La loi 78 trop contraignante pour les organisateurs de manifs

Devant le parlement, les organisateurs des manifestations nocturnes... (Le Soleil, Steve Deschênes)

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Devant le parlement, les organisateurs des manifestations nocturnes à Québec: Louis-Philippe Boulianne, Vincent Gagné et Pascal Marc Savard

Le Soleil, Steve Deschênes

Annie Mathieu
Le Soleil

(Québec) Les organisateurs des manifestations nocturnes à Québec se soumettaient à la loi spéciale 78 jusqu'à lundi. Mais devant la volonté des participants à y désobéir et par crainte de se voir imposer des amendes allant jusqu'à 35 000 $, ils ont préféré démissionner de leurs fonctions. Le lendemain, 176 personnes ont été arrêtées après que l'événement eut été déclaré illégal.

«Nous étions pris entre l'arbre et l'écorce», explique un ex-organisateur étudiant en économie politique à l'Université Laval, Louis-Philippe Boulianne.

Depuis le 30 avril, les manifestants ont rendez-vous devant l'Assemblée nationale à 20h pour protester contre la hausse des droits de scolarité. La Confédération des associations d'étudiants et d'étudiantes de l'Université Laval (CADEUL) et la Table de concertation étudiante du Québec (TaCEQ) ont été les instigateurs de l'événement devenu quotidien.

Mais depuis le mois de mai, ce sont plusieurs membres de la société civile - en majorité des étudiants - qui l'ont repris à leur compte en publiant les activités prévues sur la page Facebook «Manifs par soir, jusqu'à la Victoire» (sic). Au début, les organisateurs demandaient aux participants s'ils souhaitaient que le trajet soit remis aux forces policières. Puisque personne ne s'y opposait, ce mode de fonctionnement a été respecté jusqu'à lundi, soit trois jours après l'adoption de la loi qui restreint le droit de manifester.

Celle-ci prévoit des amendes allant de 7000 $ à 35 000 $ pour une personne physique qui organise une manifestation d'au moins 50 personnes dans un lieu public si l'itinéraire n'est pas fourni à la police au moins huit heures à l'avance. Or, selon un ex-organisateur, Dominic Morin, les participants à la manifestation nocturne de lundi ont fait part de leur désir de dénoncer la nouvelle loi «matraque» en ne s'y pliant pas.

Au cours de cette même soirée, plusieurs manifestants ont volontairement fait des gestes de désobéissance civile, notamment en s'assoyant au milieu de la chaussée sur le boulevard Honoré-Mercier, à l'intersection de la rue Saint-Jean. Personne n'a été arrêté, mais la tension avec les policiers était vive, dit M. Morin.

«Ils ne voulaient plus donner l'itinéraire pour mardi, et nous ne voulions pas leur imposer notre façon de faire», explique l'étudiant du Cégep de Sainte-Foy.

«Plusieurs événements nous ont mené à considérer que ce n'était pas la meilleure manière de procéder pour notre intégrité financière et morale et pour tout le stress que ça nous imposait de gérer tous ces gens-là», ajoute-t-il.

«Et en donnant le trajet, je trouvais que c'était comme si on cautionnait la loi», renchérit Pascal-Marc Savard, un autre étudiant qui rassemble les troupes depuis mois.

«Finalement, ça ne servait plus à rien», affirme de son côté un étudiant en enseignement de l'Université Laval, Vincent Gagné, qui croit que les policiers arrêtent les manifestants loi spéciale ou non.

C'est ainsi que les organisateurs ont pris la décision, en fin de soirée lundi, d'annoncer au groupe leur démission. «Je ne peux pas prendre sur mes épaules la responsabilité de plusieurs centaines de personnes», soutient Louis-Philippe Boulianne, qui se dit prêt à assumer ses propres actes, mais pas ceux d'une foule.

«La loi nous coince, on ne peut pas réellement donner le trajet parce que personne ne veut assumer le risque de débordements. Ça empêche réellement les citoyens de manifester.»

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