Grande manifestation à Montréal pour les 100 jours du conflit étudiant

Plusieurs dizaines de milliers de personnes ont marché... (Photo La Presse Canadienne)

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Plusieurs dizaines de milliers de personnes ont marché dans les rues de Montréal pour marquer les 100 jours de la grève étudiante, mardi.

Photo La Presse Canadienne

Annie Mathieu
Le Soleil

(Montréal) Plusieurs dizaines de milliers de personnes ont envahi les rues du centre-ville de Montréal mardi pour souligner les 100 jours du conflit étudiant, mais également pour dénoncer l'adoption par le gouvernement d'une loi spéciale qui restreint le droit de manifester.

L'événement intitulé 100 jours de grève, 100 jours de mépris était organisé par la Coalition large de l'Association pour une solidarité syndicale étudiante (CLASSE), qui avait donné rendez-vous aux manifestants en début d'après-midi à la place des Festivals.

Alors que les autres associations étudiantes et les centrales syndicales avaient remis leur itinéraire aux forces de l'ordre, la CLASSE a de son côté refusé de les informer de son trajet, soutenant que cela n'avait jamais posé problème auparavant. Les manifestants se sont ainsi scindés en trois groupes lorsque le coup d'envoi de la marche a été donné vers 14h30.

Un seul d'entre eux a donné du fil à retordre aux policiers puisque même si aucune arrestation n'a eu lieu, des vitrines ont été fracassées et des voitures de police ont été abîmées, selon le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM).

Toujours selon le SPVM, ce groupe radical aurait ensuite rejoint le contingent principal de la marche qui a pour sa part déambulé pacifiquement dans les rues du centre-ville pendant près de trois heures.

Foule hétéroclite

Lors d'un court point de presse au début de l'événement, le porte-parole de la CLASSE, Gabriel Nadeau-Dubois, a soutenu que le rassemblement démontrait que la loi spéciale était «absurde et inapplicable». «Le geste que posent ces dizaines de milliers de personnes aujourd'hui, c'est un geste massif de désobéissance civile», a-t-il affirmé.

«Si le gouvernement Charest veut se servir de la loi pour réprimer la mobilisation étudiante, s'il veut s'en prendre aux porte-parole et aux élus de la CLASSE avec des amendes salées, s'il est conséquent dans l'application de sa loi, il devra donner des amendes aux milliers de personnes présentes», a ajouté le porte-parole.

D'ailleurs, tous les manifestants rencontrés par Le Soleil se sont dits prêts à l'éventualité de se faire arrêter si la police décidait de sévir. «Ça me ferait plaisir pour une cause semblable», a assuré Jonasz Slovanski, 76 ans. Ce Polonais d'origine s'est dit ému de participer à la lutte étudiante «historique».

«C'est magique», a pour sa part lancé Louis Colin au sujet du rassemblement de mardi. Cet étudiant du secondaire âgé de 16 ans, qui s'est dit inspiré par les leaders étudiants, a participé à la marche en compagnie de son père, l'acteur Pierre Colin. «Ce mouvement nous apporte un peu de fraîcheur dans un Québec de plus en plus morose», a affirmé ce dernier, ajoutant qu'il n'avait rien vu de tel depuis 40 ans.

Délégation de Québec

Plus de 200 étudiants de l'Université Laval ainsi que du Collège François-Xavier-Garneau ont pris part à la marche montréalaise.

«La loi 78 ne va rien calmer, au contraire, ça va renforcer le mouvement et on voit que les gens répondent encore à l'appel aujourd'hui», a lancé mardi matin le président de la Confédération des associations d'étudiants et étudiantes de l'Université Laval (CADEUL), Martin Bonneau, avant de monter à bord d'un autobus en direction de la métropole.

Riel Michaud Baudry, étudiant au deuxième cycle en sociologie, tenait quant à lui à faire le trajet vers Montréal pour souligner les 100 jours de la lutte étudiante. Il souhaitait aussi dénoncer ce qu'il qualifie d'«importante atteinte aux droits et libertés des étudiants» que représente la loi spéciale.

Rencontré parmi les marcheurs, le coordonnateur du Syndicat des auxiliaires administratifs, de recherche et d'enseignement de l'Université Laval, Maxime Dion, a quant à lui expliqué que les participants à la marche de mardi étaient beaucoup plus diversifiés qu'à celle du 22 mars. «On voit que c'est devenu un mouvement social», a-t-il fait remarquer. «Ce que les gens dénoncent, c'est que le gouvernement ne respecte plus ses citoyens», a-t-il renchéri.

Plusieurs artistes, dont Paul Piché, Michel Rivard, Anne-Marie Cadieux ainsi que le député de Québec solidaire Amir Khadir et l'ancien chef du Bloc québécois Gilles Duceppe ont également pris part à la manifestation qui s'est terminée peu après 17h, sous la pluie, au parc Lafontaine.

Vers une grève sociale?

En plus d'appeler les étudiants à poursuivre leur lutte contre la hausse des droits de scolarité, la Coalition large de l'Association pour une solidarité syndicale étudiante (CLASSE) et la Coalition opposée à la tarification et à la privatisation des services publics ont évoqué mardi l'idée de déclencher une «grève sociale» à l'automne.

La porte-parole de cette dernière a expliqué devant les manifestants réunis au parc Lafontaine après la marche que les 140 membres de son organisme s'étaient donnés comme mandat de «réfléchir sérieusement» à la perspective d'une grève sociale. «Le but est de faire le point à l'automne pour continuer notre riposte», a soutenu Véronique Laflamme.

Xavier Lafrance, l'ancien porte-parole de la Coalition de l'Association pour une solidarité syndicale étudiante élargie (CASSEE), l'ancêtre de la CLASSE, a renchéri en lançant un appel aux centrales syndicales. «On a besoin de vos membres avec nous dans la rue», a-t-il imploré, ajoutant qu'il fallait organiser et élargir la lutte. «En 2012, on a un rendez-vous avec l'histoire et on va y arriver», a juré M. Lafrance.

Avec Marc Allard et La Presse Canadienne

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