Le premier ministre Jean Charest et la ministre de l'Éducation Line Beauchamp ont mis cartes sur table vendredi: une hausse des droits de scolarité de 1779$ sur sept ans (au lieu de 1625$ sur cinq ans) et le transfert de 39 millions$ dans les bourses d'études.
Cette main tendue du gouvernement libéral n'a pas touché de cordes sensibles chez les étudiants. Toutes les consultations menées depuis vendredi par la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ) laissent présager une opposition catégorique à la «solution globale».
Des associations étudiantes collégiales ont déjà voté depuis vendredi des reconductions de la grève générale. Et les annonces d'il y a deux jours ont galvanisé les cégépiens: la majorité des votes de grève ont connu des gains de 5%, assure-t-on à la FECQ.
«Nous avons fait une conférence téléphonique avec nos membres, et cela a été rejeté unanimement. Les étudiants ont l'impression de se faire niaiser. Il y a du bon là-dedans, il faut le reconnaître. Mais indexer une hausse, il y a toujours bien des limites», a lancé samedi le président de la FECQ, Léo Bureau-Blouin. Les collégiens consultés voient les offres comme une «confrontation» et un «pied de nez», assure-t-il.
D'autres associations voteront dans les prochains jours sur l'offre gouvernementale. Un revirement de situation est toujours possible. Mais si la tendance se maintient, les membres rejetteront le plan de sortie de crise de Jean Charest.
Son de cloche similaire à la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ). Les assemblées générales des prochains jours confirmeront le choix des étudiants, mais les consultations menées samedi sont pessimistes.
«C'est assez unanime, les étudiants sont peu satisfaits de cette offre. Les étudiants vont voter dans leur association, mais jusqu'à présent, les votes de grève sont reconduits avec une plus grande majorité encore», souligne la présidente de la FEUQ, Martine Desjardins. La leader étudiante fera d'ailleurs une contre-proposition au gouvernement. «Il nous accuse de ne rien proposer, alors on va y aller dans les prochains jours avec notre proposition pour sortir de la crise», a-t-elle indiqué.
La FEUQ a par ailleurs enclenché sa machine électorale. Anticipant des élections, elle organisera le 9 mai «une manifestation visant à mettre dehors les libéraux». Aucune consigne de vote ne sera donnée en vue d'éventuelles élections... sauf de voter contre le Parti libéral. «Et on compte bien faire sortir le vote des jeunes», promet la présidente.
Pas de réponse finale de la CLASSE
La frange la plus militante du mouvement étudiant, la Coalition large de l'Association pour une solidarité syndicale étudiante (CLASSE), ne s'est pas encore prononcée officiellement contre la solution du gouvernement.
La structure de la CLASSE implique qu'elle reflète uniquement les positions des membres locaux. Or, ces associations étudiantes n'ont pas toutes adopté une résolution concernant les dernières offres gouvernementales, ce qui pourrait bien empêcher la CLASSE de prendre position.
Des dizaines d'étudiants se sont réunis samedi toute la journée à l'Université Laval pour en débattre en congrès, mais ils ont été incapables de trancher le débat.
«Probablement qu'il va falloir une consultation des assemblées générales en début de semaine», a précisé samedi le porte-parole de la CLASSE, Gabriel Nadeau-Dubois. Aucune décision officielle ne peut être prise avant ce soir, selon les règles de leur congrès. «Mais je serais très surpris qu'il y ait une seule association qui vote pour l'entente. On s'enligne vers un rejet massif». Déjà, 22 000 étudiants membres de la CLASSE ont dit non à l'offre de Québec. La CLASSE discutera elle aussi d'une stratégie électorale. «On voit bien que le gouvernement n'a pas ouvert une porte pour négocier. Il a plutôt fait des relations publiques en parlant à la population», a ajouté le porte-parole.
La Table de concertation étudiante du Québec (TaCEQ), qui regroupe plusieurs étudiants de l'Université Laval, a quant à elle rejeté catégoriquement la solution préconisée par la ministre Beauchamp.
«Les étudiants n'ont pas fait autant de sacrifices pour un simple étalement de la hausse. L'annonce d'une indexation additionnelle ajoute l'insulte à l'injure sur la question de la hausse des frais de scolarité», a déclaré samedi Paul-Émile Auger, secrétaire général de la TaCEQ. «La proposition du premier ministre ne peut qu'aggraver les tensions», a ajouté le secrétaire général.
Plus de 176 000 étudiants répartis dans 181 associations étudiantes sont en grève depuis plus de deux mois et demi. Près des deux tiers des étudiants de la province assistent toutefois à leurs cours.