En septembre, les étudiants recevront deux factures pour leur session. La première - incluant une hausse de 127 $ des droits de scolarité - devra être acquittée en entier. La seconde, de 125 $, ne sera pas payable avant janvier 2013.
Et c'est là que se transpose le combat. Quatre représentants étudiants devront alors convaincre les 15 autres membres du conseil des économies potentielles dans les universités (délocalisation des campus, dépenses publicitaires, parc immobilier, reddition de comptes, etc.).
Chaque dollar économisé réduit d'autant la seconde facture de 125 $. Meilleur scénario pour les étudiants : un crédit maximal de 125 $ est appliqué en raison de leurs arguments. La facture est déchirée et expédiée au recyclage.
Pire scénario : le conseil n'est pas convaincu, et 0 $ en crédit. Le paiement intégral est requis. Il n'y a aucune garantie de réussite.
Les étudiants seront minoritaires dans ce bras de fer. Sur les 19 membres du conseil, on dénombre six représentants des recteurs et quatre des étudiants. On retrouvera aussi des délégués syndicaux (CSN, FTQ, CSQ et FQPPU), deux représentants des milieux d'affaires, un représentant des cégeps, un du Ministère et un président (nommé par la ministre de l'Éducation).
Ce conseil ne fera que des recommandations. La ministre et le gouvernement trancheront en bout de piste.
Quant à la facture étudiante pour 2013 et après, elle dépendra aussi de ce conseil. Les 19 membres auront en effet comme mission de créer un conseil permanent des universités. C'est cet éventuel conseil permanent qui évaluera la pertinence de réduire les frais afférents de façon récurrente au-delà de l'automne 2012. Encore une fois, aucune garantie; tout dépendra des recommandations.
Les leaders étudiants ont estimé samedi qu'ils sauront gagner ce pari et atténueront ainsi la hausse des droits de scolarité.
Toujours en grève
En dépit de l'entente de principe, plus de 170 000 étudiants du Québec poursuivent leur mouvement de grève ce matin. Ils mettront toutefois un terme aux manifestations officielles en attendant de statuer sur l'offre gouvernementale.
Les quatre fédérations étudiantes ont mis en branle dès samedi soir leurs processus de consultation. Mais le résultat final du vote ne sera pas connu avant vendredi... au plus tôt.
Hier soir, 172 associations étudiantes étaient toujours en grève générale. Et chacune d'entre elles devra voter dans les prochains jours à la fois sur la reconduction du mandat de grève et sur l'offre gouvernementale.
Les deux votes seront distincts; les étudiants auront ainsi le loisir de rejeter l'entente de principe et de demeurer en grève, de rejeter l'entente mais de retourner en classe, ou d'accepter l'entente et de compléter leur session.
La majorité des votes locaux n'auront pas lieu avant demain, afin de respecter les délais de convocation. À la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ), on promet un congrès spécial vendredi, et une annonce des résultats vendredi soir. Une majorité des deux tiers est requise à la FEUQ pour entériner l'entente.
La Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ) prévoit compiler et dévoiler le résultat des votes vendredi. Des résultats partiels seront présentés mercredi. À la Table de concertation étudiante du Québec (TaCEQ), aucune date limite n'est fixée pour l'instant. Les assemblées locales se dérouleront dans les prochains jours, dont celles touchant l'Université Laval.
La Coalition large de l'Association pour une solidarité syndicale étudiante (CLASSE) ne se fixe pas non plus d'échéance; elle tiendra cependant un congrès dès que les associations locales auront passé au vote. L'aile la plus mobilisée dans le mouvement de grève a tenu des congrès toutes les fins de semaine ces derniers temps. On rappelle toutefois à la CLASSE que les associations y sont souveraines; la CLASSE pourrait ainsi ratifier l'entente, mais pas certains de ses membres.
Ainsi, les associations auront toute la latitude de continuer leur mouvement de grève en solo même si le congrès décide de retourner en cours.
Majorité à 50 % plus un
La CLASSE, comme la FECQ et la TaCEQ, exige une majorité à 50 % plus un pour officialiser l'entente de principe.
Les quatre fédérations étudiantes ne recommandent pas l'offre à leurs membres; elles se contentent de l'expliquer et de la présenter, sans interférer.
Par ailleurs, l'entente de principe conclue samedi ne fait aucune mention d'un retour en classe immédiat. Il s'agit bien sûr du souhait du gouvernement, mais le dernier mot sur ce retour au sein des institutions d'enseignement appartiendra donc aux étudiants votants. Et tous les étudiants du Québec auront la chance de voter sur l'entente de principe; pas seulement les grévistes.
Les quatre fédérations étudiantes ont convenu cette fin de semaine de mettre fin aux manifestations en attendant les votes. Cette trêve semble respectée, même si des rassemblements non officiels sont prévus cette semaine pour dénoncer la hausse des droits de scolarité.