Calendrier scolaire: un «gâchis» que Courchesne aurait pu éviter

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Michelle Courchesne

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Daphnée Dion-Viens
Le Soleil

(Québec) La ministre de l'Éducation, Michelle Courchesne, s'est retrouvée dans l'embarras cette semaine, forcée d'admettre que les modifications proposées au calendrier scolaire visaient aussi à accommoder les écoles juives illégales. Il n'en fallait pas plus pour relancer l'émotif débat sur les accommodements raisonnables. Un véritable gâchis qui aurait pu être évité, selon les experts interrogés par Le Soleil.

La semaine dernière, sans tambour ni trompette, la ministre Courchesne a déposé un projet de règlement visant à modifier le calendrier scolaire. Surprise. Désormais, l'enseignement la fin de semaine sera permis. Dans le milieu de l'éducation, c'est l'incompréhension totale.

La ministre Courchesne dit vouloir favoriser les projets particuliers encourageant la persévérance scolaire. Le lendemain, elle évoque aussi la nécessité d'assouplir le calendrier pour offrir des cours le soir et la fin de semaine à la formation professionnelle et aux adultes. Les explications ne convainquent qu'à moitié.

Puis, une semaine plus tard, le chat sort du sac. Le règlement vise aussi à accommoder six écoles illégales hassidiques, avec qui le Ministère a récemment conclu une entente. La décision a eu l'effet d'une bombe. Plusieurs ont joint leur voix à l'opposition péquiste pour dénoncer cet «accommodement déraisonnable», qui a fait jaser dans des tribunes téléphoniques.

Jouer franc-jeu

Or, la controverse aurait pu être évitée si la ministre Courchesne avait joué franc-jeu dès le départ, affirme Christian Dufour, politologue à l'École nationale d'administration publique. Ce «gâchis» n'a fait que jeter de l'huile sur le feu. «C'est très maladroit, la façon dont Mme Courchesne a géré le dossier. On a l'impression qu'elle a tenté de nous en passer une p'tite vite en cachette. Il y a un bris de confiance entre la ministre et la population et ça, c'est grave», affirme-t-il.

En agissant de la sorte, Mme Courchesne a aussi contribué à attiser les braises de l'intolérance, ajoute-t-il. «Le problème, c'est que ça crée de la méfiance et de l'antisémitisme. On a l'impression qu'on a voulu cacher un traitement de faveur accordé aux communautés juives, et c'est malsain. C'est vraiment un gâchis.»

Or, l'entente avec les écoles illégales juives est tout à fait défendable, affirme M. Dufour. «Ça aurait pu être présenté comme un succès, la ministre aurait dû l'assumer. Il y a des accommodements qui se défendent plus que d'autres. Ça démontre un manque de courage de la part du gouvernement.»

Ces écoles situées dans la grande région de Montréal contrevenaient aux règles gouvernementales depuis des années, en ne donnant pas tous les cours obligatoires au régime pédagogique. Selon des documents obtenus par Le Devoir, ces écoles se sont engagées à offrir ces cours le dimanche et l'été, ce qui sera dorénavant permis avec les modifications au calendrier scolaire mises de l'avant par la ministre Courchesne.

Deux écoles hassidiques ont toutefois refusé de se plier à cette entente. Leur dossier a été transféré au procureur général, a-t-on indiqué vendredi au cabinet.

Règlement démesuré

De son côté, Jean-Pierre Proulx, ancien président du Conseil supérieur de l'éducation, s'explique mal pourquoi on doit modifier le calendrier scolaire pour régler le cas des écoles illégales juives. «Ça me semble démesuré comme façon de faire. On aurait pu opter pour une disposition dérogatoire», dit-il.

M. Proulx s'étonne par ailleurs du peu de consultation entourant ce projet de règlement avant sa publication dans la Gazette officielle. Tous les acteurs du réseau - commissions scolaires, directeurs d'école, enseignants et parents - ont reproché à la ministre Courchesne son manque de consultation dans ce dossier. Il ne comprend d'ailleurs pas le lien évoqué entre les modifications au calendrier scolaire et les mesures pour contrer le décrochage. «On ne comprend pas la logique de sa réponse. Selon moi, elle a commis une erreur politique.»

Même son de cloche de la part de Thierry Giasson, spécialiste en communication politique à l'Université Laval. «Le manque de préparation sur une question aussi délicate, qui a déjà mis le gouvernement dans l'embarras, trahi un problème au niveau des communications. J'ai l'impression qu'il n'y a pas eu de préparation stratégique dans ce dossier et s'il y en a eu une, on ne peut que faire un constat d'échec.»

Rappelons qu'en 2004, le gouvernement Charest s'était aussi déjà retrouvé dans l'embarras à cause du financement accordé aux écoles juives.

Vendredi, la ministre Courchesne a reconnu qu'elle aurait dû être plus transparente dans ce dossier. Mais elle a continué à défendre bec et ongles le calendrier scolaire modifié, qui n'a pas fini de susciter la grogne dans les écoles du Québec.

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