Consternés par la loi 78, une demi-douzaine de professeurs de la Faculté de philosophie ont convenu vendredi de se cotiser afin d'aider les étudiants qui se sont fait remettre des constats d'infraction lors «d'arrestations injustifiées», peut-on lire dans un courriel interne signé par le doyen de la Faculté de philosophie, Victor Thibaudeau, obtenu par Le Soleil.
Les professeurs ont été choqués, notamment, par l'arrestation de 176 étudiants dans la rue Saint-Jean et le quartier Saint-Roch, mercredi dernier, a indiqué M. Thibaudeau lorsque nous l'avons joint, hier. Pour avoir entravé la circulation au terme de la première manifestation jugée illégale à Québec depuis l'entrée en vigueur de la loi 78, les manifestants avaient reçu une amende de 494 $.
Si les manifestants arrêtés n'arrivent pas à contester leurs constats d'infraction, «on va les aider dans la mesure de nos capacités», dit M. Thibaudeau. Les fonds récoltés iront en priorité aux étudiants en philosophie qui ont été arrêtés.
Dans le courriel qu'il a envoyé aux membres de sa faculté, le doyen a toutefois tenu à préciser aux étudiants que l'engagement des professeurs ne devait «pas être entendu comme une incitation à se lancer allègrement dans des manifestations qui pourraient mal tourner».
Il «n'est pas question non plus d'aider [les étudiants] pour des amendes données pour des actes de violence», ajoute-t-il dans son message.
L'initiative des professeurs de philosophie de l'Université Laval rappelle celle de la Confédération des syndicats nationaux (CSN), qui a décidé d'embaucher un avocat afin de se pencher sur les arrestations de quatre enseignants du Cégep Limoilou et du Collège François-Xavier-Garneau lors des manifestations qui ont eu lieu à Québec et envisageait d'élargir son mandat aux étudiants arrêtés.
À la Faculté de philosophie, souligne le doyen, la plupart des professeurs ont été outrés par l'adoption de la loi 78. Le professeur Thomas De Koninck en fait partie. «C'est une loi qui est ignoble, dit-il. C'est excessif, ça n'a pas de sens, obliger des jeunes comme ça à payer des amendes alors qu'ils font ça de bonne foi et que leur cause est bonne et juste.»
«Moi, j'étais plutôt en faveur de la hausse des frais de scolarité, ajoute Victor Thibaudeau. Mais en voyant la manière dont c'était géré, qui exacerbait les tensions, qui donnait la ville de Montréal quasiment aux casseurs, à un moment donné, on ne peut pas rester silencieux devant ces choses-là.»