Entrevue avec Léo Bureau-Blouin: dans la peau du spectateur

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Sous les projecteurs depuis le début du conflit, le président sortant de la FECQ, Léo Bureau-Blouin, souhaite prendre du recul.

Photothèque Le Soleil, Pascal Ratthé

Marc Allard

Marc Allard
Le Soleil

(Québec) Léo Bureau-Blouin a reçu un coup de fil de la ministre de l'Éducation, Michelle Courchesne, hier après-midi. Son mandat à la tête de la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ) avait pris fin la veille à 23h59, et la ministre souhaitait le saluer et le remercier pour sa «volonté réelle de régler la crise». Mme Courchesne ne lui a pas souhaité un bon succès dans ses études, mais elle aurait pu. Maintenant qu'il a cédé sa place à la nouvelle présidente de la FECQ, Éliane Laberge, M. Bureau-Blouin, 20 ans, redevient simple étudiant. Il appréhende un peu de se retrouver soudainement spectateur, mais se réjouit de pouvoir enfin prendre un peu de recul.

Q La ministre Courchesne vous a appelé hier après-midi, qu'est-ce qu'elle vous a dit?

R Elle a souligné le fait que, selon elle, j'avais une volonté réelle de régler la crise et que c'est sûr que c'était difficile dans le contexte où elle aussi arrivait au beau milieu d'une patate chaude. De mon côté, j'ai dit à la ministre que j'avais quand même apprécié son travail, que ça ne finissait pas comme on voudrait à ce moment-ci, mais qu'on osait réciproquement espérer que ça allait se régler.

Q En avez-vous quand même profité pour l'inciter à régler la crise?

R Oui, bien sûr (rires). Quand même, on ne rate pas une occasion comme ça! Le gouvernement le sait et je l'ai toujours dit: «plus vous attendez, plus le conflit tire en longueur, plus les gens se polarisent».

Q Pensiez-vous que ça allait durer aussi longtemps?

R Au début du conflit, on faisait des blagues et on disait: «s'il le faut, ça durera jusqu'en mai, comme dans mai 68». Et là, tout le monde se tapait sur les cuisses en se disant: «ce sera bien le pire des scénarios».

Q En conférence de presse, hier matin, vous avez dit que vous espériez que Mme Laberge réussisse là ou vous avez échoué. Pourquoi?

R J'aurais aimé que le conflit se règle hier (jeudi), mais j'avais quand même des espoirs que ça règle il y a un mois ou deux mois. Dans ma conception des choses, on a un conflit, une crise et on la règle, pour moi, c'est une suite logique. C'est une déception de ne pas avoir été en mesure d'avoir réglé ça dans les délais qui m'avaient été accordés.

Q Pourquoi la FECQ ne s'est-elle pas organisée pour prolonger votre mandat?

R Quand on a eu la réflexion, on s'est dit: «bon, qu'est-ce qu'on fait, est-ce qu'on prolonge?» Le problème, et je pense que tout le monde va s'entendre là-dessus, c'est qu'on est un peu face à un vide. Est-ce que le conflit va se terminer dans une semaine, dans un mois ou jamais jusqu'à une élection. Dans ce contexte-là, c'est difficile, je ne veux pas avoir l'air de m'accrocher.

Q Est-ce qu'il y a encore espoir que ça se règle, maintenant que les négociations de la «dernière chance» sont rompues?

R L'impact le plus négatif des dernières négociations, c'est que ça décrédibilise beaucoup le concept de négociation. Mettons que la ministre rappelle les étudiants la semaine prochaine, quand ça fait quatre fois que ça ne fonctionne pas, les gens disent: «si la tendancese maintient...»

Q Et pourtant, ça a failli marcher à la deuxième négo?

R Oui, c'est là qu'on est passé le plus près de régler le conflit. Pourquoi est-ce qu'on n'a pas eu la même attitude: on s'enferme et on ne sort pas d'ici avant d'avoir réglé. Le processus a été critiqué. Au moins, ç'a le mérite de marcher. Là, on sentait aussi dans le rythme de discussions que le gouvernement voulait ralentir. Ça ne semblait pas être trop dans leur volonté de régler. On quittait quand même assez tôt le soir, on nous rappelait autour de midi, 3h l'après-midi. Ça ne fait pas des grosses journées de travail.

Q Malgré la rupture des négociations, vous avez dit hier que vous aviez le sentiment du devoir accompli. En quoi?

