Selon un sondage CROP-Le Soleil-La Presse mené entre mercredi et jeudi, une majorité de Québécois (61%) sont d'accord avec la hausse de 1625$ en cinq ans, contre une minorité (39%) en désaccord.
Dans la même proportion (61% contre 39%), les Québécois estiment que le gouvernement devrait s'asseoir avec les étudiants. Mais la plupart d'entre eux (57%) pensent que les étudiants devraient faire certains compromis.
«Il y a vraiment un soutien de l'opinion publique pour la hausse des droits de scolarité», dit le vice-président de CROP, Youri Rivest. «Mais les gens veulent que le conflit se règle et ils sentent qu'il faudrait que les deux parties mettent un peu d'eau dans leur vin.»
Dans toutes les tranches d'âge, la majorité des Québécois appuient la hausse. Mais les 18-34 ans sont beaucoup plus partagés: 52% sont d'accord avec la hausse et 48% sont en désaccord. Chez les 55 ans et plus, toutefois, la position est plus tranchée: 69% sont pour la hausse, 31% sont contre. Pour les 35 à 54 ans, les proportions sont les mêmes que dans la population en général.
«Les gens plus âgés sentent qu'ils font leur part, dit M. Rivest. Ils ont moins de proximité avec les étudiants. Ils se disent : "J'ai contribué à la société. J'ai payé des impôts toute ma vie, c'est à leur tour de payer."»
Depuis quelques semaines, les leaders étudiants martèlent que l'opposition à la hausse des droits de scolarité n'est pas seulement un combat étudiant, mais une lutte qui réunit toute la société. Ils espéraient que la manifestation monstre du 22 mars à Montréal - qui a réuni entre 100 000 et 200 000 personnes, selon les estimations - rallie la population de leur côté.
Mais les résultats du sondage montrent que la mobilisation étudiante n'a pas atteint cet objectif. Les coups d'éclat, et particulièrement les blocages de rues et de ponts, pourraient avoir nui aux étudiants, remarque Youri Rivest.
L'appui à l'augmentation de 1625$ semble d'autant plus solide qu'elle est proposée par un gouvernement impopulaire, soutenu par moins d'un tiers des Québécois, souligne le vice-président de CROP.
«Quand on voit quelque chose qui est proposé par le gouvernement Charest et qui reçoit l'appui de 60% des Québécois, ça veut dire qu'il y a beaucoup d'appuis pour cette mesure-là», dit-il.
La région de Québec, où 63% des gens appuient la hausse, est celle qui compte le taux le plus élevé de soutien à cette mesure. La moitié des sondés de la région croient que le gouvernement ne devrait pas négocier avec les étudiants.
Dans l'ensemble, les Québécois sont impatients que le gouvernement trouve «une sortie de crise», souligne M. Rivest. La moitié d'entre eux croit que la bonification du régime de prêts et bourses et la soumission des universités à un système de vérification comptable plus serré seraient les propositions les plus intéressantes pour dénouer l'impasse.
Alors que plus de 190 000 étudiants sont en grève et que certains d'entre eux entament lundi leur septième semaine de débrayage, le dialogue reste fermé entre la ministre de l'Éducation, Line Beauchamp, et les étudiants.
Hier, l'ensemble du mouvement étudiant a rejeté l'offre de la ministre Beauchamp, qui s'était montrée ouverte à discuter de la bonification des prêts et bourses, pourvu que les étudiants abandonnent le gel des droits de scolarité.
«Tout doit être sur la table», ont affirmé les porte-parole des fédérations étudiantes, réunis hier matin dans un cégep montréalais. «C'est clair que, pour nous, le noeud du problème n'est pas du tout la question des prêts et bourses, c'est la question des droits de scolarité à l'université», a indiqué Léo Bureau-Blouin, de la Fédération étudiante collégiale du Québec. «C'est là-dessus que la ministre doit être prête à négocier.»
Des droits de scolarité selon le programme
Dans le débat sur les droits de scolarité, les Québécois ne pensent pas seulement en termes de gel ou d'augmentation.
Selon le sondage CROP-Le Soleil-La Presse, les deux tiers d'entre eux souhaiteraient que les droits varient selon le domaine d'études, et près de la moitié voudrait qu'ils soient ajustés selon le revenu futur.
Au Québec, tous les étudiants universitaires paient les mêmes droits de scolarité, peu importe leur programme. Mais, pour former un étudiant, le gouvernement ne paie pas le même montant dans toutes les facultés. Il coûte beaucoup plus cher, par exemple, de former un étudiant en médecine vétérinaire qu'en sciences sociales. D'un programme à l'autre, le revenu futur varie aussi énormément. Il est plus probable qu'un étudiant en génie, par exemple, gagne un meilleur salaire qu'en anthropologie.
Le sondage CROP-Le Soleil-La Presse révèle que 45% des Québécois souhaiteraient que les droits de scolarité varient selon le coût du domaine d'études et l'espérance de revenu, tandis que 22% voudraient que les droits varient selon le coût du domaine d'études seulement.
En revanche, 8% aimeraient que les droits varient selon l'espérance de revenu seulement.
Comme le réclament les fédérations étudiantes, plus du quart (26%) des Québécois souhaiterait que les droits de scolarité soient gelés.