Bégaiement: génétique et non psychologique

Aujourd'hui orthophoniste, Mélanie Paiement a réussi à contrôler... (La Presse, Robert Skinner)

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Aujourd'hui orthophoniste, Mélanie Paiement a réussi à contrôler son problème de bégaiement.

La Presse, Robert Skinner

Daphnée Dion-Viens
Le Soleil

Mélanie Paiement a commencé à bégayer très tôt, dès l'âge de trois ans. Heureusement, ses parents ont tout de suite pris le problème en main. La fillette a consulté une orthophoniste, et le problème s'est réglé en un an environ.

Mais à l'âge de 14 ans, voilà que les hésitations, les blocages et autres problèmes d'élocution reviennent la hanter. «Avec l'adolescence, j'étais plus consciente du problème, je suis devenue plus stressée. J'avais peur du jugement des autres, surtout pendant les exposés oraux», raconte la jeune femme de 23 ans. Elle consulte de nouveau une orthophoniste qui lui permet de surmonter ce trouble de la parole. Aujourd'hui, hormis quelques rares hésitations, bien peu d'indices permettent de deviner qu'elle a dû trimer fort pour que les mots lui viennent aisément.

Tout comme Mélanie, plusieurs enfants arrivent à surmonter ce trouble de la parole si une intervention est faite rapidement. «Le bégaiement ne se guérit jamais complètement, mais il se traite vraiment très bien chez des enfants d'âge préscolaire et scolaire. Lorsque les enfants sont pris jeunes, ça marche pour la majorité d'entre eux», explique Natacha Beausoleil, une orthophoniste qui s'est spécialisée uniquement dans les problèmes de bégaiement.

Dans d'autres cas, le problème peut aussi se régler naturellement, sans intervention. C'est ce qui explique notamment que l'on trouve des problèmes de bégaiement chez 4 % à 6 % des enfants, mais seulement 1 % des adultes.

Il s'agit de statistiques stables, qui n'ont pas beaucoup évolué au fil des ans, indique Julie Fortier Blanc, professeure à l'École d'orthophonie et d'audiologie de l'Université de Montréal. «Ces chiffres sont similaires dans toutes les cultures à travers le monde», ajoute celle qui a réalisé sa thèse de doctorat sur ce trouble de la parole.

Les racines du bégaiement

Dans le long-métrage Le discours du roi, le réalisateur s'attarde à la relation entre le futur roi George VI et un orthophoniste à qui il fait appel pour traiter son problème de bégaiement. Au fil des confessions du monarque, on comprend que son problème de bégaiement a pu être causé par une série de traumatismes subis dans sa jeunesse.

Or, contrairement à ce qui est sous-entendu dans le film, les racines du bégaiement ne sont pas psychologiques, mais bien génétiques, affirme Mme Fortier Blanc : «La recherche a démontré qu'il s'agit de prédispositions d'ordre génétique. Dans 50 % des cas, il s'agit d'un trouble héréditaire, mais ce n'est pas nécessairement le cas.»

Dans de rares cas, ce problème de «mécanique de la parole» peut être lié à des causes psychologiques, mais il s'agit vraiment d'exceptions, ajoute-t-elle. «J'ai dû voir au moins 1000 personnes qui bégaient et dans quelques cas seulement, j'ai soupçonné des causes psychologiques.»

On ne retrouve d'ailleurs pas plus de bègues parmi les gens qui ont souffert de violence physique, de névroses ou d'autres types de problèmes psychologiques, ajoute la professeure de l'Université de Montréal.

À l'inverse, il est toutefois vrai que le bégaiement cause de la peur et de l'anxiété, qui peuvent à leur tour aggraver le problème. C'est d'ailleurs ce qui explique que le traitement est plus difficile chez les adultes. «À l'âge adulte, il y a beaucoup d'émotions négatives associées au bégaiement, et il faut aussi s'attarder à cet aspect», affirme Natacha Beausoleil.

La recherche scientifique ne permet toutefois pas encore d'expliquer pourquoi quatre fois plus de garçons que de filles souffrent de ce trouble de la parole. «Il y a seulement des hypothèses, on n'a pas encore trouvé la véritable explication. Peut-être que ça s'explique par des facteurs hormonaux», indique Mme Fortier Blanc.

Préjugés

Encore aujourd'hui, beaucoup de préjugés sont encore associés au bégaiement, ajoute-t-elle. «On a tendance à croire que ce sont des gens simples d'esprit, un peu niaiseux. C'est dommage, parce ce n'est vraiment pas le profil type de la personne», dit-elle.

De son côté, Mélanie Paiement a plutôt décidé d'en faire un atout, en devenant elle-même... orthophoniste. «Au début, j'avais peur d'être un cordonnier mal chaussé. Mais des orthophonistes m'ont encouragée en me disant qu'au contraire, j'étais peut-être mieux placée que d'autres pour comprendre ce que les gens vivent. Je peux expérimenter moi-même des trucs que je recommande aux gens.»

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