Une «université» parallèle

Des étudiants de l'Université Laval en grève durant... (Photo Le Soleil, Pascal Ratthé)

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Des étudiants de l'Université Laval en grève durant un «cours» cette semaine.

Photo Le Soleil, Pascal Ratthé

Marc Allard

Marc Allard
Le Soleil

(Québec) Mardi matin, après avoir établi un piquet de grève devant devant leurs salles de cours, des étudiants en sciences sociales de l'Université Laval ont assisté à un autre cours.

Leur salle de classe n'en était pas tout à fait une. Des pancartes dénonçant la hausse des droits de scolarité traînaient un peu partout. Sur un tableau vert, un thermomètre mesurant l'appui à la grève avait été dessiné à la craie.

Les étudiants, une quinzaine environ, étaient assis en rond sur des vieux fauteuils et des chaises usées, dans le local de l'association des étudiants en anthropologie, devenu depuis deux semaines un des épicentres du mouvement de grève étudiante à Québec.

Un visiteur aurait pu croire qu'ils s'apprêtaient à organiser leur prochaine manif, mais non. Ils participaient sagement à un groupe de discussion sur la société civile, offert par «l'Université populaire», un «lieu d'échanges et de discussions critiques interdisciplinaires» pour les étudiants en grève de l'Université Laval qui veulent continuer à apprendre.

Venue de l'association des étudiants en anthropologie, l'idée a rallié d'autres associations en sciences sociales en grève, comme celles de sociologie, de service social et de création et études littéraires. Chaque association apporte sa contribution aux cours, qui ont lieu préférablement dans un endroit où ils sont accessibles à tous, comme à l'atrium ou à la cafétéria.

Marie-Hélène Beaudry, une étudiante à la maîtrise en anthropologie qui fait partie du comité de mobilisation de son association, explique que l'Université populaire est aussi un moyen d'encourager les grévistes à agir concrètement dans le mouvement. «On voulait inviter les gens à s'impliquer sur les lieux physiques de l'université, à participer au piquetage, dit Mme Beaudry. Le but est aussi de montrer au gouvernement que les étudiants ne sont pas en congé durant la grève et qu'ils ont à coeur leur éducation et que c'est pour ça qu'ils font la grève et non l'inverse.»

Mardi, le cours devait commencer à 9h30, mais Stéphanie Côté, l'étudiante à la maîtrise en anthropologie qui faisait office de professeur, avait une demi-heure de retard, ce qui a permis aux retardataires d'être en avance.

Mme Côté avait préparé ses notes et avait suggéré quelques lectures à ses étudiants. Elle leur a expliqué que la société civile, présentée souvent comme un bloc uniforme, est en réalité très hétérogène, regroupant des mouvements aux valeurs divergentes comme le Tea Party et Occupons Wall Street, par exemple. À l'Université Laval, les étudiants eux-mêmes n'ont d'ailleurs rien d'un bloc uniforme sur la question de la hausse des droits de scolarité, peu importe la position de leur association.

Table de discussion

Pendant la discussion au local d'anthropologie, mardi, un étudiant en enseignement de l'anglais, dont l'association n'est pas grève, est venu se joindre au groupe.

Juste avant, il était allé donner un coup de main à un ami en histoire qui s'inquiétait qu'il n'y ait pas suffisamment d'étudiants pour piqueter devant sa salle de cours (il y en avait assez).

À l'Université populaire, sa fibre militante trouve un écho. Lundi, par exemple, il pourra participer à une table de discussion «qui révise l'argumentaire pour la hausse des frais de scolarité en vue de construire des contre-arguments contre la hausse», un cours organisé par les étudiants en service social.

Dans les prochaines semaines, il pourra aussi assister à des cours qui n'ont pas de liens directs avec la grève, comme celui qui a eu lieu hier midi, sur les queer studies, un domaine d'études sur le rôle du genre dans la société.

Les étudiants n'avaient aucun texte à lire pour y assister. Mais ils avaient un devoir à faire avant: aller piqueter.

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