Lors de la période de questions, jeudi matin, à l'Assemblée nationale, la ministre Beauchamp a rappelé que son gouvernement n'avait pas l'intention de revenir sur l'augmentation de 1625 $ en cinq ans. «Mais, si nous sommes fermés sur la hausse des droits de scolarité, a-t-elle poursuivi, nous n'avons jamais été fermés au dialogue, par exemple, sur des réaménagements, des ajustements au programme de prêts et bourses.»
La ministre de l'Éducation a souligné que le Programme de prêts et bourses a notamment été ajusté pour les familles monoparentales. «C'est un processus continu et nous sommes extrêmement ouverts au dialogue sur ces notions», a-t-elle ajouté.
Le député caquiste Éric Caire, dont le parti est d'accord avec la hausse, mais propose de réduire la contribution des parents de classe moyenne et de plafonner le remboursement de la dette étudiante à 5 % du revenu du diplômé, a demandé à la ministre Beauchamp de fixer un moment et un lieu pour rencontrer les étudiants.
Mais celle-ci a refusé, expliquant qu'elle ne pouvait négocier avec eux s'ils tenaient au gel des droits de scolarité. «Leur position est intransigeante, leur réaction est toujours la même, c'est le gel ou la gratuité du diplôme. On voit bien que ce n'est plus tenable», a précisé Line Beauchamp à la sortie d'une réunion du caucus des députés libéraux.
Le président de la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ), Léo Bureau-Blouin, considère que l'ouverture de la ministre sur les prêts et bourses est «un pas dans la bonne direction», mais ne voit pas comment les étudiants pourraient négocier si elle ne veut pas bouger sur la hausse des droits de scolarité.
«Nous, on ne demande pas à la ministre de l'Éducation de renier publiquement sa hausse de 75 % avant même de discuter avec nous, dit-il. C'est pour ça que je comprends mal pourquoi, nous, ils nous demandent de renier ce pour quoi les étudiants font la grève en ce moment.»
M. Bureau-Blouin souhaiterait que la ministre mette d'abord des propositions sur la table. «Le gel, c'est ce qu'on prône, parce qu'on pense que c'est la façon la plus simple de garantir l'accessibilité aux études, sauf qu'on est prêt à regarder toutes les solutions pour financer le réseau universitaire.»
Pour sa part, la Coalition large de l'Association pour une solidarité syndicale étudiante (CLASSE) refuse de négocier avec le gouvernement si celui-ci n'est pas prêt à reculer sur la hausse des droits de scolarité.
«C'est un peu insultant pour les étudiants et les étudiantes de se faire dire qu'elle va discuter de tout sauf de la raison pour laquelle ils sont en grève, dit le porte-parole, Gabriel Nadeau-Dubois. Lorsqu'il y a un conflit de travail dans le milieu syndical, la partie patronale ne fait pas un tri dans les revendications des travailleurs et travailleuses. Il accepte de s'asseoir à la table en prenant le cahier de revendications, en les passant une après l'autre, pour discuter de bonne foi.»
Selon M. Nadeau-Dubois, les membres de la CLASSE ne sont pas prêts à abandonner le gel des droits de scolarité. «Ce n'est pas ça qu'on sent actuellement», dit-il.
Retour en classe
Les étudiants en service social, qui ont été les premiers à déclencher la grève à l'Université Laval - avec les étudiants des cycles supérieurs en sociologie - vont reprendre leurs cours dès lundi. Mercredi, la majorité des étudiants réunis en assemblée générale ont voté à forte majorité pour mettre fin à la grève dimanche. Après six semaines de débrayage, certains auraient voulu continuer, mais craignaient notamment pour leurs stages. «On a quand même fait un bon bout», souligne David Patenaude, secrétaire du Mouvement des étudiants en service social de l'Université Laval. Les quelque 450 étudiants en service social ont encore un mois pour rattraper leur session. Jeudi, 16 336 étudiants étaient en grève à l'Université Laval.
Sur la ligne de départ
Les cinq candidats en lice pour le poste de recteur de l'Université Laval sont maintenant connus. L'actuel recteur, Denis Brière, le doyen de la faculté des sciences sociales et professeur, François Blais, la professeure au département des relations industrielles, Esther Déom, le doyen de la faculté des sciences de l'administration, Robert W. Mantha, et la professeure à la faculté de philosophie, Marie-Hélène Parizeau, restent dans la course. La professeure au département d'information et de communication, Florence Piron, s'est retirée de la course. Le président de l'Association des étudiantes et des étudiants de Laval inscrits aux études supérieures, Marc-André Carle, n'a pas pu passer à l'étape finale. Une rencontre à huis clos entre chaque candidat et les 146 membres du collège électoral se tiendra le 16 avril. Le collège se réunira une dernière fois le 1er mai pour élire le recteur.
Second vote de grève
Les étudiants du Cégep de Sainte-Foy se sont prononcés une seconde fois sur la grève, jeudi. À la suite du dépôt d'une pétition signée par 10% des membres de l'association étudiante, un nouveau vote a été tenu sur Internet. Les résultats devraient être connus vendredi matin. Les cégépiens devront décider s'ils veulent déclencher une grève - renouvelable tous les trois jours - le 4 avril. Le 9 mars, les étudiants du plus populeux cégep de la région avaient voté à 71,8% contre la grève. Le taux de participation s'élevait à 89%.