Carré rouge épinglé au t-shirt ou à la camisole, les manifestants ont marché pendant près de trois heures entre la Haute-Ville et la Basse-Ville pour la première manifestation nationale du 22 à se tenir dans la capitale.
À la veille de la Saint-Jean, les drapeaux du Québec étaient nombreux à flotter au-dessus de la foule, composée d'étudiants, de retraités, de travailleurs, d'enfants et de bébés en poussette.
Le rassemblement était familial, mais les manifestants n'étaient pas là pour pique-niquer. «Charest, dehors, on va te trouver une job dans le Nord!» scandaient-ils en choeur.
Les organisateurs de la manifestation avaient dévoilé le trajet au Service de police de la Ville de Québec (SPVQ), comme l'exige la loi 78. À au moins trois reprises, des manifestants ont toutefois essayé d'encourager les marcheurs à improviser un itinéraire illégal.
Ils ont réussi quand plus d'une centaine d'entre eux ont poursuivi leur chemin sur la rue Saint-Paul au lieu de se diriger vers la côte du Palais. «Les rebelles, c'est par là, les sans-poussette aussi», encourageaient les contestataires, tandis que des policiers essayaient de convaincre les marcheurs de suivre le droit chemin.
La dispersion a failli mal tourner près de l'hôtel de ville, où les marcheurs qui avaient quitté le trajet officiel étaient attendus par l'équipe antiémeute. Casqués et munis de boucliers et d'armes projetant des irritants chimiques, les policiers ont avancé lentement vers les manifestants, qui ont préféré ne pas les confronter.
Une seule arrestation
C'est le seul moment où certains ont craint un affrontement avec les forces policières. Il n'y a d'ailleurs eu qu'une seule arrestation en après-midi, celle d'un homme qui s'est fait remettre un constat pour entrave à la voie publique parce qu'il a refusé de s'identifier, indique Sandra Dion, porte-parole du SPVQ.
Depuis le début du conflit étudiant, c'était une des plus imposantes, sinon la plus imposante manifestation à Québec. Sur la rue Saint-Jean, la foule s'étendait à perte de vue.
La tradition des manifestations nationales le 22 du mois s'est amorcée le 22 mars. Jusqu'à cette semaine, il n'y en avait eu que dans la métropole, où encore hier après-midi plusieurs milliers de personnes ont participé au rassemblement organisé par la CLASSE.
La manif de Québec est le fruit d'un groupe informel d'étudiants de Québec et d'ailleurs qui ont fait campagne sur les réseaux sociaux.
De nombreux manifestants venaient d'autres régions. Julie Vachon, 22 ans, de Trois-Rivières, avait une dent contre les radios de droite de la capitale. «C'est important de dire aux gens de Québec que ceux qui sont dans la rue, ce ne sont pas des enfants pourris gâtés», dit-elle.
Miro Lacasse, 40 ans, est originaire de Québec, mais habite Montréal. Hier, l'habitué des manifs nationales dans la métropole tenait à venir avec sa fille de 14 ans dans la capitale, où il restera pour la Saint-Jean. «C'était essentiel pour moi d'être ici, a-t-il dit, de passer devant le parlement.»