Le vice-recteur aux études et aux activités internationales de l'Université Laval, Bernard Garnier, transmettra d'ici mardi une liste de modalités aux étudiants en grève.
«Je parlerai des conditions d'abandon sans échec et des remboursements de cours, etc. Je vais aussi préciser les modalités pour le prolongement de la session. C'est certain qu'on va être obligé de rallonger la session pour les gens qui sont toujours en grève», a indiqué dimanche Bernard Garnier au Soleil.
La direction universitaire n'entend pas non plus menacer les étudiants en leur imposant une date butoir pour retourner en classe, comme l'a fait le 4 avril l'Université du Québec à Rimouski. «On n'a pas de date butoir. On ne fait pas de menace. Ça ne sert à rien», tranche M. Garnier.
Le spectre d'une perte de cours ou de session est donc écarté. «Dans notre esprit, il n'est pas question d'annuler les cours. On est toujours dans un mode plus optimiste», a ajouté le vice-recteur. «Mais les gens comprennent bien que plus ça passe, plus c'est compliqué, pour tout le monde, a-t-il poursuivi. À chaque jour qui passe, chaque semaine qui passe, eh bien, automatiquement, ça a des conséquences sur la fin éventuelle du trimestre. C'est dans ce sens-là qu'on va s'adresser aux étudiants.»
Les étudiants grévistes recevront donc un message détaillant les modifications au calendrier universitaire. «Si la grève continue encore pendant plusieurs semaines, alors la session va être prolongée d'autant», résume Bernard Garnier.
La CADEUL confirme
À la Confédération des associations d'étudiants et étudiantes de l'Université Laval (CADEUL), on confirme ne pas avoir reçu de menaces ou de pressions de la part de la direction. «Il n'y a pas eu de menaces ou d'ultimatums. On nous a simplement dit : si ça dure plus que six semaines, attendez-vous que ça soit prolongé», avance le vice-président à la recherche et à l'enseignement de la CADEUL, Martin Bonneau.
Selon lui, l'idée d'une date butoir pour le retour en classes ne serait véhiculée que par la ministre de l'Éducation, Line Beauchamp. «La pression vient plus des messages que la ministre lance à travers les médias. Nous, on ne sent pas ça du côté de l'administration universitaire», estime M. Bonneau. «Ça ne ressemble pas à l'Université de Montréal ou l'Université du Québec en Outaouais», ajoute-t-il.
L'université montréalaise a en effet prévenu ses étudiants que des cours pourraient être suspendus ou compromis advenant une poursuite de la grève. De plus, tous les cours seront donnés dès ce matin à l'Université de Montréal - peu importe la grève -, et ces cours ne pourront être repris. Même scénario en Outaouais, où les cours reprendront de force ce matin, en dépit de la grève. Les étudiants ne se rendant pas en classe auront le loisir d'annuler leurs cours sans mention d'échec, mais ils n'obtiendront aucun remboursement.
À Québec, l'Université Laval aurait plutôt suggéré des arrangements aux associations étudiantes en grève. «Ça peut être les soirs, les fins de semaine, il y aura des activités de rattrapage, des plans de cours adaptés. On peut changer la pondération des travaux aussi, mettre plus de travaux à faire à la maison. Mais ça, c'est vraiment à chaque professeur d'essayer de trouver un plan avec ses étudiants», énumère le vice-président de la CADEUL, Martin Bonneau.
Le vice-président de l'association regroupant 28 000 membres du premier cycle croit finalement que les ultimatums de la ministre Beauchamp ne tiennent pas la route. «C'est davantage un bluff, soutient Martin Bonneau. Au mois de mars, elle avait clairement dit aux journalistes : écoutez, la session ne peut pas être annulée, c'est sûr que ça n'arrivera pas. Alors, lorsqu'elle a dit : "c'est fini, rentrez en classe", on avait de bonnes raisons d'en douter.»
Plus de 171 000 étudiants répartis dans 184 associations sont en grève au Québec. Le mouvement de grève est toutefois plus marginal à Québec, où seulement 4830 étudiants de l'Université Laval ratent leurs cours. La grève étudiante se déroule depuis 62 jours, soit le conflit étudiant le plus long de l'histoire de la province.
Retours forcés et menaces
La grève étudiante entre dans une période critique, selon certaines institutions universitaires et collégiales. Appuyées par la ministre de l'Éducation Line Beauchamp, plusieurs d'entre elles ont annoncé un retour forcé des cours, en raison de décisions de la cour et de la pression du calendrier.
- Ministre Line Beauchamp
«Toutes les mesures doivent être prises pour que les cours se donnent.»
- Jean Beauchesne, pdg de la Fédération des cégeps
Situation «catastrophique» dans les cégeps montréalais
- Michel Ringuet, recteur de l'Université du Québec à Rimouski
Des cours le 16 avril, sous peine de «lourdes conséquences»
- Université de Montréal
Des cours le 16 avril, ou les cours seront perdus sans compensation
- Université du Québec à Montréal
Date butoir le 7 mai pour reprendre les cours