Test de français: de futurs profs «trichent» sur Internet

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Depuis 2009, tous les futurs enseignants doivent passer le Test de certification en français écrit pour l'enseignement. Jugeant l'examen trop difficile, des étudiants ont commencé à s'échanger des réponses de précédents tests sur Internet : d'abord sur Facebook, puis sur le site tecfee.com.

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(Québec) Après Facebook, voici que les futurs profs s'échangent des réponses de l'examen national de français via un site Internet créé par un «groupe d'entraide». Des voix s'élèvent pour dénoncer l'initiative, qualifiée de «fraude» et de «plagiat».

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Le site tecfee.com reçoit jusqu'à 2500 visiteurs en un mois, et les clics proviennent des quatre coins du Québec, selon ses administrateurs.

Depuis l'automne 2009, tous les futurs enseignants doivent passer le Test de certification en français écrit pour l'enseignement (TECFEE) pour obtenir leur brevet d'enseignement, une mesure mise en oeuvre par le ministère de l'Éducation pour améliorer la maîtrise du français chez les nouveaux profs. Pour éviter que les questions ne circulent trop facilement, les étudiants n'ont pas le droit de consulter leur copie d'examen une fois corrigée.

Jugeant l'examen trop difficile, des étudiants ont d'abord commencé à s'échanger des réponses sur une page Facebook l'an dernier. Voilà maintenant qu'un site Internet (www.tecfee.com) a été créé par un «groupe d'entraide» où on trouve aussi plusieurs questions contenues dans les tests de février et de mars. La référence aux examens de février et de mars a toutefois été retirée mercredi après que Le Soleil s'est entretenu avec l'un des administrateurs du site.

Le site Internet, ouvert depuis septembre, reçoit jusqu'à 2500 visiteurs en un mois, et les clics proviennent des quatre coins du Québec, selon ce dernier.

«Ce groupe a été créé, car nous croyons que notre génération n'a pas reçu les outils adéquats lors du passage à l'école secondaire et au cégep. Malgré la réforme et les suggestions de la commission Parent, nous avons été laissés à nous-mêmes. Ne voulant pas rejeter la faute sur la génération précédente, ce groupe permet une mobilisation pour l'amélioration de notre culture et de notre langue», peut-on lire sur la page d'accueil du site.

Du plagiat

Pascale Lefrançois, directrice du centre de formation initiale des maîtres à l'Université de Montréal, voit la situation autrement.

«Il n'y a qu'un mot pour qualifier ça: plagiat. C'est très clair. Dévoiler des questions d'examen, c'est déplorable pour n'importe quel étudiant universitaire, mais c'est encore pire de la part de futurs enseignants», affirme-t-elle, soulignant qu'une des compétences professionnelles à développer chez les nouveaux profs est d'agir «de manière éthique et responsable» dans l'exercice de leurs fonctions.

Mme Lefrançois ajoute toutefois qu'il est difficile de savoir si plusieurs étudiants ont eu recours à ce site Internet.

À l'Université du Québec à Rimouski (UQAR), l'existence de cette page semble bien connue dans les rangs des étudiants, selon Pierre Paradis, professeur au département des sciences de l'éducation. «Des étudiants m'ont dit que d'autres avaient réussi grâce aux indices disponibles», affirme-t-il.

La semaine dernière, M. Paradis a remis à une de ses étudiantes un travail bourré de «25 fautes très sérieuses», lui faisant remarquer qu'elle aurait beaucoup de difficulté à réussir son examen de français. L'étudiante lui a plutôt rétorqué qu'elle l'avait réussi haut la main, avec 85 %!

«Il me semble y avoir une sérieuse fraude à l'horizon. Pour moi, cet examen a perdu toute crédibilité», affirme Pierre Paradis.

De 25 % à 51 % de réussite

À l'UQAR, le taux de réussite de l'examen après une première tentative était de 25 % en 2009, alors qu'il a atteint 51 % en 2010. Même le doyen des études de premier cycle à l'UQAR, Jean Brousseau, admet avoir été «surpris» de cette augmentation importante du taux de réussite.

Un des administrateurs du site Internet, un jeune enseignant qui a refusé d'être identifié, se défend bien d'encourager les futurs profs à tricher.

«Oui, ça peut être perçu comme de la fraude, mais ce n'est pas du tout l'intention», a-t-il affirmé au Soleil mercredi. L'objectif est plutôt d'aider les étudiants à améliorer leur maîtrise du français en mettant à leur disposition du matériel qui permet une meilleure préparation, plaide-t-il. «On prépare bien des élèves du secondaire avec d'anciennes versions d'examen», ajoute-t-il.

Ce jeune enseignant affirme par ailleurs que plusieurs expressions qui doivent être définies dans l'examen font appel à leur culture générale et non à la maîtrise du français. «Et de l'avis de plusieurs, les étudiants n'ont pas reçu cette culture au secondaire et au cégep», dit-il.

Selon Jean Brousseau, cette initiative permet peut-être aux étudiants de réussir l'examen, mais n'améliore en rien leurs compétences en français. Pour contrecarrer cette offensive, le doyen estime que l'organisme qui gère l'examen - le CEFRANC - devrait réajuster le tir «en trouvant des façons pour éviter que les étudiants ne transmettent les réponses à d'autres».

Au CEFRANC, on nous a plutôt dirigé vers le ministère de l'Éducation, qui a mis en place ce nouvel examen. Selon sa porte-parole, Esther Chouinard, le Ministère demeure «confiant à l'égard des conditions d'application de l'épreuve», puisque les universités «ont en main une banque de questions et plusieurs versions différentes du test» afin de contrer la tricherie.

L'abc du TECFEE

Le Test de certification en français écrit pour l'enseignement (TECFEE) est divisé en deux parties. La première comprend la rédaction d'un texte de 350 mots et l'autre, une soixantaine de questions à choix multiples portant sur l'orthographe, la syntaxe, la ponctuation et le vocabulaire.

C'est généralement la deuxième section qui donne le plus de fil à retordre aux étudiants. Aucun dictionnaire ou document n'est permis pendant l'examen.

Voici des exemples de réponses que l'on trouve sur le site www.tecfee.com:

>> Orthographe

- assortiment (et non assortiement)

- hasard (et non hazard)

>> Pluriel

- «des gens haut placés» (haut ne prend pas de «s»)

- sarraus (et non sarraux)

- pneus (et non pneux)

>> Vocabulaire

- digression : s'écarter du sujet

- métamorphoser : changer complètement

- ultérieur : après

>> Définition d'expressions

- sans tambours ni trompettes : discrètement

- garder le cap : garder la même direction

- prendre le taureau par les cornes  : affronter les difficultés

>> Correction d'anglicismes

- mettre l'accent sur quelque chose (et non «mettre l'emphase»)

- une lettre de recommandation (et non une «lettre de référence»)

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