Le soir du 22 mai, en revenant d'une manifestation contre la hausse des droits de scolarité à Montréal, Rosie Goulet-Vaugeois, Sara Daigle et Geneviève Lamoureux ont voulu aller prendre une bière et manger des nachos dans ce bar situé dans le centre commercial La Pyramide, sur le chemin Sainte-Foy.
Entre 21h30 et 22h, les trois amies disent s'être présentées à l'entrée du Star Bar, où elles se sont fait demander leurs cartes par un des deux portiers. «En nous cartant, il nous a regardées et il a dit: "Vous enlevez votre carré rouge ou vous décâlissez"», raconte Rosie.
Les trois jeunes femmes n'ont pas voulu se départir de leur carré. «On lui a dit: "Vous n'avez pas le droit de nous refuser l'accès pour une opinion politique"», poursuit Rosie.
Les étudiantes soutiennent que le portier a renchéri en leur expliquant que son boss ne voulait pas laisser entrer les carrés rouges parce que les «contribuables» à l'intérieur du bar n'apprécieraient pas leur présence.
Elles affirment que le portier leur a aussi signifié qu'il fallait être fauché pour porter le carré rouge, alors que ceux qui sont pour la hausse ont de l'argent à dépenser au Star Bar.
Les trois jeunes femmes disent que le portier a mentionné être pour la hausse et avoir payé lui-même ses études.
«Il a dit que le carré vert, ça passait», précise Geneviève.
Hier, Sara a porté plainte à la Commission des droits de la personne pour discrimination fondée sur les convictions politiques. Ses deux amies ont l'intention de faire la même démarche.
«Confusion»
Le copropriétaire du Star Bar, Kimpton Blanchette, dit qu'il a «entendu parler de la situation», mais qu'il y a eu «confusion». Selon lui, les trois jeunes femmes ne se sont pas fait refuser l'entrée parce qu'elles portaient le carré rouge, mais parce que l'une d'entre elles s'est mal comportée.
«Il y a eu une prise de bec avec mon chef portier, dit-il. Ça a comme un peu mal viré. La fille est virée insultée, et je pense qu'elle était plus ou moins impolie. C'est le chef portier qui a dit : "OK, on va arrêter ça là."»
«C'est impossible que je refuse l'accès au monde qui ont le carré rouge, ajoute M. Blanchette. Je vis [des] étudiants, mon bar vit par rapport aux étudiants. C'est une grosse partie de ma clientèle.»
Deux des trois jeunes femmes âgées de 20 ans étudient à l'Université Laval, Rosie en enseignement primaire, Geneviève en littérature. Sara est en première année de technique juridique au Collège Bart.
En littérature, les étudiants qui portent le carré rouge sont nombreux, indique Geneviève. En enseignement primaire et en technique juridique, ils sont rares, précisent Rosie et Sara.
Geneviève paie ses études et elle n'a pas accès aux prêts et bourses. Les parents de Rosie assument la moitié de ses droits de scolarité et ceux de Sara les paient entièrement. Les trois étudiantes vivent en banlieue nord de Québec dans des familles de classe moyenne.
Question de convictions
Au-delà des finances, le port du carré rouge est d'abord pour elles une question de conviction. Elles souhaiteraient que le Québec adopte la gratuité scolaire, comme dans les pays scandinaves. «On veut que tout le monde puisse avoir accès à l'université», dit Geneviève.
Les trois étudiantes disent qu'elles fréquentaient régulièrement le Star Bar, où elles n'avaient jamais porté le carré rouge avant le 22 mai. Elles n'ont plus l'intention d'y retourner depuis leur démêlé avec le portier.
«Si, lui, il pense que juste parce qu'on est contre la hausse, on n'a pas une cenne et qu'on ne peut même pas se payer une bière et un nacho, dit Rosie, on est mieux de ne pas aller là.»