Alors que les premières associations étudiantes à avoir déclenché la grève entament leur septième semaine de débrayage, l'Université n'a plus le choix d'envisager le rattrapage pour valider les sessions, qui comprennent au moins 12 semaines de cours sur 15.
«On est à préparer un scénario de récupération qui sera présenté sous peu aux associations et par la suite aux étudiants», a indiqué lundi au Soleil le porte-parole de l'Université Laval (UL), Sylvain Gagné.
Il n'a pas été possible de savoir si ces scénarios commenceraient avant ou après la grève. Mais ceux-ci risquent fort d'être refusés dans le premier cas, indique la Confédération des associations d'étudiants et étudiantes de l'Université Laval (CADEUL).
Chaque association prend sa propre décision en assemblée générale. Mais «si du rattrapage est proposé pendant que la grève est encore effective, je pense que ce serait refusé, parce que ça va à l'encontre du mandat de grève», explique le nouveau président de la CADEUL, Martin Bonneau.
L'Université Laval compte maintenant environ 16 200 étudiants en grève sur 36 000 étudiants inscrits à la session d'hiver, qui se termine le 20 avril.
Quelque 11 000 étudiants des cycles supérieurs débrayent depuis à peine une semaine. Mais près de 3000 étudiants boycottent leurs cours depuis plus de trois semaines et devront faire du rattrapage avant la fin de la session s'ils veulent qu'elle soit validée.
Rattrapage à prévoir
La ministre de l'Éducation, Line Beauchamp, a indiqué samedi au Devoir que les étudiants n'avaient pas à s'inquiéter que leur session soit annulée. Mme Beauchamp a néanmoins rappelé aux étudiants qu'ils devraient assumer les conséquences du débrayage en rattrapant les cours manqués tôt le matin, les soirs et les fins de semaine, leur laissant moins de temps pour travailler.
Durant la grève de 2005, les étudiants d'une dizaine d'associations de premier cycle de l'UL avaient dû faire du rattrapage intensif durant la dernière semaine de la session, les fins de semaine et les soirs. Dans certains programmes, les étudiants avaient poursuivi leurs cours une semaine après la fin de la session.
La grève avait duré six semaines avant que le gouvernement s'entende avec deux fédérations étudiantes. La grève actuelle entame sa septième semaine et la ministre Beauchamp refuse toujours de négocier avec les étudiants.
Alors que plusieurs associations décident cette semaine de reconduire ou non la grève, les étudiants en grève ne semblent pas près d'abandonner et sont prêts à en assumer les risques, estime le président de la CADEUL. Selon Martin Bonneau, c'est sur les universités que la ministre met de plus en plus de pression.
«Plus elle nous ignore, plus ça motive les gens à continuer, dit-il. Et c'est les universités qui en paient le prix.»
Il n'a pas été possible de parler au syndicat des professeurs de l'UL, lundi. Du côté du syndicat des chargés de cours, le président, Puma Freytag, assure que les administrateurs sont au fait que les chargés de cours vont essayer de «tout faire» pour que leurs étudiants ne perdent pas leur session.
«Mais ils savent très bien que si on nous demande de reprendre des cours hors de nos horaires habituels, à la fin de la session et plus loin que la fin de la session, ils vont devoir rémunérer, dit-il. Il va y avoir une incidence financière.»
Selon M. Freytag, il est difficile de déterminer un seuil au-delà duquel il n'est plus possible de rattraper sa session. La flexibilité varie selon les enseignants et les cours. Néanmoins, plus la grève perdure, plus il sera ardu de sauver la session, croit-il.
Or, si le gouvernement et les étudiants ne réussissent pas à s'entendre, les conséquences de doubles cohortes seraient importantes, non seulement sur le plan des finances, mais aussi de l'organisation, anticipe M. Freytag. «Il va y avoir des problèmes organisationnels qui, je l'avoue, m'effraient un petit peu», dit-il.