Laurent Proulx, le champion du libre accès

Au moment où le mouvement étudiant continue manifestations... (Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve)

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Au moment où le mouvement étudiant continue manifestations et coups d'éclat dans la rue pour faire plier le gouvernement, Laurent Proulx soutient qu'il n'est pas pour la hausse des droits de scolarité.

Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

(Québec) En janvier, au début de la session d'hiver, Laurent Proulx était un parfait inconnu du public, des leaders étudiants, fort probablement du corps professoral de l'Université Laval. Personne n'aurait pu deviner qu'il allait devenir un acteur du plus long conflit qu'ait connu le mouvement étudiant au Québec. Portrait.

Laurent Proulx, c'est cet étudiant inscrit à Laval qui a contesté ce qui ne l'avait jamais été depuis l'invention des piquets de grève devant les classes. Mercredi, un juge de la Cour supérieure a ordonné aux protestataires de lui «laisser libre accès» à son cours d'anthropologie sur les conflits et la violence.

Le jeune homme ne se faisait pas particulièrement remarquer lorsqu'il se présentait à ses cours, suggère Pascale Boudreault. La présidente de l'Association des étudiantes et étudiants en anthropologie, qui maintient le mot d'ordre de débrayage depuis la mi-février, se rappelle «qu'il avait parlé quelques fois pendant les cours, avant que nous soyons en grève».

«Lorsque nous avons [dressé] des piquets de grève, il s'est présenté, il a discuté, poursuit-elle. Nous savions qu'il était contre la grève. Mais il avait l'air de se plier à la décision de la majorité.» C'est la suite qui «était difficilement prévisible».

Sauf pour les proches de Laurent Proulx, semble-t-il. «Ça ne nous étonne pas», qu'il se soit rendu devant le tribunal pour plaider, rapporte sa mère, Diane Léger. «Tu ne peux pas solidariser Laurent de force.» Au village de Notre-Dame-du-Bon-Conseil, où ses parents possèdent un restaurant, «les gens [leur] disent dans le creux de l'oreille : "C'est bien Laurent." Il a un côté déterminé, cet enfant».

C'est un retour aux études qu'effectue Laurent Proulx cette année. À ses 18 ans, il avait adhéré aux Forces armées canadiennes, avec tout juste une cinquième secondaire en poche. Il s'est rendu en Afghanistan pour une mission en 2007 et en 2008.

Un séjour formateur, où il s'est comporté en soldat exemplaire, assure-t-il en invitant à questionner son supérieur de l'époque. Devant les journalistes, mardi, il a d'ailleurs évoqué ce passé où il a «risqué sa vie pour que les femmes et les enfants afghans puissent aller à l'école» sans contraintes pour une cause ou une idéologie.

Une telle carrière militaire, aussi courte fut-elle, ne représente pas un parcours typique pour un étudiant en anthropologie. «On remarquait qu'il avait une position idéologique très différente de la nôtre, commente Pascale Boudreault. On pouvait s'entendre qu'on n'était pas d'accord! [...] Sur la vie, en général, avec un grand V.»

Futur avocat

Il y a un an, Laurent Proulx a terminé sa cinquième secondaire. Il a été admis à l'Université Laval sans avoir de diplôme collégial, en passant par les cours compensateurs.

L'étudiant veut devenir avocat. En attendant de s'inscrire à l'automne, il suit trois cours à titre d'étudiant libre. Pourquoi une classe en anthropologie et deux en science politique? «Je veux devenir criminaliste.» Il suit les cours Violence, conflits et politique, Anthropologie des conflits et de la violence et Administration de l'État.

Certains pourraient se surprendre qu'une personne qui a vécu l'esprit de corps des Forces armées plaide l'atteinte à ses droits individuels pour contester les piquets de grève. C'est qu'ils ne posent pas la question de la bonne manière, réplique-t-il.

Ses détracteurs «croient que le droit des groupes prime sur le droit des individus, répond M. Proulx. C'est, selon moi, très erroné. Parce que quelque chose a été voté démocratiquement, en groupe, ça devient légal? Les démocraties doivent adopter des décisions qui trouvent leur source dans le droit».

L'avocat criminaliste et coroner Yvon Garneau, qui travaille dans la région d'où est originaire Laurent Proulx, s'est fait un devoir de conseiller celui qui a affronté sept avocats, mardi, au palais de justice de Québec. Il ne cache pas la fierté que lui inspire le verdict obtenu par son «élève».

Tout en critiquant l'intrusion des tribunaux dans un conflit qu'ils estiment purement politique, les leaders étudiants ont dénoncé son «individualisme». Pascale Boudreault, elle, lui reproche «d'avoir joué sur deux tableaux» en expédiant «et une mise en demeure [pour une éventuelle réclamation à la cour des petites créances] et une injonction. Il a beau dire qu'il n'est pas un individualiste et qu'il est pour la grève, il recherche des sous, il court après les médias».

Laurent Proulx persiste à nier qu'il est individualiste. «Je ne peux me faire le plaideur de tous les étudiants qui sont brimés dans leur droit» à l'enseignement, convient-il, en enchaînant que «l'objectif, c'est de créer le précédent. C'est ouvrir la trail».

Au moment où le mouvement étudiant continue manifestations et coups d'éclat dans la rue pour faire plier le gouvernement, Laurent Proulx soutient qu'il est pourtant d'accord en partie sur le fond des choses. «Les gens ne peuvent tout se permettre pour une cause, si juste soit-elle, mais je ne suis pas pour la hausse des frais de scolarité.»

«De la manière que c'est présenté, c'est possible d'en faire une question de justice entre les générations, ajoute-t-il. Cette hausse pourrait être retravaillée. Je n'irai pas plus loin sur le politique et l'économique [du dossier]. Je suis quelqu'un d'humble. C'est ma deuxième session universitaire. Je n'ai pas l'intention de dire aux économistes ce que ça devrait être [...] ni comment gérer la province.»

 

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