Comme d'habitude, le rendez-vous a été donné à 20h devant l'Assemblée nationale, où les manifestants ont fait tinter leurs casseroles et autres instruments de fortune pendant plus d'une demi-heure. Mais contrairement aux soirées précédentes, personne n'a pris la parole pour demander l'avis aux personnes présentes à savoir si elles voulaient ou non donner le trajet aux policiers.
Une poignée de manifestants se sont rapidement dirigés sur René-Lévesque, escortés par les policiers, qui ont déclaré la marche d'illégale à 20h50. Au porte-voix, le lieutenant Pierre Petrin a affirmé à trois reprises que le rassemblement n'était pas conforme à la loi.
Entre 200 et 300 personnes ont suivi les leaders improvisés, qui ont emprunté l'avenue Cartier dans Montcalm pour ensuite se diriger rue Saint-Jean, dans le quartier Saint-Jean-Baptiste. D'un pas très rapide, les manifestants ont zigzagué dans les rues de la haute, puis de la basse ville pendant plus d'une heure, narguant chaque fois les policiers qui tentaient, tant bien que mal, de les suivre.
C'est peu avant 22h que les choses se sont corsées, à l'intersection de la côte d'Abraham et de la rue Sainte-Geneviève, où les policiers de l'antiémeute attendaient de pied ferme les manifestants. Dans la confusion et le bruit des casseroles, une personne a été arrêtée pour agression armée envers les policiers. Celle-ci semblait donner du fil à retordre aux policiers alors que deux agents tentaient de la maîtriser au sol devant le regard des autres manifestants qui huaient les policiers.
Bouteilles de vitre
Une personne aurait aussi été blessée aux jambes. La tension a monté lorsque des objets auraient été projetés dans la foule. Selon le Service de police de la Ville de Québec (SPVQ), il s'agirait de bouteilles de vitre. Un journaliste du Journal de Québec aurait aussi reçu des coups de matraque de la part des policiers.
Après une quinzaine de minutes, un groupe de manifestants s'est remis en marche, cette fois en direction de la basse ville. Plusieurs centaines de personnes ont suivi le mouvement, mais d'autres ont préféré se disperser. Les plus motivées ont poursuivi la marche pendant plus d'une heure, encore une fois dans la confusion et toujours sans itinéraire fixe.
Vers 23h, dans le Vieux-Québec, à l'intersection des rues Sainte-Ursule et Dauphine, plusieurs croyaient que les jeux étaient faits alors que l'antiémeute attendait une nouvelle fois les marcheurs. Certains manifestants ont appelé à la dispersion. Aucune arrestation n'a finalement eu lieu, et une centaine de personnes ont pu atteindre l'Assemblée nationale.
Un manifestant rencontré à la fin de la marche était très heureux d'avoir complété la manifestation sans avoir remis le trajet aux policiers. Et surtout, d'avoir pu échapper aux forces de l'ordre pratiquement toute la soirée. «On commence à vraiment bien parler entre nous sur Facebook afin d'éviter les policiers sur notre passage. Eux autres, ils ont dû en sacrer un coup ce soir», a lancé cet étudiant en science politique de l'Université Laval.
Celui-ci expliquait encore difficilement cet acharnement des policiers à toujours vouloir obtenir le parcours de la marche. «On ne fait rien de mal, nous autres, on brise rien», a-t-il insisté. De nombreux manifestants rencontrés pendant la soirée ont promis de poursuivre leur lutte au cours de l'été qu'ils prédisent chaud et bruyant.
Avec Dominique Hardy