Associations étudiantes: une unité historique

Manifestation étudiante au parc de la Francophonie, à... (Photothèque Le Soleil, Steve Deschênes)

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Manifestation étudiante au parc de la Francophonie, à Québec, le 4 avril

Photothèque Le Soleil, Steve Deschênes

Annie Mathieu
Le Soleil

(Québec) En plus d'avoir fracassé le record de la plus longue grève, les étudiants des différentes associations ont laissé de côté leurs dissensions pour s'unir contre le gouvernement de Jean Charest. En raison de ces deux particularités, la grève étudiante de 2012 passera vraisemblablement à l'histoire.

Le professeur en science politique du Collège Maisonneuve Benoit Lacoursière est auteur d'un livre portant sur le mouvement étudiant au Québec de 1983 à 2006. Dans celui-ci, M. Lacoursière fait état des divisions qui ont toujours existé au sein des étudiants lors des différentes grèves pendant cette période.

Or, le politologue soutient ne jamais avoir vu trois associations nationales comme la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ), la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ) et la Coalition large de l'Association pour une solidarité syndicale étudiante (CLASSE) se serrer les coudes comme elle le fait depuis maintenant 57 jours. «C'est assez nouveau cette soi-disant unité. Avant, ça n'existait un peu près pas», affirme-t-il.

Bien qu'il y ait eu un malentendu la semaine dernière sur l'emploi du terme front commun par les associations étudiantes qui ont rapidement rectifié le tir, M. Lacoursière estime néanmoins qu'elles «rament dans la même direction».

«Les grandes différences existent toujours mais paraissent moins», constate-t-il. Par exemple, la CLASSE milite en faveur de la gratuité scolaire et est derrière les grands coups d'éclat, comme le blocage du pont Champlain.

Diviser pour négocier

Conséquence de l'unité des étudiants? Le gouvernement refuse de négocier avec quiconque, ce qui ne fait que prolonger le bras de fer entre les deux parties. Lors des grèves précédentes, Québec a toujours écarté le groupe le plus militant pour trouver une oreille davantage attentive auprès des associations plus modérées.

En 2005, c'est ce qu'il s'est produit lorsque le ministre de l'Éducation de l'époque, Jean-Marc Fournier, a dialogué qu'avec la FEUQ et la FECQ, laissant de côté la Coalition de l'Association pour une solidarité syndicale étudiante élargie (CASSEE) - l'ancêtre de la CLASSE - qui refusait de condamner les actes de violence perpétrés par certains de ses membres. «Je pense que les associations veulent éviter que cela se reproduise», souligne M. Lacoursière.

Ce dernier croit aussi que si le gouvernement comptait sur un essoufflement des troupes, il s'est trompé. Même chose s'il espérait que la campagne de peur concernant l'annulation de la session force les étudiants à battre en retraite.

«Québec pousse la limite, comme s'il la testait», estime l'auteur, qui se dit surpris de la mobilisation étudiante après huit semaines de grève. Avant le début du congé pascal, 178 512 étudiants des cégeps et des universités de la province n'avaient toujours pas réintégré leurs salles de cours.

Benoit Lacoursière estime que le gouvernement n'aura pas le choix de bouger puisque ultimement, c'est lui qui assumera la facture de la prolongation de la session. La semaine à venir sera déterminante à cet égard d'autant plus que les associations étudiantes devront voter pour la reconduction de leurs moyens de pression.

«Québec doit se trouver une sortie de crise où il ne perdra pas la face», conclut le professeur.

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