La rencontre avec la nouvelle ministre de l'Éducation a été assez courte, un peu plus d'une heure et quart, mardi soir, mais les représentants des associations étudiantes en sont sortis satisfaits. Et cela malgré l'absence de l'offre gouvernementale espérée pour dénouer le conflit.
«Il y a un certain nombre de positions consensuelles qui ont été mises de l'avant par les étudiants, entre autres l'idée du moratoire, a indiqué le président de la Fédération étudiante collégiale (FECQ), Léo Bureau-Blouin. Mme Courchesne a confirmé que tout cela doit être ramené au Conseil des ministres. On espère qu'il va faire preuve d'ouverture d'esprit.»
Porte-parole de la CLASSE, l'association la plus militante, Gabriel Nadeau-Dubois s'est dit «relativement satisfait» des discussions somme toute «cordiales» avec la ministre. Il appert que le changement d'interlocuteur, à la suite de la démission de Line Beauchamp, a été bénéfique dans son cas. «On a débouché certains canaux de communication qui avaient peut-être été bouchés par certaines mésententes avec Mme Beauchamp, a affirmé M. Nadeau-Dubois. On a aussi défait certains flous, certaines incompréhensions qu'il y avait avec Mme Beauchamp.»
La ministre Michelle Courchesne, elle, n'a pas l'intention de commenter les échanges avant d'avoir fait un rapport à ses collègues sur l'état des lieux dès mercredi.
Pendant la rencontre, les étudiants ont été rassurés quant au fait que les sessions ne seront pas annulées, comme la ministre l'a indiqué un peu plus tôt en Chambre. «Je m'inscris dans un scénario où les sessions seront sauvées et où tous les finissants pourront rentrer à l'université dès septembre», a déclaré la ministre Courchesne.
La rencontre avec les étudiants a été précédée d'une réunion avec les dirigeants des universités et des collèges pour étudier les difficultés posées par le calendrier scolaire.
Portes de sortie
La question d'un moratoire sur la hausse des droits de scolarité pour apaiser les tensions est donc revenue sur le tapis. La veille, l'ex-ministre Line Beauchamp affirmait que même cette option était rejetée par les étudiants.
La possibilité d'une loi spéciale pour forcer le retour en classe a «vaguement» été évoquée, mais la ministre a juré qu'il ne s'agit pas d'une avenue envisagée par le gouvernement, a indiqué M. Nadeau-Dubois.
Aussi, la ministre a convenu avec les représentants étudiants que les injonctions des tribunaux ne sont pas une façon de régler le conflit. Mardi matin, la Sûreté du Québec (SQ) est intervenue pour déplacer les manifestants qui bloquaient l'entrée du Collège Lionel-Groulx, à Sainte-Thérèse, dans le nord de Montréal. La directrice du Collège, Monique Laurin, elle-même une ancienne candidate libérale, a dit se sentir «larguée» par le gouvernement.
«On comprend l'urgence de la situation, a commenté la présidente de la Fédération étudiante universitaire (FEUQ), Martine Desjardins. On espère que, du côté gouvernemental, on va se montrer ouvert.»
La balle est maintenant dans le camp gouvernemental et le premier ministre Jean Charest a promis de prendre les «décisions qui s'imposent». «Mme Courchesne nous a garanti que les canaux de communication resteraient ouverts, note aussi M. Bureau-Blouin, de la FECQ. C'est pour ça qu'on s'attend à être reconvoqué à la suite du Conseil des ministres.»
Avant la rencontre, Jeanne Reynolds, aussi porte-parole de la CLASSE, a prévenu que la grève se poursuivrait si la question des droits de scolarité n'est pas abordée. «S'il y a un ultimatum à lancer, c'est plus de la part des étudiants envers le gouvernement, a-t-elle affirmé. C'est nous qui sommes en grève. C'est au gouvernement à prendre ses responsabilités.»
Malgré les appels du Parti québécois et de la Coalition avenir Québec en ce sens, mardi, le premier ministre n'était pas autour de la table avec les représentants étudiants.
Ton conciliant
Le ton conciliant que semble emprunter la ministre tranche avec celui de certains de ses collègues libéraux, un peu plus tôt. L'impatience d'en arriver à une solution couplée à la tristesse au sujet de la démission de Line Beauchamp a favorisé les commentaires versés dans les principes de la loi et l'ordre.
«Assez, c'est assez», s'est impatienté le ministre des Finances, Raymond Bachand. «Il y a des groupes radicaux qui, systématiquement, veulent déstabiliser l'économie de Montréal, a-t-il constaté. Ce sont des groupes anticapitalistes, marxistes, qui n'ont rien à voir avec les droits de scolarité. [...] Je pense qu'il faut que ça arrête.»
Il ne s'en trouvait pas pour s'émouvoir de l'arrestation de plus d'une vingtaine de personnes, dont la fille du député solidaire Amir Khadir, qui ont participé au blocage du pont Jacques-Cartier. «Ils ont mis en danger non seulement leur propre sécurité, mais aussi celle de tous les usagers du pont, a noté le ministre des Transports, Pierre Moreau. C'est une situation inacceptable et intolérable.» Il en a profité pour saluer le travail des policiers.
Les députés libéraux ont été interrogés sur l'opportunité d'une loi spéciale pour forcer le respect des injonctions de retour en classe. Pour l'ex-recteur Michel Pigeon, député de Charlesbourg, «on ne met pas une loi par-dessus une injonction». «Il me semble qu'une injonction, c'est une injonction, note-t-il. C'est la loi.»
La ministre démissionnaire Line Beauchamp est passée saluer ses collègues en caucus. Visiblement sous le coup de l'émotion, elle a préféré ne pas s'adresser aux médias.