La réforme scolaire, cette mal-aimée

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Après toutes ces années, la réforme scolaire n'a pas encore permis de répondre à LA grande question : est-ce que ce grand virage aura permis de former des élèves plus instruits? 

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Daphnée Dion-Viens
Le Soleil

(Québec) Avec la fin de l'année scolaire qui approche, la réforme scolaire célèbre ses 10 ans cette année. Même après une décennie, cette réforme souvent mal-aimée soulève toujours les passions. Les petits Québécois réussissent-ils mieux qu'avant? La réforme a-t-elle rempli ses promesses? Retour sur un parcours semé d'embûches.

Réforme. Un petit mot tout simple, répété ad nauseam, qui suscite encore bien des grincements de dents dans le milieu de l'éducation. Pourtant, la réforme - rebaptisée «renouveau pédagogique» - a subi plusieurs opérations chirurgicales qui ont modifié considérablement son visage, au fil des ans. À un tel point que ses partisans craignent de ne plus la reconnaître. Mais ses détracteurs considèrent au con­traire que le lifting imposé reste superficiel.

Automne 1996. À la suite des États généraux sur l'éducation, un constat s'impose : pour améliorer la réussite des petits Québécois, l'école a grandement besoin d'une «cure de rajeunissement». L'objectif : faire passer d'ici 2010 de 68 % à 80 % le taux d'obtention d'un diplôme avant 20 ans.

En septembre 2000, c'est le grand saut. Toutes les écoles primaires plongent tête première dans la réforme, qui entre en vigueur en maternelle, première et deuxième année.

Au menu : l'enseignement se fait désormais en fonction des compétences à développer, à partir des connaissances acquises par l'élève. Le ministère fait la promotion de la fameuse pédagogie par projet, pour rendre l'apprentissage plus concret, tout en rappelant qu'il ne s'agit que d'une des nombreuses façons d'appliquer la réforme en classe. Ainsi, les élèves peuvent jongler avec les mathématiques en mettant sur pied une mini-entreprise.

Le curriculum a aussi été épuré pour privilégier les matières de base. Les cours d'économie familiale ont été mis de côté pour faire plus de place au français, par exemple. Au primaire, les petits de première et deuxième année passent deux heures de plus chaque semaine à étudier la langue de Molière. Mais les changements ne se font pas sans heurts. Les profs se sentent bousculés.

Les syndicats d'enseignants critiquent le manque de formation et de préparation. Les journaux regorgent de lettres de parents qui craignent que leurs enfants ne servent de cobayes. L'implantation de la réforme se fait de façon inégale, toutes les écoles n'étant pas prêtes à prendre le virage en même temps.

Le tout, dans un contexte de restrictions budgétaires, rappelle la présidente de la Fédération des syndicats de l'enseignement (FSE), Manon Bernard.

Pour s'ajuster aux critiques, les ministres de l'Éducation qui se sont succédé ont rajusté le tir. Ou négocié les virages tout en maintenant le cap, pour reprendre une expression maintes fois répétée par l'ancien ministre Jean-Marc Fournier.

Nombreux changements

Dix ans et de nombreux changements plus tard (voir l'encadré), certains craignent maintenant que la réforme ne perde son âme.

«Le renouveau pédagogique, lors­qu'il est bien appliqué, amène beaucoup de positif pour l'élève, affirme Sandra Marques, enseignante d'anglais au secondaire. On rend l'apprentissage beaucoup plus concret. Mais avec les derniers changements, j'ai l'impression qu'on recule.»

Mais pour d'autres, les changements ne sont que cosmétiques. La coalition Stoppons la réforme, créée en 2006, rêve toujours de signer l'arrêt de mort du renouveau pédagogique. Même si beaucoup d'eau a coulé sous les ponts, la FSE peine quant à elle à trouver du bon dans ce grand chambardement scolaire.

«Il y a eu trop d'écueils pour y voir du positif», affirme Mme Bernard. Et puisque les enseignants sont encore empêtrés dans les changements, avec la réforme de la réforme, il est encore difficile d'en faire un bilan, ajoute-t-elle.

