Sur la page Facebook de la manifestation «Québec réveille!», on conviait les gens à apporter des instruments de toutes sortes pour faire entendre leur «désaccord envers les décisions actuelles du gouvernement Charest et la dérive dangereuse que prend notre société en adoptant une politique néolibérale sauvage».
Anne-Marie Desmeules disait avoir organisé la manifestation en réaction non seulement à la mauvaise gestion du conflit étudiant par le gouvernement Charest, mais aussi au Plan Nord. «Visiblement, ils n'entendent pas leur peuple, donc on veut faire du bruit pour que ça monte jusqu'à leurs oreilles.»
«Je suis mère de deux enfants, monoparentale, travailleuse à temps plein, donc j'ai pas le temps de me déplacer à Montréal pour manifester. J'ai amené la manif ici en me disant qu'il y a plein de gens qui sont contre la hausse, mais qui sont un peu disséminés à travers la ville», explique-t-elle.
Les centaines de participants se sont rassemblés au jardin de Saint-Roch pour ensuite mener leur tintamarre devant l'Assemblée nationale. Il y avait de tout pour faire du bruit : tuba géant, tambours, grelots, maracas, jante de roue.
Dans la bonne humeur
Le parcours s'est fait dans le calme et la bonne humeur, alors que l'itinéraire remis aux policiers de Québec a été respecté. L'événement a réuni toutes les générations, parfois au sein de la même famille, comme celle de Sylviane Pilote, qui s'était déplacée avec sa fille et son petit-fils.
Mme Pilote estimait qu'il «était temps que Québec se réveille» afin de se joindre au «ras-le-bol général» porté par les étudiants depuis presque 12 semaines à travers la province. «On est tannés de se faire tordre le cou, nous, la classe moyenne», a lancé la dame, qui disait avoir «40 ans d'expérience en manifestation».
Sa fille Lethicia disait être «venue appuyer la future génération», soit celle de son petit Esteban, qui, du haut de ses cinq ans, a déjà trois manifestations à son actif. «Quand je vais être grand, je veux pas que ça prenne beaucoup de temps [étudier]», a-t-il exprimé.
La mère d'Esteban n'a jamais pu faire ses études universitaires il y a deux ans, car, déjà à l'époque, elle «n'arrivait pas du tout». «Je me suis endettée de 8000 $ pour absolument rien. Pour n'avoir aucun diplôme», déplore Lethicia.
Un peu plus loin dans la foule, Chantal Bonneville se frayait un chemin à partir de son quadriporteur, auquel elle avait accroché des cannes de métal assourdissantes. «J'ai deux ados qui, j'espère, vont pouvoir aller à l'université. Moi, avec ma rente d'invalidité et mon petit salaire d'artiste, j'ai pas les moyens de me payer ça», a partagé celle qui milite pour la gratuité scolaire.
Entourée de ses deux enfants, Tomas et Carolie, Mme Bonneville sortait pour la première fois dans les rues pour décrier un gouvernement «sur le dos des cols bleus».
De son côté, Marilou André avait emmené sa fille de sept mois, à qui elle souhaite que l'accessibilité aux études perdure à travers les années.
«J'ai un enfant, je suis allée à plusieurs manifestations, j'ai vu la répression policière, mais ça ne m'empêchera pas d'aller manifester. Parce qu'il ne faut pas non plus entrer dans le jeu de la peur», dit-elle.
«L'offre de Charest n'est vraiment pas satisfaisante. Il y a plusieurs étudiants qui n'ont plus rien à perdre, dans le sens qu'ils ont déjà perdu leur session. Mais ce sacrifice-là n'aura pas servi à rien», puisque la jeune mère croit que l'unité du mouvement étudiant parviendra à gagner la lutte des deux derniers mois et demi. «Maintenant, il reste à Charest à faire un pas. On n'a rien à perdre, on l'attend.»