglais intensif. Dans la région de Québec, la CSD et la commission scolaire des Navigateurs commencent dès septembre. À la rentrée, la première offrira l'anglais intensif dans six nouvelles écoles et la seconde dans deux nouvelles écoles.
La commission scolaire de la capitale (CSC) a voulu attendre un an de plus avant d'amorcer l'implantation de l'anglais intensif. En vue d'une sixième année concentrée, «on a décidé de préparer davantage nos élèves de cinquième», indique la porte-parole de la CSC, Marie-Élaine Dion.
Enseignants inquiets
À la commission scolaire des Premières-Seigneuries, où 12 classes offrent déjà l'anglais intensif, aucune nouvelle école ne l'instaurera en septembre, indique le porte-parole, Jean-François Parent. Le modèle d'organisation n'a pas encore été choisi.
Au-delà du modèle d'organisation, l'arrivée de l'anglais intensif continue toutefois de susciter de nombreuses inquiétudes chez les enseignants, qui craignent que son implantation se fasse au détriment des autres matières.
En février, la Fédération des syndicats de l'enseignement (FSE/CSQ) et la Fédération autonome de l'enseignement (FAE) avaient quitté la table de travail du comité mis en place par le gouvernement pour faire le suivi sur l'implantation de l'anglais intensif.
Des discussions ont eu lieu au printemps entre les syndicats et le gouvernement, notamment sur le nombre d'heures du programme et la souplesse du modèle.
«Mais les questions qu'on se pose sont les mêmes: qu'est-ce qui arrive avec les élèves en difficulté? Comment on va faire pour que l'ensemble du programme dans les autres matières soit vu? Qu'est-ce qu'on va faire avec les classes multiples et avec les enseignants qui nous manquent?» dit l'attaché de presse de la FSE, Bruno-Pierre Cyr. «On est toujours dans l'attente.»