Après toutes ces années, la réforme n'a d'ailleurs pas encore permis de répondre à LA grande question : est-ce que ce grand virage aura permis de former des élèves plus instruits?

Après avoir omis de planifier une évaluation de la réforme à ses tout premiers débuts, le ministère de l'Éducation a récemment corrigé le tir.

Depuis août 2007, l'équipe du chercheur Simon Larose, à l'Université Laval, a été mandatée pour passer la réforme sous examen, en comparant des cohortes qui n'ont pas connu le renouveau à celles qui ont les deux pieds dedans. Mais il faudra attendre encore un an avant d'avoir des résultats à se mettre sous la dent.

Pour l'instant, les bribes de données recueillies par le ministère laissent entrevoir des résultats décevants. Le taux de réussite des élèves de sixième année à l'épreuve uniforme de français est passé de 90 % en 2000 à 83 % en 2005. Il est toutefois «trop tôt pour établir une relation de cause à effet avec l'application du nouveau programme de formation», peut-on lire dans un rapport du ministère.

Le brouillard

Pour le reste, c'est le brouillard. L'automne dernier, le président de la Fédération des cégeps, Gaëtan Boucher, s'est dit perplexe devant le flou entourant le niveau de connaissances qu'auront acquis les élèves de la réforme au moment de franchir les portes des cégeps, l'an prochain.

Sur le terrain, plusieurs intervenants s'entendent pour dire que ce sont les élèves en difficulté qui ont le plus à perdre dans cette aventure. «En adaptation scolaire, on a fait une réforme pour arrêter de fabriquer des élèves en difficulté. Mais la promesse ne s'est pas concrétisée. On recule sur certains aspects», notamment en n'ayant pas assez misé sur la prévention auprès des plus petits, affirme Égide Royer, professeur en sciences de l'éducation à l'Université Laval.

Au cours des cinq dernières années, le nombre d'élèves en difficulté a augmenté de 20 %, selon les chiffres du ministère. Mais est-ce vraiment la faute de la réforme?

M. Royer en convient, cette mal-aimée a souvent eu le dos bien large. Et puisqu'il ne fait toujours pas l'unanimité, le renouveau pédagogique continuera de soulever les passions encore longtemps.

LE RENOUVEAU PÉDAGOGIQUE REVU ET CORRIGÉ

*Le premier grand virage

Armé d'un rapport ciblant de sérieux ratés, l'ancien ministre Jean-Marc Fournier impose à la réforme son premier grand virage, en 2006. Les programmes de formation en français, en anglais, en mathématiques et en science et technologie seront revus. Une série d'examens en français, en anglais, en maths et en sciences sont aussi introduits pour mieux comparer

les résultats des cohortes à venir.

*Le retour du redoublement

Réintroduit timidement au primaire en 2005, le redoublement est revenu par la grande porte en 2007, gracieuseté de la ministre de l'Éducation Michelle Courchesne. Le redoublement reste plutôt exceptionnel en première secondaire, mais la pratique est redevenue réalité pour les autres années, tant au primaire qu'au secondaire. Le portrait varie toutefois beaucoup d'une école à l'autre. 

*Le nouveau bulletin chiffré

Après plusieurs années de grogne dans les rangs des parents, le gouvernement Charest réintroduit le bulletin chiffré au printemps 2007, reléguant aux oubliettes les lettres et les cotes. Les moyennes de groupe réapparaissent dans ce nouveau bulletin simplifié qui, malgré les efforts, ne fait toutefois pas encore l'unanimité.

*Pleins feux sur le français

Pour redorer la qualité de la langue de Molière, la ministre Courchesne lance un plan d'action pour l'amélioration de l'enseignement du français, en février 2008. Ce plan comprend une vingtaine de mesures allant de la rédaction d'une dictée par semaine à une meilleure formation des professeurs

de français.

*Place aux connaissances

Une grande révision des programmes est en cours, afin de préciser les connaissances à acquérir dans chaque programme. Un processus fastidieux, qui devrait être terminé en septembre pour le primaire et d'ici la fin de l'année pour le secondaire, promet la ministre Courchesne.

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