Le gouvernement Charest prône la ligne dure contre la contestation étudiante

Le premier ministre du Québec, Jean Charest... (La Presse Canadienne)

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Le premier ministre du Québec, Jean Charest

La Presse Canadienne

Jean-Marc Salvet
Le Soleil

(Québec) La loi spéciale devant mettre un terme au conflit étudiant prévoit des amendes pouvant atteindre jusqu'à 125 000$ par jour pour une association étudiante ou de professeurs entravant l'accès aux établissements collégiaux et universitaires.

Le gouvernement de Jean Charest a présenté, jeudi, vers 21h, le projet de loi 78, intitulé «Loi permettant aux étudiants de recevoir l'enseignement dispensé par les établissements de niveau postsecondaire qu'ils fréquentent».

Un appel à la bombe a perturbé les travaux parlementaires pendant quelques minutes.

La loi 78 vise directement les associations d'étudiants et les syndicats d'enseignants. Elle a pour but d'assurer le droit à l'éducation, a insisté le premier ministre Jean Charest.

Elle ratisse beaucoup plus largement que prévu. Ainsi, toute manifestation de 10 personnes ou plus devra être notifiée au moins huit heures à l'avance à un service de police. Les policiers pourront décider d'en changer l'itinéraire.

Toutes les dispositions de la loi s'éteindront au plus tard le 1er juillet 2013.

Une fois la loi adoptée, les sessions seront officiellement suspendues dans les 14 cégeps et dans les facultés des 11 universités où des étudiants n'assistent pas à leurs cours.

Elles seront reprises à partir de la mi-août dans les cégeps. Les professeurs devront impérativement être en poste à ce moment-là, stipule le projet de loi.

Ces sessions devront être complétées le 30 septembre au plus tard.

Cégeps et universités devront veiller à arrimer les passages des étudiants d'un niveau à l'autre, a expliqué la nouvelle ministre de l'Éducation, Michelle Courchesne.

En fin d'après-midi, Martine Desjardins, de la Fédération étudiante universitaire du Québec, et Léo Bureau-Blouin, de la Fédération étudiante collégiale du Québec, flanqués de la péquiste Pauline Marois, du solidaire Amir Khadir, du «carré blanc» Robert Michaud et du «carré vert» Laurent Proulx, avaient lancé ensemble un ultime «appel à la raison» et à la négociation au gouvernement. En vain.

Sur le fond, Michelle Courchesne a fait valoir que la loi qu'elle a présentée n'élimine en rien «le droit de manifester».

«Les étudiants peuvent boycotter leurs cours. Ils peuvent manifester. Mais ils ne peuvent pas entraver l'accès aux lieux d'enseignement des autres étudiants.»

«L'objectif visé est de ramener le calme sur les campus», a-t-elle dit. Le conflit étudiant a débuté il y aura bientôt 100 jours.

Le ministre Clément Gignac a été cinglant. «Ça ne sera pas les leaders étudiants, ça ne sera pas les leaders syndicaux qui vont gouverner le Québec. "Si vous voulez gouverner le Québec, a-t-il ajouté comme s'il s'adressait directement à eux, mettez votre face sur le poteau et faites-vous élire." On n'est pas dans une dictature, on est une démocratie.»

Pour Pauline Marois, la présentation d'une telle loi est un «effroyable gâchis». Celle-ci «viole gravement des droits fondamentaux. L'État s'octroie des pouvoirs abusifs».

La chef péquiste a parlé d'un «soir triste» pour la jeunesse, l'éducation et la démocratie.

«Jamais le premier ministre n'a pris une minute pour rencontrer les étudiants. Jamais son gouvernement n'a bougé sur le coeur du litige», soit la hausse des droits de scolarité de 1778$.

Presque «totalitaire», a lâché l'indépendant Pierre Curzi.

Line Beauchamp

La loi spéciale a été présentée en soirée alors qu'elle devait l'être en matinée. Ce retard s'explique par le fait qu'il a fallu retoucher le texte. Les arbitrages ont été difficiles à rendre.

Les membres du conseil des ministres se sont entendus sur le libellé final quelques heures à peine avant que la loi soit déposée au Parlement.

De plus en plus de députés du Parti québécois sont convaincus que c'est entre autres pour éviter d'être associée à cette mesure d'exception que Line Beauchamp a démissionné de son poste de ministre de l'Éducation, lundi.

Elle aurait senti qu'à moins d'un revirement avec les fédérations étudiantes, son gouvernement allait procéder.

Jean Charest a reproché à Pauline Marois d'avoir manqué à ses propres responsabilités. Il juge qu'elle a tenu des propos «incendiaires» tout au long du conflit.

«La paix sociale relève de la responsabilité de chacun d'entre nous. Cela inclut les 125 députés à l'Assemblée nationale du Québec et, de surcroît, la chef de l'opposition officielle.»

Le premier ministre a énuméré les gestes posés par son gouvernement: étalement de la hausse sur sept années, instauration d'un mécanisme de remboursement proportionnel au revenu, bonification du régime de bourses, d'une part, et de prêts, d'autre part.

Toute la nuit

Les débats parlementaires devaient durer toute la nuit et se poursuivre vendredi. Le vote final devrait avoir lieu en fin de journée.

Même si elle est courte, la majorité des libéraux au Salon bleu devrait permettre que la législation soit adoptée sans trop de difficulté.

Les députés de la Coalition avenir Québec pourraient voter en faveur. Le chef François Legault croit qu'il faudrait aussi interdire le port de masques lors des manifestations.

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