Université Laval: privé de cours, un étudiant réclame 600 $

Un étudiant de l'Université Laval réclame 600$ à l'association d'anthropologie... (Photothèque Le Soleil)

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Michel Corbeil
Le Soleil

(Québec) Un étudiant de l'Université Laval réclame 600$ à l'association d'anthropologie pour le dédommager de la grève qui l'empêche d'assister à un de ses cours. Si elle se rend à la cour des petites créances, la cause pourrait établir un précédent historique.

C'est le 27 février que l'Association des étudiants et des étudiantes en anthropologie de l'Université Laval a reçu une mise en demeure. Il y est allégué que le «piquetage illégal» empêche d'assister à un cours de premier cycle, celui portant sur «les conflits et la violence».

Dans la copie de la lettre qui est parvenue au Soleil, la réclamation est faite au nom d'une personne se présentant sous le pseudonyme de «Larry». Dans un entretien téléphonique, l'auteur de la missive a indiqué qu'il préfère garder l'anonymat, pour l'instant.

«Ça ne m'énerve pas [de dévoiler son identité], a-t-il enchaîné. Mais ça inquiète davantage mes proches», a-t-il dit. Il a convenu qu'il devra pourtant s'identifier si le litige se rend devant un juge aux «petites créances».

Dans la mise en demeure, le plaignant donne «20 jours ouvrables» à l'association. Le tribunal pourrait être saisi de l'affaire vers la fin de la semaine qui vient.

Même s'il y aura rattrapage, lorsque les cours reprendront normalement, «il y a quand même des notions pour lesquelles j'ai payé, que je ne recevrai pas, a plaidé l'étudiant. Je n'ai pas d'animosité là-dedans, a-t-il précisé. C'est purement business. Je suis un capitaliste et je m'assume. Je suis facturé pour un service que je ne reçois pas.»

Il exige 200 $ pour chacun des cours qui n'ont pu être donnés depuis le 13 février. Ce montant englobe les frais d'inscription, de déplacement et de stationnement et la perte de salaire qu'il pourrait obtenir s'il n'avait pas l'obligation de se présenter devant le local de classe pour constater qu'il y a «piquetage illégal». Selon les recherches effectuées par le jeune homme, «les membres d'une association étudiante ne bénéficient pas d'un droit de grève, au sens du Code de travail».

Ce moyen de pression appartiendrait «exclusivement aux membres d'un syndicat de travailleurs», un groupe formé «en vertu de la Loi sur les syndicats professionnels».

Droit de grève «illusoire»

Les associations étudiantes, elles, sont constituées «en vertu des lois sur les compagnies», poursuit-il. «Le droit de grève allégué par les associations étudiantes est illusoire» et un «boycottage des cours», voté en assemblée générale, «ne lie en rien les membres de cette association», affirme le plaignant.

Celui-ci s'est arrangé pour être «pris au sérieux». Il a demandé à l'avocat Yvon Garneau de mettre en forme sa requête et de l'expédier à l'Association.

Joint à Drummondville, où il exerce aussi le rôle de coroner investigateur à temps partiel, M. Garneau ne s'est évidemment pas prononcé sur le fond du litige. Il est d'avis que les arguments soulevés en font à coup sûr «une question à soumettre au tribunal».

Pour la présidente de l'Association des étudiants et des étudiantes en anthropologie de l'Université Laval, Pascale Boudreault, «c'est la première fois» qu'une telle mise en demeure confronte un groupe étudiant. Si l'initiateur de cette contestation ne veut pas voir son nom dans les médias, son identité est connue de «l'asso».

Il s'agit d'un étudiant en sciences politiques qui a pris un cours optionnel, selon Mme Boudreault. Elle s'est refusée à commenter le dossier, attendant que la Coalition large de l'Association pour une solidarité syndicale étudiante (CLASSE) la conseille sur la suite des choses.

Le porte-parole de la CLASSE, Gabriel Nadeau-Dubois, s'est montré surpris d'un tel recours. Lui aussi a fait valoir qu'il apparaît comme un précédent. «Sa mise en demeure est fondéwve sur le fait qu'un dommage lui est causé, a-t-il mentionné. Or, généralement, dans les grèves étudiantes, les cours sont repris à la fin. La clé, c'est la patience. Attendre que la grève se termine.»

La Fédération étudiante universitaire du Québec a aussi relevé le précédent que semble incarner le recours. «De mémoire, nous n'avons jamais entendu parler d'un étudiant qui poursuit une association.»

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