Grève: un étudiant en cour contre l'Université Laval

Marc Allard

Marc Allard
Le Soleil

(Québec) Un juge de la Cour supérieure décidera mardi matin s'il fait lever les piquets de grève à l'Université Laval (UL), comme le réclame Laurent Proulx, un étudiant qui accuse trois regroupements étudiants et l'Université elle-même de brimer son droit d'accès aux cours.

Dans une salle bondée du palais de justice de Québec, M. Proulx a tenté, lundi, de convaincre le juge Bernard Godbout de rendre une injonction provisoire. Cette mesure d'urgence interdirait aux étudiants de l'UL de piqueter en attendant que le juge se prononce sur le fond du dossier.

Sa décision sera surveillée de près par le mouvement étudiant, qui voit les contestations des piquets de grève se multiplier devant les tribunaux. Aux prises avec des calendriers prolongés par la grève, les universités et les cégeps s'impatientent aussi de connaître le jugement.

Lundi matin, Laurent Proulx faisait face, seul, à sept avocats qui représentaient les parties visées par sa requête, soit l'Université Laval, la Confédération des associations d'étudiantes et d'étudiants de l'Université Laval (CADEUL), l'association des étudiants en sciences sociales et celle des étudiants en anthropologie. En après-midi, M. Proulx a toutefois choisi de retirer le syndicat des professeurs et celui des chargés de cours des intimés, laissant cinq avocats contre lui.

Devant le juge, Laurent Proulx s'est présenté comme un ancien décrocheur qui, après avoir combattu en Afghanistan pour les Forces canadiennes, a été admis comme étudiant libre à l'Université Laval. Il a indiqué que l'accès à trois de ses cours en science politique lui avait été interdit, ce qui n'est plus le cas maintenant. Seul son cours en anthropologie reste inaccessible, et ce depuis le 14 février.

Bien que l'accès d'un seul de ses cours soit bloqué, M. Proulx, qui s'oppose à la hausse des droits de scolarité, souhaite que tous les piquets de grève de l'Université Laval soient levés. Il estime que sa situation ressemble à celle de centaines d'étudiants qui sont contre la grève, mais ne peuvent pas assister à leurs cours.

«Je ne pense pas qu'avoir une cause sociale juste constitue un chèque en blanc pour brimer mes droits», a dit M. Proulx au juge. «C'est la solidarité de force.»

S'il ordonne la levée du piquetage, le juge devra d'ailleurs décider si elle s'applique à l'ensemble des grévistes de l'Université ou seulement aux camarades de classe de Laurent Proulx.

Études et emploi en péril

Pour sa part, M. Proulx allègue que les sept semaines de grève en anthropologie sont suffisantes pour mettre en péril sa réussite dans ce cours. L'étudiant libre anticipe que sa moyenne va en souffrir, de même que son admission en droit en septembre.

Payant lui-même ses droits de scolarité, il a aussi souligné que le prolongement de la session l'empêcherait de commencer à travailler comme prévu dans un commerce de sa région, le Centre-du-Québec. Selon l'étudiant, toutes ces raisons font qu'il est urgent de lever les piquets de grève à l'Université Laval.

L'avocat de l'association des étudiants en sciences sociales, Félix-Antoine Michaud, a plaidé le contraire. L'Université Laval a le droit de réaménager son calendrier dans des circonstances exceptionnelles, a-t-il soutenu, et elle a déjà prévu des semaines de rattrapage pour éviter l'annulation de la session.

«Le fait qu'il n'y ait aucune chance que la session soit annulée enlève toute urgence», a-t-il dit.

L'avocate de l'association des étudiants d'anthropologie, Marie-Claude Saint-Amant, a également soutenu qu'il n'y avait «pas de blocage complet des salles», mais plutôt un blocage symbolique qui incitait les étudiants à ne pas franchir le piquet de grève et relevait de la liberté d'expression.

La crainte des piquets

Me Saint-Amant a affirmé que dans les cours d'anthropologie, des étudiants avaient déjà franchi les piquets de grève, seulement pour se retrouver dans une classe vide et rebrousser chemin.

À ce sujet, l'avocat de l'Université Laval, Sylvain Lepage, semble avoir appuyé la plaidoirie de M. Proulx. Il a affirmé que la question du «libre accès aux locaux» est au coeur de la cause de l'étudiant. Les enseignants n'osent pas franchir les piquets de grève parce qu'ils craignent pour leur sécurité, a-t-il souligné. Autrement, ils seraient obligés de donner leurs cours.

«On ne prendra pas des bâtons pour enlever les gens qui vont faire des lignes de piquetage», a-t-il dit. Me Lepage a également laissé entendre que les risques d'annulation de la session étaient plus importants en anthropologie, compte tenu de la durée de la grève dans ce programme. Il a toutefois estimé qu'une éventuelle injonction brimerait la liberté d'expression des étudiants si elle s'appliquait aussi aux associations qui n'ont rien à voir avec M. Proulx.

Le juge Godbout devrait rendre sa décision mardi matin à 10h. Le cours d'anthropologie de Laurent Proulx est prévu mardi après-midi à 15h30.

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