R L'objectif en dollars n'a pas été atteint, peut-être qu'il va l'être dans les prochaines semaines ou les prochains mois. Mais il y a quelque chose de beaucoup plus grand qui a été créé. Il y a toute une génération qui a été politisée et ça, ça ne se chiffre pas en dollars.

Q Sur une note plus personnelle, est-ce que ça vous effraie de devenir tout d'un coup spectateur du conflit?

R C'est sûr que c'est un peu angoissant. Ce n'est pas normal d'être soumis à une pression aussi importante devant les projecteurs et c'est quand même une crise sociale d'envergure. Le gouvernement n'a pas lésiné non plus pour nous mettre de la pression sur les épaules. Et là, disons que le train arrête pas mal du jourau lendemain.

Q Qu'est-ce que vous allez faire de votre été?

R Je vais prendre le temps de me retirer un peu, de prendre du recul, de me reposer. À un moment donné, t'as tellement le nez dedans que tu ne vois pas le portrait général. Le plus difficile de ce conflit-là, c'est qu'on a fait le choix d'utiliser toutes les tribunes possibles pour passer notre message. En même temps, c'est aussi un couteau à double tranchant, parce que quand tu passes ta journée dans les médias, ça laisse moins de temps à la réflexion.

Q Vous vous êtes inscrit en droit à l'Université de Montréal, pensez-vous être admis?

R Je n'ai pas encore eu ma réponse, je vais l'avoir juste le 15 juin. (...) J'ose espérer que je vais être admis!

Q Pourquoi ne faites-vous pas directement le saut en politique?

R Ce que font les associations étudiantes en ce moment, c'est définitivement de la politique (...). Durant ce conflit-là, il y a eu beaucoup de désillusion, mais en même temps je ne le prends pas de manière négative. Ça n'a pas augmenté mon cynisme. Mais je ne veux pas nécessairement toujours être sous les feux de la rampe. Pour l'instant, c'est le diplôme qui est la priorité. (...) Chaque chose en son temps. Laissez-moiune chance!

Q Qu'est-ce qui va vous manquer le plus de la vie de leader étudiant?

R La possibilité de faire une différence au jour le jour. Ce qui est difficile dans notre système démocratique, c'est qu'on a la liberté d'expression, mais elle n'a pas une portée égale. On n'a pas tous la chance d'avoir une tribune pour s'exprimer au nom d'une génération. (...) Et cette tribune-là, inévitablement, on la perd. Pour moi, c'est important de l'accepter. Il n'y a rien de pire que les gens qui s'accrochent.

Q Et qu'est-ce qui va vous manquer le moins?

R L'horaire de travail. Il faut se lever très tôt parce qu'on est en ondes à partir de 7h le matin et après, il y a le cycle du midi et du soir. Et ça, c'est pour les médias. Parfois, il y a aussi des injonctions, il faut se déplacer. Et il y a aussi des assemblées, où il faut que t'ailles quelque part au Québec te présenter aux étudiants et faire ton discours. Après, il y a des interventions politiques auprès de la ministre ou des partis d'opposition. Tout ça mis ensemble, ça fait des grosses journées.

Avec les souverainistes, sans partisanerie

Le président sortant de la FECQ, Léo Bureau-Blouin, participera en fin de semaine à une activité organisée par un mouvement indépendantiste.

M. Bureau-Blouin sera l'invité du Nouveau Mouvement pour le Québec (NMQ), qui organise demain midi, à Montréal, une assemblée citoyenne spéciale intitulée «Un printemps nous unit, le monde nous attend!»

Le président sortant de la FECQ s'avoue souverainiste: «Oui, je pourrais me définir ainsi». Mais il précise qu'il ne participe pas à cette activité «dans un but partisan», mais parce qu'il a été invité à se prononcer sur le printemps québécois.

Voué à la réalisation de l'indépendance nationale, le NMQ a vu le jour l'été dernier lorsque 77 souverainistes déçus du Parti québécois et de sa chef, Pauline Marois, ont publié sur Internet un manifeste intitulé Brisons l'impasse.

Le manifeste proposait de redéfinir le projet d'accession à l'indépendance et estimait que le Parti québécois n'était plus le bon véhicule pour le faire. Devenu un «parti institutionnalisé», le PQ «apparaît aujourd'hui usé, confus dans ses interventions et banalisé par le public et les médias à la moindre action qu'il pose», dénonçaient les signataires.

Trois démissionnaires du PQ, Jean-Martin Aussant, Pierre Curzi et Lisette Lapointe, avaient assisté à la première assemblée publique du mouvement l'été dernier.

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