Réforme scolaire: un portrait plutôt sombre

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Les jeunes de la réforme perçoivent une plus grande utilité aux cours de français et ils ont l'impression que le climat d'apprentissage est moins centré sur la performance.

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Daphnée Dion-Viens
Le Soleil

(Québec) Tout indique que la réforme, qui devait rendre l'école plus stimulante, a raté une de ses principales cibles. Contrairement à ce qui était espéré, les élèves et leurs parents ont une vision plus négative de l'école que ceux qui n'ont pas goûté au renouveau pédagogique, selon les résultats préliminaires d'une vaste étude commandée par le ministère de l'Éducation.

En 2007, le Ministère a confié à l'équipe du professeur-chercheur Simon Larose, de l'Université Laval, le mandat d'évaluer les retombées de la réforme scolaire, après avoir essuyé plusieurs critiques pour son absence de suivi depuis la mise en oeuvre du renouveau pédagogique au tournant des années 2000. Cette vaste enquête baptisée projet ERES - pour «évaluation du renouveau à l'enseignement secondaire» - prendra fin en 2012.

L'opération est loin d'être terminée, mais les résultats obtenus jusqu'à maintenant sont «assez clairs», selon M. Larose. «La perception envers l'école des jeunes de la réforme et de leurs parents est moins positive. Sur le plan de la motivation, le portrait n'est pas favorable. On aurait souhaité l'inverse», affirme-t-il en entrevue au Soleil. Un des objectifs de la réforme était de créer une école plus attrayante et «signifiante» pour les élèves afin de réduire le décrochage scolaire.

L'équipe de M. Larose a d'abord questionné un groupe d'élèves et de parents qui n'ont pas connu la réforme. Le même questionnaire a ensuite été envoyé à une deuxième cohorte qui a vécu le renouveau pédagogique. Un troisième groupe d'élèves devra répondre aux mêmes questions pour valider le verdict, mais cette étape n'est pas encore terminée.

Cette opération permet de conclure que les jeunes de la réforme se jugent de façon moins positive que ceux de la première cohorte. La motivation, l'estime de soi et l'attachement envers leur école sont plus faibles chez les élèves à risque, tout comme le rendement en mathématiques des garçons et leur motivation à l'égard de l'histoire.

«On est dans les perceptions, mais on sait que si un jeune déclare qu'il n'est pas motivé, il y a de bonnes chances que son engagement envers l'école soit faible», affirme M. Larose.

Échecs scolaires

Les élèves de la réforme ont par ailleurs consulté davantage les services d'aide professionnelle et ont été plus nombreux à avoir un plan d'intervention. Selon leurs parents, ces mêmes jeunes ont échoué davantage de cours au secondaire et ont été plus nombreux à s'inscrire à des cours d'été.

Il est cependant trop tôt pour conclure qu'ils sont moins bons que les générations précédentes, prévient M. Larose. Un autre volet de l'enquête consistera à évaluer les connaissances des élèves avant et après la mise en oeuvre de la réforme, à l'aide des résultats à différents examens. «Mais si les parents sont justes dans leurs réponses, on peut supposer qu'il y a plus d'échecs», laisse-t-il tomber.

Les parents d'élèves de la réforme estiment par ailleurs que leurs enfants font moins de progrès scolaires. Ils sont aussi moins satisfaits de la relation avec l'école et jugent plus sévèrement les bulletins que ceux qui n'ont pas connu le renouveau pédagogique.

Selon M. Larose, il est toutefois difficile d'interpréter ces résultats puisque l'enquête n'est pas encore terminée. La perception plus négative des jeunes et de leurs parents pourrait s'expliquer par la période de transition associée à la mise en place de la réforme ou encore par les nombreuses critiques véhiculées par les médias envers le renouveau pédagogique, avance-t-il prudemment. «Il y a eu beaucoup d'instabilité entourant l'implantation de la réforme», rappelle le chercheur.

À force de se faire dire qu'ils étaient des cobayes de la réforme, des élèves ont peut-être fini par développer une perception plus négative envers l'école, ajoute-t-il.

Le portrait n'est cependant pas complètement noir. Parmi quelques rares éléments positifs, les jeunes de la réforme perçoivent une plus grande utilité des cours de français et ils ont l'impression que le climat d'apprentissage est moins centré sur la performance.

Quant aux fameuses «compétences transversales», qui ont fait couler beaucoup d'encre, les élèves de la réforme estiment que leur école a consacré moins d'efforts pour les amener à «communiquer», «se donner des méthodes de travail», «exploiter l'information» et «actualiser son potentiel» que la cohorte précédente.

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