Le tour du carré rouge

Entre 100 000 et 200 000 étudiants ont... (Photo: Marco Campanozzi, La Presse)

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Entre 100 000 et 200 000 étudiants ont manifesté contre la hausse des droits de scolarité, le 22 mars dernier, à Montréal.

Photo: Marco Campanozzi, La Presse

Valérie Gaudreau

Valérie Gaudreau
Le Soleil

(Québec) Il est partout sur les manteaux des étudiants ou de leurs sympathisants. On le place sur des monuments, dans les vitrines des cégeps, des universités et même... des commerces. De la rue jusqu'à Star Académie, le carré rouge est devenu un symbole du mouvement étudiant. Et une réussite de visibilité qui rendrait jaloux bien des publicitaires.

«Marketing». La présidente de la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ), Martine Desjardins, n'est pas trop partisane de ce langage commercial.

N'empêche, le carré rouge est rapidement devenu le branding de ceux qui s'opposent à la hausse des droits de scolarité. «On n'aime pas l'utiliser dans ces termes, car ce n'est pas le but, mais oui, clairement, c'est une réussite», lance la jeune femme. «À Montréal, il y a même des vitrines avec des mannequins qui portent le carré rouge. Il y a une prolifération de ce symbole», poursuit Martine Desjardins.

Visiblement emballée par la notoriété que le carré rouge apporte à la grogne étudiante, elle note qu'il est décliné sous plusieurs formes. Même ceux qui sont pour la hausse ont adopté le carré... vert. «On a aussi vu le carré jaune, qui est celui du compromis. Ça montre la force du symbole.»

Autre déclinaison : depuis trois numéros, l'hebdomadaire culturel Voir a placé un carré rouge sur sa couverture. Un appui que le rédacteur en chef David Desjardins a toutefois souhaité mettre en contexte dans sa chronique de cette semaine. «C'était important d'expliquer la complexité dans la démarche, dit-il. Parce que si tu fais juste le mettre là, pour moi c'est un peu dangereux que ce soit vu comme de la récupération ou comme un truc marketing», dit-il.

«Supplément d'âme»

L'ex-publicitaire chez Cossette et professeur de communication à l'Université Laval, Christian Desîlets, compare pour sa part le carré rouge aux bracelets de plastique, très populaires il y a quelques années. Jaune contre le cancer, blanc contre la pauvreté. «C'est une manière de se doter d'un supplément d'âme, illustre-t-il. Si vous portez un bracelet, vous faites savoir à votre entourage que vous êtes engagé socialement. Que vous êtes mieux.»

Arborer le carré rouge sert aussi, dit-il, à «créer l'impression que le mouvement est ample. Ça le démarginalise et donne le sentiment que les étudiants ne sont pas une minorité isolée.»

L'ex-publicitaire nuance toutefois l'idée qu'il existe une réelle diversité des luttes derrière l'utilisation actuelle du carré rouge. «Les sympathisants qui le portent limitent leur discours à : "J'appuie les étudiants". Ce carré rouge n'est pas le symbole d'un ras-le-bol collectif contre des politiques, estime-t-il. Ils ne sont pas allés chercher un consensus plus large.»

Pourtant, l'origine du carré rouge ne se trouverait pas dans le mouvement étudiant. Il a plutôt été porté dès 2004 par le Collectif pour un Québec sans pauvreté qui s'opposait alors à la réforme de l'aide sociale (voir carré ci-dessus).

«C'est parfait, il n'y a pas de copyright!» lance à la blague Serge Petitclerc, porte-parole du Collectif. «Il peut s'appliquer de différentes façons. Rouge, c'est la couleur de la résistance. Ça dit : "Ce que vous proposez, on ne le veut pas. Ce n'est pas vrai qu'il n'y a pas d'alternative".»

2004

Le 5 octobre, les représentants du Collectif pour un Québec sans pauvreté portent un carré rouge pour montrer leur opposition au projet de loi 57 sur la réforme de l'aide sociale  devant la Commission des affaires sociales de l'Assemblée nationale. Le carré rouge, alors un morceau de ruban gommé de type duct tape collé à un vêtement représente la lumière rouge, un «stop» pour ceux qui s'opposent à cette réforme, explique Serge Petitclerc, porte-parole du Collectif.

2005

Le carré rouge est repris par le mouvement étudiant dans le mouvement de grève contre des coupes de 103 millions$ dans l'aide financière aux études. Les étudiants y associent le slogan «Carrément dans le rouge», symbole de l'endettement étudiant. Les étudiants ont alors réussi à faire reculer le gouvernement Charest sur cette question.

2011-2012

Le mouvement étudiant se soulève de nouveau, cette fois-ci contre les hausses des droits de scolarité à l'université. Le carré rouge revient en force et se propage vite. Le 11 mars, plusieurs acteurs et cinéastes le portent à la soirée des Jutra, révélant le symbole à une bonne partie du grand public. Le 22 mars, près de 200 000 manifestants marchent dans les rues  de Montréal dans une véritable marée de carrés rouges. Trois jours plus tard, le chanteur Michel Rivard arbore le carré rouge lors de la grande finale de Star Académie devant plus de deux millions de téléspectateurs.

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