Conflit étudiant: les clés d'une négociation réussie

Isabelle Houde
Le Soleil

(Québec) À l'heure où les négociations sont sur le point de reprendre entre le gouvernement et les leaders étudiants, les écueils semblent nombreux. Comment faire pour que l'échec de la dernière entente ne se reproduise pas? Quelles sont les clés d'une négociation réussie? Le Soleil s'est entretenu avec Jean Sexton, professeur associé au Département de relations industrielles de l'Université Laval et auteur du livre Initiation à la négociation collective.

Q Martine Desjardins, présidente de la Fédération étudiante universitaire du Québec, a dit vouloir reprendre les pourparlers, mais seulement avec Michelle Courchesne. Est-ce une bonne tactique, selon vous?

R C'est normal. Le moins de monde il y a pour négocier autour d'une table, le mieux c'est. Le problème, c'est de savoir qui représente l'employeur. L'employeur, dans ce cas-là, n'est pas l'entreprise privée. L'employeur, c'est le premier ministre. La ministre Courchesne devra agir comme porte-parole. Ce n'est pas elle, l'interlocuteur valable. Ce n'est pas elle qui va prendre la décision.

Q Serait-il préférable que Jean Charest négocie directement avec les étudiants?

R Oui. Ça serait l'idéal, c'est lui qui décide. Ça prend le décideur. Au Journal de Québec, par exemple, [le conflit] s'est réglé parce que Pierre Karl Péladeau était là et qu'il a pris les décisions. C'est lui qui décide. C'est le principe de base de n'importe quelle négociation, que ce soit en matière de travail ou autre. Si tu n'as pas devant toi le décideur, tu es cuit.

Q Sur quelles bases peuvent reprendre les négociations, après le rejet de la dernière entente?

R On recommence, cette fois dans le cadre de la loi. Mais la loi ne gouverne pas la négociation. Elle gouverne les manifestations et les pénalités reliées aux manifestations. Mais il n'y a pas un mot dans la loi 78 sur la négociation avec les étudiants.

Q Quelles sont les clés pour bien se préparer à une négociation de ce genre?

R Il y en a beaucoup! Ce n'est pas un conflit de travail, c'est un conflit social. Les clés, ce sont la préparation, la stratégie, la présence de décideurs et de porte-parole crédibles. Ça prend des porte-parole compétents, renseignés, informés. [...] Ce ne sera pas facile. Un médiateur ne nuirait pas.

Q Et quel serait le rôle de ce médiateur?

R Il faudrait quelqu'un qui a une grande renommée, une grande crédibilité et qui serait lui-même un excellent stratège. Il devrait amener les parties à faire un consensus. Il faut beaucoup d'imagination, beaucoup de jugement. L'idée, c'est de rapprocher [les parties] pour qu'elles disent oui, et ça, ça ne se fait pas sur la place publique, jamais. Bien souvent, un médiateur va rentrer quelque part, et on ne saura pas son identité. Les parties peuvent même décider de ne pas rendre l'entente publique. Ça peut aller jusque là. Ça se fait régulièrement. [...] Il faut respecter ça.

Q Quelles ont été les erreurs commises lors des négociations précédentes?

R Ce ne fut qu'une sommation d'erreurs. Quand tu ne pars pas avec le bon négociateur, que tu ne prends pas la bonne approche et que tu pars avec un ultimatum, tu ne peux même pas négocier. Une négociation, aussi, doit toujours être privée

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