L'entente de principe ne touche pas à l'épineuse question des droits de scolarité. Le gouvernement de Jean Charest ira donc de l'avant avec sa hausse de 1778,70$ pour les sept prochaines années.
Mais les libéraux compenseront toutefois cette hausse des droits de scolarité en réduisant les frais institutionnels obligatoires (FIO, ou encore les frais afférents). Ces derniers atteignent plus de 600$ par année pour certains étudiants. Ils sont toutefois variables selon les universités et les départements, et incluent une myriade de frais obligatoires: inscription, technologies, vie étudiante, assurances, sports et loisirs.
Pour l'automne prochain, les étudiants disent décrocher dans les faits un gel de leur facture globale. Les droits de scolarité bondiront de 127$ par session; le gouvernement libéral y tenait. Mais les FIO seront aussi réduits de 127$. Conséquence: un étudiant ne paiera pas un sou de plus à l'automne pour étudier au Québec; seule la composition de sa facture sera modifiée.
Dénicher des économies
Par la suite, la mécanique se corse (lire l'autre texte). Un conseil provisoire aura pour mandat de dénicher des économies à même les universités québécoises. S'il réussit, la facture des étudiants demeurera gelée. Sinon, elle grimpera en flèche. Samedi, les leaders étudiants ont accepté ce pari.
Car l'entente de principe contient les signatures de toutes les associations étudiantes mobilisées depuis des semaines pour dénoncer la hausse des droits de scolarité, soit la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ), la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ), la Table de concertation étudiante du Québec (TaCEQ) et la Coalition large de l'Association pour une solidarité syndicale étudiante (CLASSE). En signant le document, les leaders étudiants ont convenu de soumettre l'offre à leurs membres.
Les porte-parole des fédérations étudiantes ont procédé à une courte déclaration à leur sortie des négociations en insistant sur l'importance de laisser leurs membres sceller le sort du conflit. Ils ont aussi refusé de parler d'entente de principe, préférant parler d'une nouvelle offre gouvernementale.
«Après 22 heures de discussion, on a eu une offre, qu'on va devoir soumettre à nos membres la semaine prochaine. Il va y avoir des assemblées générales qui vont se positionner sur cette offre-là. Donc, ce n'est pas la fin, mais c'est un début de fin», a lancé la présidente de la FEUQ, Martine Desjardins, qui a parlé de rencontres «respectueuses» et «fructueuses».
«C'est une offre, ce n'est pas la fin de la grève», a ajouté le porte-parole de la CLASSE, Gabriel Nadeau-Dubois. «Ce seront les assemblées générales qui se positionneront sur le contenu de cette offre-là.» Les dirigeants de la CLASSE ne donneront aucun mot d'ordre à leurs membres.
Le président de la FECQ ne recommandera pas lui non plus à ses membres d'entériner le document. «Il n'y aura pas de recommandation formelle de notre part», a soutenu Léo Bureau-Blouin. «On va expliquer le contenu de cette offre-là, et par la suite on va tenir des assemblées, le plus rapidement possible, pour que les étudiants de la base, eux, puissent se prononcer. Et on va prendre le bâton du pèlerin pour expliquer.»
Comme ses collègues, Léo Bureau-Blouin n'a pas voulu qualifier l'entente de principe. «On ne veut pas interférer», a insisté le leader étudiant. «Ce sont les balises sur lesquelles on s'est entendus.»
«On va la soumettre avec la même ouverture qu'on a eue dans tout le processus de négociations», a soutenu pour sa part le président de la TaCEQ, Paul-Émile Auger.
Les principaux chefs syndicaux de la province, Réjean Parent (CSQ), Louis Roy (CSN) et Michel Arsenault (FTQ) se sont dits satisfaits de ce règlement provisoire. Les trois syndicalistes se trouvaient autour de la table de négociations.
Le président de la Fédération des cégeps, Jean Beauchesne, était aussi présent à la rencontre et a déclaré souhaiter un retour rapide des étudiants en classe dans les prochains jours.
À l'heure actuelle, 164 508 étudiants et cégépiens sur 485 832 sont en grève au Québec.
Un pari à relever
À défaut d'avoir fait reculer le gouvernement de Jean Charest sur la question des droits de scolarité, les leaders étudiants disent avoir obtenu un gel pendant six mois de leur facture globale. Et ils ont fait le pari de prouver dans les prochains mois leurs prétentions comme quoi les sommes manquantes au réseau se trouvent à même les universités.
Le gouvernement ne bronche pas sur les droits de scolarité, mais il compensera en totalité cette hausse par une réduction des frais institutionnels obligatoires (FIO). Plus 127$ dans une colonne, moins 127$ dans l'autre, analysent les étudiants. Seulement pour l'automne prochain.
Pour Léo Bureau-Blouin, de la Fédération étudiante collégiale du Québec, «on peut parler d'un gel théorique». La ministre de l'Éducation Line Beauchamp a toutefois rejeté du revers de la main toute notion de moratoire ou de gel.
Un comité provisoire - appelé à devenir un comité permanent - s'attaquera d'ici là à la question de la gestion des universités. Élus, recteurs, et étudiants y participeront. Un rapport est attendu pour décembre prochain. Si le comité conclut que des économies sont envisageables dans les universités, la facture des FIO sera réduite du montant équivalent. Sinon? Pas de réduction, et une facture à la hausse.
À noter que l'entente de principe conclue samedi maintient les bonifications de la solution globale de la semaine dernière. 39 millions$ seront transférés en bourse, les prêts seront bonifiés pour les ménages gagnant 100 000$ et moins, et le seuil de revenu familial pour décrocher une bourse passera de 35 000$ à 45 000$.