Grève: opinions partagées chez les étudiants étrangers

Les étudiants étrangers interrogés, qui paient entre 5000... (Photo Le Soleil, Pascal Ratthé)

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Les étudiants étrangers interrogés, qui paient entre 5000 $ et 8000 $ par session, ont des opinions partagées vis-à-vis de la grève étudiante au Québec.

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Olivier Parent

Olivier Parent
Le Soleil

(Québec) Alors que 4928 étudiants boycottent toujours leurs cours à l'Université Laval et que l'annulation du trimestre en inquiète plus d'un, Le Soleil s'est rendu sur le campus pour prendre le pouls des étudiants étrangers, au nombre de 4000 parmi la population étudiante.

Ce qui frappe en questionnant les étudiants étrangers sur la hausse des droits de scolarité, c'est la petite gêne dont la plupart font preuve. Pas question de «s'immiscer dans les affaires nationales» si on n'est que de passage au Québec : on préfère souvent suivre le débat «de loin». Même ceux qui rêvent de s'établir au Québec craignent de se prononcer sur la hausse projetée par le gouvernement Charest.

Candice Houtekier, une Française de 19 ans qui en est à sa deuxième année à Québec, est l'une de ces «étrangères» plus assumées, bien que déchirée sur la question. Elle fait partie de ceux qui paient en euros l'équivalent des droits de scolarité québécois.

Dès le début de la mobilisation étudiante, Candice s'est positionnée pour la grève pendant les quatre premières semaines de vote, comme la majorité de ses confrères en histoire de l'art.

«Les professeurs nous ont assurés qu'on n'allait pas rater notre session, donc jusque-là, tout allait bien.» Mais la semaine dernière, ces mêmes professeurs ont annoncé qu'ils ne pourraient poursuivre la session après la mi-mai, en raison d'engagements à l'étranger. «Ils nous lâchent, quoi», dit une Candice «embêtée».

«On est partagés entre le désir de continuer la grève pour obtenir ce qu'on veut et ne pas pouvoir se permettre de rater notre session, parce que ce sera des coûts supplémentaires», explique-t-elle. «Si je perds ma session, ça va me coûter 5500 euros», calcule-t-elle, en incluant les billets d'avion, les frais liés à leur report et le loyer. Elle envisage maintenant de faire valoir sa cause lors de la prochaine assemblée générale de son programme.

Le Français Nicolas Planet rejette l'admiration qu'ont certains... (Le Soleil, Pascal Ratthé) - image 2.0

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Le Français Nicolas Planet rejette l'admiration qu'ont certains Québécois pour les universités de son pays.

Le Soleil, Pascal Ratthé

Son copain, Nicolas Planet, trouve pour sa part que le conflit entre les étudiants et le gouvernement Charest «prend des proportions énormes». «C'est un mouvement intelligent, c'est bien de se battre pour ses valeurs», analyse-t-il, tout en prédisant une fin imminente du mouvement de grève. «Le problème, c'est que ce sont les étudiants qui vont payer à la fin.»

L'étudiant français rejette l'admiration qu'ont certains étudiants devant les universités de son pays, qui, rappelle-t-il, sont aux prises avec de nombreuses grèves de professeurs et comptent «beaucoup trop» d'étudiants. Selon lui, il est difficile de surpasser la qualité de l'éducation postsecondaire du Québec.

Rodrigue - qui a préféré taire son nom - est l'un des rares étudiants étrangers à manifester une certaine amertume vis-à-vis des grévistes, qui auront chamboulé sa session. «Par solidarité, on est obligés [de se rallier] à ceux qui se battent pour l'avenir», lâche le doctorant en littérature et arts de la scène et de l'écran, privé de ses cours depuis six semaines.

Le Camerounais paie environ 5000 $ par session en droits de scolarité. Une facture qui grimpe jusqu'à 8000 $ pour d'autres étudiants interrogés.

Depuis son arrivée au Québec il y a trois ans, Rodrigue ne s'habitue pas à la hausse constante du coût de la vie. Et s'étonne de voir que «les gens ne manifestent pas pour ce genre de choses». «Vous, là, c'est chaque semaine que ça augmente!» lance-t-il, pince-sans-rire. C'est ce qui l'a d'ailleurs poussé à se joindre aux protestations contre la hausse. «Un gouvernement du XXIe siècle, dans une démocratie, ne se lève pas un bon matin en disant de se plier à ça», lance-t-il, en dénonçant l'«orgueil» de la ministre de l'Éducation, Line Beauchamp.

«Nous, étudiants étrangers, on est comme dans un étau. On n'a pas vraiment de poids. Je ne peux pas me permettre de laisser passer une session, mais il faut faire entendre sa voix», résume Éric Mehou-Loko, un étudiant en administration des affaires originaire du Bénin.

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