L'exposition invisible

À cause des intempéries qui finissent par effacer... (Michel Plourde/Dagmara Zawadska)

Agrandir

À cause des intempéries qui finissent par effacer les peintures, les sites d'art rupestre ne sont pas faciles à trouver.

Michel Plourde/Dagmara Zawadska

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Dossiers >

Retour sur 2016

Actualité

Retour sur 2016

L'année 2016 sous plusieurs angles: en objets, en coups de coeur, en caricatures, en photos, en percées scientifiques et en quiz. »

(Québec) LES PERCÉES SCIENTIFIQUES / L'année 2016 a été riche en découvertes pour la communauté scientifique de la capitale. Chacun dans son domaine, des chercheurs de la région ont écrit de nouveaux chapitres de l'histoire scientifique. Le Soleil vous présente, à raison d'une par jour, les percées les plus marquantes de l'année.

«C'est un très grand tableau. Il fait une vingtaine de mètres de long sur environ trois mètres de haut.»

Michel Plourde n'est ni critique ni marchand d'art; il est archéologue et chargé de cours au Département d'histoire de l'Université Laval. Et la «toile» dont il parle, «en fait, c'est une paroi rocheuse» qui se jette directement dans un lac.

Le chercheur a fait l'été dernier la découverte d'un des rares sites d'art rupestre au Québec - soit des peintures anciennes réalisées sur de la roche -, dans la région de Portneuf. Tracés à l'ocre rouge, sans doute par plusieurs personnes différentes qui sont passées par là au fil du temps, les motifs qu'on y trouve «sont comparables à ce qu'on voit dans d'autres sites d'art rupestre au Canada, il y a beaucoup de ressemblances. [...] Il y a des motifs qui reviennent régulièrement, comme des formes humanoïdes. On a aussi des personnages en canot, des illustrations de chasseurs. Les formes sont très simples, ce n'est jamais très élaboré. Il y a aussi des traits verticaux qui sont récurrents et qui peuvent faire penser à des rayons de soleil», explique M. Plourde.

Mais un des dessins est «très, très spécial, et pourrait ressembler à une carapace de tortue. On a aussi ce qui peut ressembler à une patte d'oiseau. Sinon, il y a beaucoup d'éléments sur la paroi, beaucoup de motifs qu'il reste à décoder», complète l'archéologue.

Il faut dire que les motifs sont en partie effacés. Si l'on se fie à l'âge d'autres fresques du genre au Canada, les peintures pourraient dater de l'époque des premiers contacts avec les Européens, il y a 400 à 500 ans - après quoi l'habitude de peindre la roche semble s'être perdue, pour des raisons qu'on ignore -, mais elles pourraient aussi remonter à aussi loin que 2000 ans. La paroi sur laquelle les dessins sont inscrits est légèrement inclinée vers le lac, ce qui a pu protéger en partie le site contre les intempéries, mais le temps a manifestement fait son oeuvre.

Un spécialiste de ce genre de peinture a tout de même pu confirmer à M. Plourde qu'il s'agit d'un des sites les plus intéressants au Québec.

Le temps a manifestement fait son oeuvre, comme... - image 3.0

Agrandir

Le temps a manifestement fait son oeuvre, comme le montrent la photo ci-contre (où l'infrarouge améliore beaucoup la visibilité des motifs).

Lieu secret

Mais il n'est pas, pour l'heure, question de révéler sur quel lac la paroi se trouve, avertit l'archéologue. «Ce sont des sites très sensibles au vandalisme. Il suffit d'un coup de canette aérosol et c'est fini, tout est fini. C'est déjà arrivé sur un autre site, sur la rivière Outaouais : toute l'information a été perdue. Alors, tout ce que je peux dire, c'est que c'est au nord de Sainte-Anne-de-Portneuf», dit-il. M. Plourde avait été mandaté pour examiner des sites archéologiques potentiels d'occupation du territoire par les Hurons dans un secteur sur le point d'être déboisé. C'est dans ce contexte, et avec la collaboration de la nation wendate, précise M. Plourde, qu'il est tombé sur le site rupestre.

On ignore qui sont les Amérindiens qui dessinaient ces motifs, à quelles nations autochtones ils appartenaient, et il est possible que l'on ne le sache jamais.

Même si ces sites sont nombreux dans le reste du Canada, «il y a très peu d'information à leur sujet dans les traditions orales autochtones, explique M. Plourde. J'ai un collègue qui a fait son doctorat sur les sites rupestres en Ontario, et il semble que certaines communautés connaissent ceux de leur territoire, mais en général on n'a à peu près rien dans les traditions orales sur ces sites-là. Mais d'un autre côté, on n'a pas encore fait cet exercice-là avec la tradition orale des Amérindiens au Québec, c'est un travail qu'il reste à faire. [...] C'est une tradition, de dessiner sur les pierres, qui s'est arrêtée à un moment donné, mais on n'est pas capables de l'expliquer.»

Autre mystère entourant ces sites : s'il n'y en a que 12 ou 13 répertoriés au Québec, on en connaît environ 400 en Ontario, et entre 2000 et 3000 dans l'ensemble du Canada. Pourquoi y en a-t-il si peu dans la Belle Province? «Il y a deux explications possibles, essentiellement. Ça peut être parce qu'il n'y a pas beaucoup de sites ici, mais ce serait étonnant [parce que s'il y en a beaucoup ailleurs, il n'y a pas de raison pour qu'il y en ait peu ici, NDLR]. Une autre explication serait que le territoire est très vaste et qu'il n'a pas encore été exploré par les archéologues. Il faut dire que ces sites-là sont souvent très difficiles à déceler pour M. et Mme Tout-le-Monde.»

Il reste encore beaucoup de travail à faire sur ce site, indique notre archéologue. Des travaux de documentation, de validation, d'analyse et de datation, si elle s'avère possible. La prochaine étape sera de «retourner sur le site cet hiver, parce que c'est là qu'on va avoir des conditions idéales pour prendre des photos très précises, sur la surface du lac gelé. Parce qu'en canot ou en chaloupe, c'est impossible de faire le relevé : tout bouge tout le temps. Et les reflets du soleil sur l'eau peuvent aussi rendre les images plus difficiles à décoder alors qu'en hiver, on se choisit une belle journée ensoleillée, avec pas trop de vent, et on s'installe», projette M. Plourde.

Partager

À lire aussi

  • Petit harfang va loin

    Retour sur 2016

    Petit harfang va loin

    LES PERCÉES SCIENTIFIQUES EN 2016 / En principe, un harfang des neiges est à peu près aussi à sa place dans le sud du Québec qu'un boeuf musqué dans... »

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer