Antoine Tanguay : le risque exquis du livre

C'est le goût du risque qui pousse Antoine... (Le Soleil, Patrice Laroche)

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C'est le goût du risque qui pousse Antoine Tanguay à continuer à s'impliquer dans le milieu du livre, même s'il se désole de la perte d'intérêt pour la littérature.

Le Soleil, Patrice Laroche

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(Québec) Avec une énergie comme la sienne, Antoine Tanguay aurait pu faire mille et un métiers. Mais justement, il ne voulait pas d'un «métier métier», comme il dit. Il devait se mettre en danger, et prendre des risques.

«À la base, je voulais devenir prof, mais je n'étais pas bon là-dedans. Je suis trop éparpillé [...] pour me concentrer sur une seule chose. Je ne m'enlignais pas vers quelque chose de très heureux.»

On lui soumet alors l'idée de fonder une maison d'édition. «J'ai dit non, parce qu'il y avait déjà beaucoup trop de monde» dans le monde de l'édition.

Goût du risque oblige, il finit par se lancer, en appliquant la «théorie des craques du plancher», soit de s'installer là où personne n'a établi sa niche. «Je ne me serais pas senti honnête de toute façon d'aller me substituer à un Boréal ou à un Leméac, qui font déjà un travail que je respecte.»

À ses yeux, il doit se décaler de la masse pour offrir des textes différents, étonnants. Pas un hasard d'ailleurs qu'Antoine Tanguay se décrive lui-même comme un éditeur d'étonnant (comprendre également détonnant).

Dès la fondation des Éditions Alto, en 2005, il s'étonne d'ailleurs lui-même en faisant paraître Nikolski, de Nicolas Dickner, roman qui remportera notamment le Prix des libraires du Québec, le Prix littéraire des collégiens et le prix Anne-Hébert. Parmi les autres titres parus sous les Éditions Alto, Les frères Sisters, de Patrick deWitt, et L'orangeraie, de Larry Tremblay, ont également remporté les grands honneurs. À noter que L'orangeraie est en cours de publication dans cinq pays (France, Taiwan, Israël, Allemagne et Hollande) et qu'il sera présenté au théâtre en 2016.

«Comme je publie peu d'auteurs, ils ont un avantage, c'est qu'on va travailler sur les textes assez longtemps, même très longtemps», précise Antoine Tanguay. 

Et après 10 ans de métier, il constate que «les auteurs québécois n'ont pas à rougir devant n'importe quel auteur d'un peu partout dans le monde. Souvent, on a tendance à penser que la littérature étrangère est plus noble, plus élevée, ce qui est tout à fait faux». Selon lui, «la littérature québécoise est très en forme».

Manque d'intérêt désolant

Il admet toutefois - et s'en désole - que la littérature n'est pas appréciée à sa juste valeur aujourd'hui. «Il faut que, collectivement, on nourrisse cette envie-là de redonner au livre [...] la valeur qu'il a au centre de nos vies.» 

L'éditeur avoue avoir déjà songé à abandonner Alto. Pas parce que les affaires n'étaient pas bonnes, précise--t-il, mais parce que le sens de son travail était remis en question par le manque d'intérêt généralisé pour la lecture.

Sauf que le désir de se mettre en danger l'a rattrapé. «Tu fais quoi? Tu te roules en boule et tu pleures? C'est très créatif, ça! Tu t'ajustes et tu repars!»

Et tu repars sur des bases solides, en mettant à profit les nouvelles technologies plutôt qu'en tentant de les combattre. «J'ai toujours vu le livre numérique comme un complément, parfois très intéressant, et qui peut être stimulant pour une production. Je ne pense pas que le livre numérique se substitue à un livre papier. C'est mon métier de trouver des canaux pour apporter des textes aux gens. Si c'est en papier, si c'est en signaux de fumée ou si c'est en code Morse, moi, j'ai juste à faire ma job, peu importe le format.» 

Nul doute qu'il en est capable, lui qui se décrit - avec raison -comme un «verbomoteur».

Et la suite des Éditions Alto? «Je vais faire des livres de plus en plus étonnants. Je vais m'offrir des libertés, je sais que les gens peuvent me suivre. Il faut que je continue à m'étonner.

Car, s'il s'ennuie - «et je m'ennuie très facilement dans la vie»-, Antoine Tanguay devra se trouver un nouveau défi.

D'ici là, il savoure le plaisir de faire un métier «qui n'en est pas un».

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