Français au secondaire: les élèves pas à la hauteur

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Selon une étude de l'Université Laval, 57 % des élèves du secondaire considèrent qu'ils ont de la difficulté à maîtriser la grammaire française.

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Daphnée Dion-Viens
Le Soleil

(Québec) Sur les bancs d'école, la langue de Molière donne du fil à retordre aux élèves. La moitié des professeurs de français estiment que les élèves ne savent pas écrire convenablement et la majorité d'entre eux considèrent que les adolescents maîtrisent mal la grammaire, selon une vaste enquête réalisée dans les écoles du Québec.

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Les professeurs de français au secondaire sont presque unanimes: il faudrait réduire le nombre d'élèves dans chaque classe pour améliorer l'enseignement de la langue.

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Suzanne-G. Chartrand, professeure à la faculté des sciences de l'éducation de l'Université Laval, a réalisé cette étude en collaboration avec le Conseil supérieur de la langue française et l'Association des professeurs de français (AQPF). Au total, 801 enseignants et 1617 élèves de quatrième et cinquième secondaire y ont participé, à l'automne 2008. Les résultats préliminaires de cette recherche sont présentés jeudi matin à Québec, à l'occasion du congrès de l'AQPF.

«Une recherche comme celle-là ne s'est à peu près jamais faite au Québec. L'objectif était de savoir réellement ce qui se passe dans le cours de français et de comprendre pourquoi», affirme Mme Chartrand, qui a réalisé cette enquête conjointement avec Marie-Andrée Lord, étudiante au doctorat à l'Université Laval.

Le Conseil supérieur de la langue française avait réalisé une étude semblable en 1985, que Mme Chartrand a voulu mettre à jour. Des questions supplémentaires et deux autres volets ont été ajoutés à cette recherche, basée sur un échantillon scientifiquement représentatif. «C'est rarissime d'avoir un échantillon com­me celui-là. On peut vraiment extrapoler les résultats à l'ensemble du Québec», dit Mme Chartrand.

Un premier constat : les enseignants sont partagés lorsqu'on les interroge sur la maîtrise du français de leurs élèves. Même si, bon an mal an, plus de 80 % des élèves de cinquième secondaire réussissent l'épreuve uniforme de français du ministère de l'Éducation, la moitié des professeurs considèrent que la plupart des adolescents ne savent pas écrire convenablement à la fin de leur secondaire (48 %). Un constat qui en dit long sur l'examen ministériel, selon Mme Chartrand.

«Est-ce que cet examen mesure adéquatement les compétences en français des élèves? Je le répète depuis le premier examen, en 1986 : non. Ceux qui acceptent qu'un élève qui fait 25 fautes dans un texte de 500 mots obtienne 60 % sont des fossoyeurs de la langue française», lance-t-elle.

Or, en 1985, le constat des enseignants de français était encore plus sévère : 77 % d'entre eux considéraient que leurs élèves ne savaient pas bien écrire.

Grammaire mal connue

Par ailleurs, 75 % d'entre eux affirment aujourd'hui que les ados connaissent mal la grammaire à la fin de leurs études secondaires. Or, paradoxalement, les exercices de grammaire occupent une grande place dans la classe de français : 94 % des enseignants déclarent en faire une à plusieurs fois par semaine. Les exercices de grammaire arrivent en tête de liste des activités pratiquées le plus souvent en classe, suivis en ordre par la lecture, le vocabulaire, les productions écrites, les dictées et les productions orales.

«On pensait qu'il ne se faisait plus de grammaire dans les écoles du Québec, eh bien c'est faux, lance Mme Chartrand. Mais ce n'est pas nécessairement une bonne nouvelle. Toutes les études démontrent depuis 50 ans qu'il y a un problème avec les exercices de grammaire. Faire des exercices, ce n'est pas enseigner la grammaire. C'est inefficace», affirme cette spécialiste de la didactique du français.

Il faut plutôt s'assurer que les élèves comprennent les mécanismes de la langue française et qu'ils les utilisent convenablement lorsque vient le temps de rédiger des textes, précise-t-elle. «La production de textes devrait être au coeur de la classe de français.»

Or l'écriture n'arrive qu'au quatrième rang des activités les plus pratiquées en classe, selon les enseignants et les élèves interrogés. Moins de la moitié des profs (47 %) affirment en faire une pratique hebdomadaire, contre 41 % pour la dictée.

«Ça, c'est très inquiétant, lance Mme Chartrand. Le constat était le même en 1985. Il n'y a rien qui a changé. Si, comme élève, tu n'écris pas dans le cours de français, où écris-tu?»

Trop d'élèves

Une des raisons expliquant le peu d'engouement pour la rédaction de textes pourrait être le trop grand nombre d'élèves par classe, ce qui fait augmenter le travail de correction. Quand on demande aux profs ce qui permettrait d'améliorer l'enseignement du français, 99 % répondent qu'il faudrait diminuer la taille des grou­pes. «Le nombre d'élèves, c'est le nerf de la guerre, juge Mme Chartrand. Enseigner à 32 ou 35  élèves au secondaire, c'est beaucoup trop. Ça n'a pas de bon sens.»

La ministre de l'Éducation, Michelle Courchesne, a annoncé une réduction de la taille des groupes dans son plan pour lutter contre le décrochage, rendu public en septembre, mais les diminutions sont prévues au primaire seulement.

Défi de société

Au fil des ans, la tâche des professeurs a augmenté, tout comme le nombre d'élèves en difficulté dans les classes régulières, ajoute la chercheure, qui rappelle que la maîtrise du français sur les bancs d'école reste un «défi de société». D'ailleurs, 77 % des profs de français considèrent que la qualité du français au Québec s'est détériorée depuis 10 ans.

«On vit dans une société où on ne valorise pas la littérature, l'effort et le travail bien fait. Il est de plus en plus difficile de faire de la discipline en classe. Les enseignants doivent se battre contre tout ça», souligne-t-elle.

Plus de 90 % des profs interrogés estiment d'ailleurs qu'il faudrait être plus exigeant envers les élèves et 57 % pensent que les enseignants devraient être évalués régulièrement. «La formation initiale, au baccalauréat, doit être plus solide et la formation continue devrait être obligatoire, ajoute Mme Chartrand. Or, au Québec, il n'y a aucune volonté politique d'aller dans ce sens-là. Il ne faut pas rêver, ça ne se fera pas par une opération du Saint-Esprit.»

Les jeunes se plaignent eux aussi

Les élèves ont des lacunes en français et une bonne partie le reconnaissent: 57% d'entre eux considèrent qu'ils maîtrisent mal la grammaire. Une majorité (62 %) affirme toutefois qu'ils savent écrire convenablement, une fois leur diplôme d'études secondaires

obtenu.

Voilà quelques constats qui se dégagent de l'étude de Suzanne-G. Chartrand et de Marie-Andrée Lord sur l'enseignement du français à laquelle ont participé plus de 1600 élèves de quatrième et cinquième secondaire.

Même si la production de textes arrive au quatrième rang des activités réalisées en classe de français, la majorité des élèves interrogés affirment que l'écriture est l'activité la plus utile pour améliorer leurs compétences en français. Environ 75% des élèves estiment par ailleurs qu'ils font suffisamment d'exercices de grammaire. 

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