Sondage favorable à la loi spéciale: la faute au ras-le-bol

Selon Martine Desjardins, de la FEUQ, les gens... (Photothèque Le Soleil, Steve Deschênes)

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Selon Martine Desjardins, de la FEUQ, les gens se sont rangés derrière le gouvernement parce qu'ils voulaient trouver une résolution au conflit.

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Le gouvernement de Jean Charest a décidé d'augmenter les droits de scolarité de 1625 dollars en cinq ans, une hausse décriée par des dizaines de milliers d'étudiants. »

(Québec) Exaspérés devant un conflit qui s'éternise, les citoyens se sont rangés derrière le gouvernement et non pas derrière sa loi spéciale, croient les porte-parole des fédérations étudiantes.

Un sondage CROP-Le Soleil-La Presse publié hier matin indiquait entre autres que 66% des répondants sont pour la loi spéciale annoncée par le gouvernement Charest. La présidente de la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ), Martine Desjardins, ne croit pas vraiment à un ralliement réel des citoyens derrière une loi spéciale musclée et contraignante.

«Les gens se sont rangés derrière le gouvernement, parce qu'ils voulaient avoir une résolution du conflit. C'est ça qu'on a sondé; les gens voulaient que le gouvernement prenne les choses en main, trouve une solution!» a réagi la leader étudiante interrogée par Le Soleil, hier.

L'opinion publique pourfend la loi 78 depuis que ses nuances sont dévoilées au grand jour, poursuit-elle. «Dès que les gens ont pris connaissance de la loi spéciale, nous, on l'a vu... Il y a 150 000 personnes qui ont signé une requête en nullité, qu'on va déposer mardi. Et ça continue tellement d'appuyer qu'on a dû revoir notre système informatique parce qu'on arrivait plus à fournir! Alors, un sondage auprès de 800 personnes versus 150 000 demandes de requête en nullité... Je pense que l'appui du public a changé depuis les dernières 24 heures.»

Martine Desjardins concède néanmoins que la population semble un peu lasse du conflit étudiant. «On est conscient qu'il y a un ras-le-bol au Québec, mais je ne pense pas que les gens voulaient qu'on aille aussi loin au Québec avec la loi spéciale.»

Son de cloche similaire chez son collègue Léo Bureau-Blouin. «Les gens ont réagi au concept de loi spéciale, et non pas au contenu de la loi spéciale. Ils n'avaient pas tous les détails. Ce sondage démontre que les gens veulent que la crise se règle, et ils sont prêts à appuyer des mesures plus fortes. Mais si on posait la question aux gens: pensez-vous que la loi spéciale va trop loin? Qu'elle est inquiétante en ce qui a trait aux lois et libertés? Je pense qu'ils nous appuieraient», nuance le président de la Fédération étudiante collégiale du Québec.

Gabriel Nadeau-Dubois reconnaît lui aussi le ras-de-bol populaire. «Il y a une lassitude, on le sent», indique le porte-parole de la Coalition large de l'Association pour une solidarité syndicale étudiante. «Mais la loi spéciale ne réglera pas le conflit», enchaîne-t-il. Quant au sondage, il estime que les citoyens se sont prononcés avant que le contenu final et exact ne soit connu. «Plus les gens prendront connaissance de la loi spéciale, plus les gens seront contre.»

Le président de la Confédération des syndicats nationaux, Louis Roy, estime lui aussi que le public souhaite avant tout une résolution du conflit. «Si vous demandez aux gens: voulez-vous que cesse la guerre en Afghanistan?, ils vont tous vous dire oui. Je peux comprendre. En ce moment, il y a une écoeurantite aiguë au Québec.»

«Le comment du règlement, c'est autre chose! poursuit le syndicaliste. Les gens ne savent pas encore les détails de la loi. Ça reste une attaque fondamentale à nos droits.»

Le gouvernement libéral de Jean Charest a adopté vendredi avec l'appui de la Coalition avenir Québec de François Legault la loi spéciale 78 pour mettre un terme au conflit étudiant. La loi suspend la session d'hiver pour les étudiants grévistes (et la reporte en août), encadre le droit de manifester et prévoit des amendes salées pour les étudiants et les associations empêchant la tenue des cours.

L'examen des dépenses en péril

Avec l'adoption de la loi spéciale, l'examen des dépenses universitaires par un conseil provisoire à l'automne semble en péril, croient les étudiants. Même s'il a adopté la ligne dure avec les associations étudiantes avec sa loi 78, le gouvernement libéral a maintenu en place depuis trois jours les bonifications au régime de prêts et bourses prévues pour septembre.

Pas un mot cependant sur le maintien ou non du conseil provisoire. Ce dernier était le coeur de l'entente de principe du 5 mai, rejetée depuis par les étudiants; il devait scruter à la loupe les dépenses des universités (publicité, immobilier, recherche, etc.) et refiler les économies éventuelles aux étudiants.

Depuis le dépôt de la loi spéciale, le gouvernement ne parle plus de ce conseil provisoire, indique-t-on du côté des fédérations étudiantes. On insiste dans le camp étudiant sur le fait que les recteurs ont tout fait pour ne pas inclure cette clause dans l'entente de principe. Une analyse corroborée par d'autres personnes proches des négociations du 5 mai.

Par ailleurs, les recteurs des universités du Québec n'ont jamais signé l'entente de principe, même si cela leur a été demandé par les centrales syndicales et les fédérations étudiantes. «Les recteurs étaient un peu au banc des accusés et ils ne voulaient pas signer l'entente», confirme une source proche du dossier des négociations.

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