Claude Maurice: un malheur qui donne des ailes

Claude Maurice... (Photo le Soleil, Patrice Laroche)

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Claude Maurice

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(Québec) Lauréat : Claude Maurice, ancien directeur du centre d'hébergement Louis-Hébertet cofondateur de la Fondation Caecitas, qui vise le mieux-êtreet l'épanouissement des personnes handicapées visuelles.

Occasion : Il a récemment reçu deux prix pour souligner son implication auprès des gens vivant avec une déficience visuelle : le prix France-Legault, remis par l'Institut de réadaptation en déficience physique de Québec (IRDPQ) et le prix Denis-Langevin, remis par le Regroupement des personnes handicapées visuelles.

Claude Maurice a perdu la vue en 1965. Il avait 32 ans. Confronté à ce nouveau handicap, il aurait pu se laisser abattre. Au lieu de cela, il a accepté sa nouvelle situation, et s'en est fait des ailes.

Originaire de la région de Montréal, M. Maurice travaille au Canadien National lorsqu'il devient aveugle. «J'ai perdu un oeil en 1960, et l'ophtalmologiste m'a dit que l'autre suivrait dans à peu près cinq ans. Il ne s'est pas trompé, j'ai perdu l'autre oeil en 1965», se souvient-il. Durant ces cinq années, «je me refusais de croire que je perdrais la vue. C'était impossible pour moi de penser à ça.»

Et lorsque le malheur se produit, il ne se présente pas seul. «J'ai perdu ma job, mes amis, et ma famille était complètement désorientée. On ne savait pas quoi faire avec moi», raconte M. Maurice.

Bien à ses dépens, il apprend que dans le Québec des années 60, les handicapés visuels sont souvent laissés à eux-mêmes. «Les services étaient pratiquement inexistants pour les personnes qui perdaient la vue.» Un constat qui le mène à prendre les choses en main. «Ma motivation émane de ça. Moi, j'ai décidé à ce moment-là que je mettrais toutes mes énergies là-dedans, et j'en avais de l'énergie, à 32 ans!» lance au Soleil Claude Maurice, aujourd'hui âgé de 83 ans.

Toronto

Il se rend donc à Toronto afin de suivre un programme d'adaptation à la cécité, offert par l'Institut national canadien pour les aveugles (INCA). «Je ne connaissais rien de la cécité, et les services qu'on m'offrait, c'était à peu près une canne blanche et un "bonne chance". [...] Quand on m'a offert d'aller à Toronto, je suis allé parce que j'étais bilingue», raconte M. Maurice, dénonçant par le fait même le peu de services offerts aux Québécois non bilingues.

À son retour, Claude Maurice travaille pour l'INCA dans la région de Montréal et déménage, trois ans plus tard, à Québec afin d'administrer le nouveau centre d'hébergement Louis-Hébert, destiné aux personnes ayant une déficience visuelle. Il constate alors l'étendue des besoins et le peu de ressources qu'offre la capitale nationale à ses handicapés visuels.

«Quand j'ai perdu la vue, j'ai décidé qu'il y aurait des services uniformes au Québec. Toute mon énergie, je l'ai canalisée là. Je travaillais 12 heures par jour, ça me dérangeait pas. [...] Tous les matins, je me levais les poings serrés et me disais : "Encore une journée de bataille, mais je vais passer au travers", raconte M. Maurice.

Dans la foulée de la commission d'enquête Castonguay-Nepveu sur la santé et le bien-être social, il demande donc que le centre Louis-Hébert devienne un centre parapublic afin que des budgets gouvernementaux lui soient accordés. «Ça a marché, mais ça a été tout un travail», souligne M. Maurice.

Au fil des années, il participe également à la mise sur pied du centre de réadaptation pour le handicap visuel de Québec et de deux résidences pour personnes handicapées visuelles. Il souhaitait montrer «qu'il est possible de devenir autonome et de vivre en appartement». C'est d'ailleurs toujours le cas de Claude Maurice lui-même, qui demeure seul dans un appartement du quartier Saint-Sacrement.

Par la réadaptation, M. Maurice souhaite redonner confiance aux personnes handicapées visuelles. «Il faut développer son autonomie, que la personne reprenne confiance en elle et devienne autonome sous toutes ses formes.»

Et il continue de combattre, même s'il est officiellement retraité depuis 1992. «Je n'ai jamais arrêté, c'est ma vie. Je ne peux pas arrêter. Il y a trop de besoins.»

Il accepte par ailleurs les honneurs qu'on lui fait, mais pour une seule et unique raison : «Je les accepte parce que ça fait une visibilité pour la cause. Les gens qui vont perdre la vue [...] ils vont savoir qu'il y a des services. C'est important.»

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