Cinquante et un constats d'infractions ont été distribués à la suite de la manifestation improvisée qui a tourné au vinaigre, dont la plupart pour entrave à la circulation et quelques-uns pour entrave au travail d'un agent de la paix, a indiqué la porte-parole du Service de police de la Ville de Québec (SPVQ), Marie-Ève Painchaud.
Il s'agit du plus grand nombre d'arrestations à survenir dans la région de Québec à l'occasion du mouvement étudiant alors que ceux de cet établissement n'ont pas voté en faveur de la grève.
En entrevue au Soleil, la professeure et candidate dans Lévis pour Québec solidaire, Valérie Cayouette-Guilloteau, admet qu'elle n'aurait jamais pensé que sa «mise en scène» irait aussi loin. Dans le cadre de son cours Éthique et politique, la philosophe a invité ses élèves à assister à l'extérieur du cégep à son cours portant sur la pensée libertarienne de droite selon laquelle, explique-t-elle, «les tribunaux sont omniprésents».
L'idée était que les étudiants demeurent en toute légalité sur le terrain de l'établissement alors qu'elle entraverait la circulation en se positionnant sur le trottoir. Mme Cayouette-Guilloteau voulait aussi dénoncer les trois arrestations d'étudiants survenues un peu plus tôt dans la semaine lors d'une manifestation au cégep. «La question que je posais à mes étudiants était : "Est-ce que la liberté de circulation est supérieure ou pas à la liberté d'expression dans notre société?"»
Mme Cayouette-Guilloteau avait demandé la permission la veille à la direction du cégep de donner son cours dehors, mais ne l'avait pas prévenue de son «expérience terrain». Or, c'est par les médias sociaux que celle-ci a été informée qu'un de ses enseignants planifiait un «acte de désobéissance civile». La professeure explique avoir sciemment démarré une rumeur sur Facebook mercredi soir. Elle a choisi de s'en prendre à ce qui est, selon elle, le plus important aux yeux des citoyens de la ville de Québec, soit les automobiles et les routes et, conséquemment, au «droit de propriété».
Pris au piège
Jeudi matin, la direction du cégep a averti l'enseignante qu'elle ne tolérerait pas qu'elle fasse un geste de «désobéissance civile extrême» dans le cadre ses fonctions et lui a demandé de donner son cours dans la salle de classe. Mais comme la rumeur avait circulé, des étudiants, des membres du personnel de l'établissement et des médias se sont rassemblés à 13h pour assister au coup d'éclat promis.
Or, c'est plutôt un collègue, Sacha Calixte, qui s'est présenté devant les curieux réunis et leur a lu un manifeste signé par Mme Cayouette-Guilloteau. À la suite de la lecture, plusieurs centaines d'étudiants ont fait le tour du pâté de maisons devant l'oeil attentif de nombreux policiers. C'est en arrivant au coin de la 12e Rue et de la 8e Avenue que les manifestants ont été stoppés net par plusieurs véhicules de police qui leur bloquaient l'accès au cégep. Alors que les esprits s'échauffaient, des dizaines d'étudiants ont été ainsi pris en souricière par les policiers qui ont déployé un cordon de sécurité autour d'eux. La scène a donné lieu à plusieurs échanges verbaux violents ainsi qu'à des bousculades. «On ne fait rien d'illégal!» a soutenu Louis-Étienne Vallière-Chabot, qui a dénoncé la force excessive avec laquelle les policiers sont intervenus.
Les manifestants pris au piège ont été reconduits dans un autobus du RTC stationné non loin. Ils ont ensuite été transportés à la centrale de police du parc Victoria. Comme la plupart de ses confrères, Philippe Lambert a reçu un constat d'infraction de 494 $. «Je vais le contester, c'est inconstitutionnel. Je préfère faire des mois de prison plutôt que payer ça», a-t-il soutenu.
Le directeur général du Cégep Limoilou, Louis Grou, trouve «regrettable» l'issue de la manifestation. Il croit par ailleurs qu'il est grand temps que les associations étudiantes et les politiciens s'assoient pour mettre fin au conflit.
Puisqu'elle donnait son cours, Valérie Cayouette-Guilloteau n'a pas été témoin des débordements. «Je déplore l'hystérie collective, les arrestations et la brutalité [...] Ce n'est pas comme cela qu'on va donner confiance aux jeunes dans une société», a-t-elle fait valoir. La professeure soutient par ailleurs ne pas se sentir responsable de ce qui est arrivé, puisqu'elle n'a jamais demandé à quiconque de commettre des actes illégaux. «Si tout s'était bien passé, il ne serait jamais rien arrivé», conclut-elle.
L'étincelle
Les étudiants rassemblés devant le Cégep Limoilou pour assister au coup d'éclat de Valérie Cayouette-Guilloteau se sont transformés en manifestants désireux de prendre la rue au moment où l'un des leurs a pris la parole.
Le leader du groupe vêtu d'un chandail où il était écrit à la main «Fuck Beauchamp» n'a pas voulu s'identifier au Soleil en raison de ses antécédents judiciaires. Il admet cependant avoir voulu mettre du piquant dans le rassemblement. «J'ai pris le porte-voix et j'ai dit : "Ils viennent d'arriver avec les paniers à salade, on bouge!"» raconte l'homme qui dit avoir 25 ans.
«Moi, mon but, c'était d'augmenter la visibilité. Quand je voudrai aller à l'université, c'est qui le cave qui va payer?» a demandé celui qui dit avoir à coeur la cause des étudiants.
«Une manif, c'est fait pour faire bouger les choses et non pour rester là. Le message ne passait pas. À cause des arrestations policières, ça va donner du pouvoir aux étudiants», a-t-il soutenu.
Celui qui dit fréquenter l'établissement depuis un an est par ailleurs allé changer son chandail lorsqu'il a vu que la manifestation tournait au vinaigre. «J'avais peur de me faire arrêter. J'avais beaucoup à perdre, je ne suis pas un jeune de 17 ans que papa et maman vont aller chercher», laisse tomber celui qui s'autoproclame comme «un leader négatif».