Manifestation au Cégep Limoilou: l'instigatrice reconnaît son erreur

La professeure de philosophie Valérie Cayouette-Guilloteau estime qu'elle... (Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve)

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La professeure de philosophie Valérie Cayouette-Guilloteau estime qu'elle a perdu le contrôle de son initiative sur les réseaux sociaux.

Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

Annie Mathieu
Le Soleil

(Québec) La professeure de philosophie à l'origine de la manifestation étudiante qui a tourné au vinaigre jeudi au Cégep Limoilou a fait son mea culpa. Valérie Cayouette-Guilloteau a admis vendredi avoir perdu le contrôle de la situation après avoir annoncé dans les médias sociaux qu'elle commettrait un «acte de désobéissance civile extrême».

Comme elle l'avait affirmé la veille en entrevue au Soleil, la jeune enseignante de 30 ans qui est également candidate pour Québec solidaire dans Lévis, a répété en conférence de presse en matinée qu'elle avait convoqué ses étudiants à l'extérieur de l'établissement afin de les faire réfléchir sur des notions théoriques liées à son cours. Mme Cayouette-Guilloteau les a rejoints sur Facebook mercredi soir en leur spécifiant qu'elle allait commettre un «acte de désobéissance civile extrême». «Ce mot était ironique. Je pensais à Félix Leclerc, à une chanson qui parle de philosophie», a-t-elle soutenu.

«À partir de ce moment, les médias se sont déchaînés [...] J'ai placé mon établissement dans une situation difficile pour avoir voulu être une bonne prof de philo», a reconnu l'enseignante. «Je dois faire un mea culpa. [...] J'ai perdu le contrôle de la situation, les gens ont commencé à dire que j'allais brûler des voitures, que j'allais m'immoler, que j'allais faire une grève de la faim», a-t-elle raconté, des sanglots dans la voix.

Celle-ci a néanmoins précisé qu'elle s'était pliée aux ordres de la direction qui lui a demandé de donner sa séance comme prévu dans une salle de classe. Elle dit l'avoir fait en pleurant. «Je pleurais parce que j'ai déclenché quelque chose d'insoupçonné, je n'ai jamais vu autant d'irréalisme et d'irrationalité dans notre société pour quelque chose lancé sur Facebook», a soutenu Mme Cayouette-Guilloteau, ajoutant que le résultat de son initiative était l'arrestation d'étudiants et des amendes «extrêmement salées».

À 13h, des centaines d'étudiants s'étaient rassemblés en vain pour assister au coup d'éclat promis. Après un appel lancé par un des participants, le groupe a entamé une marche autour du pâté de maisons adjacent au cégep alors que de nombreux policiers les attendaient à l'intersection de la

12e Rue et de la 8e Avenue. Plusieurs dizaines d'étudiants ont été pris en souricière, donnant lieu à des échanges verbaux violents et des bousculades. Quarante-neuf manifestants et ont été amenés au poste de police où ils ont reçu des contraventions pour entrave à la circulation et quelques-uns pour entrave au travail des forces de l'ordre.

«C'est triste, c'est horrible, mais finalement je crois que j'ai donné le meilleur cours de philosophie politique à mes élèves qu'ils ne pourront jamais avoir de leur vie. J'en suis vraiment désolée», a conclu Mme Cayouette-Guilloteau avant de nous quitter pour aller enseigner.

Mesures disciplinaires?

La directrice des études du Cégep Limoilou, Anne Filion, n'a pas voulu préciser si des mesures disciplinaires pourraient être prises contre l'enseignante. «On va analyser la situation, mais cela ne ferait pas partie du domaine public», a-t-elle indiqué. De son côté, le président du syndicat, Sacha Calixte, est demeuré prudent. «L'assemblée générale n'a pas pris position sur la chose, je ne peux pas parler au nom du syndicat», a-t-il fait valoir, ajoutant néanmoins qu'à titre personnel, il jugeait la démarche de sa collègue «tout à fait fondée».

Un «délire policier»

Le syndicat des enseignants et l'association étudiante du Cégep Limoilou ont dénoncé vendredi en conférence de presse l'usage «démesuré et abusif» de la force policière lors de l'événement de jeudi. Ils estiment même que l'établissement a été l'objet d'un «délire policier».

«Les manifestants ont été retenus contre leur gré, aucune lecture de leurs droits n'a été faite, aucun chef d'accusation n'a été retenu contre eux, ils ont été fouillés et ils ont été photographiés sans mandat. Il s'agit d'une violation claire du Code de déontologie des policiers», a soutenu le président de l'Association des étudiantes et des étudiants du Cégep Limoilou, François Saint-Laurent.

Ce dernier a expliqué que son association avait récupéré les 51 contraventions reçues par 49 de ses membres et qu'elle allait les contester en bloc.

Le président du Syndicat des enseignants et enseignantes du Cégep Limoilou, Sacha Calixte, a quant à lui lancé un appel au gouvernement. «Nous exigeons que M. Charest et Mme Beauchamp condamnent cet abus de la force policière comme ils l'exigent des associations étudiantes. Nous exigeons qu'ils prennent leurs responsabilités et qu'ils entament immédiatement un dialogue avec l'ensemble des associations étudiantes pour régler la situation qui ne peut plus durer», a-t-il affirmé.

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