Jacques Mathieu: l'homme du passé

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Durant toute sa carrière, l'historien Jacques Mathieu n'a jamais perdu de vue que l'intérêt pour le passé est intimement lié aux préoccupations du présent.

Le Soleil, Patrice Laroche

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(Québec) Lauréat: Jacques Mathieu, historien et professeur émérite de l'Université Laval
Occasion: Il a reçu le prix Gérard-Morisset, Prix du Québec dans la catégorie Patrimoine.

«Ce que j'aime de ce prix, c'est qu'il peut être partagé par mes collègues et mes étudiants. C'est une reconnaissance de ce que fait la recherche scientifique en sciences humaines.»

Historien spécialiste de la Nouvelle-France, professeur émérite de l'Université Laval, chevalier de l'Ordre des Palmes académiques de la République française, Jacques Mathieu n'en était pas à une première récompense, au moment d'accepter en novembre dernier un Prix du Québec pour souligner son apport au patrimoine québécois.

Mais demandez au résident de Beauport de vous raconter son histoire, il vous racontera celle des autres. De ses professeurs, de ses étudiants, de nos ancêtres... Difficile de sortir l'historien de l'homme!

Son intérêt pour le passé, il l'a d'abord développé au Petit Séminaire de Québec. Des professeurs l'ont marqué. L'abbé Godbout, à qui il a consacré une série documentaire plusieurs dizaines d'années plus tard. L'abbé Simard, aussi, à qui il attribue son choix de carrière. «Il donnait un cours sur le quiétisme. Ça m'a beaucoup marqué. On ne connaissait même pas ce mot-là en commençant et il avait réussi à nous expliquer le sujet dans une signification très actuelle pour nous.»

Durant toute sa carrière, Jacques Mathieu ne perdra pas de vue que l'intérêt pour le passé est intimement lié aux préoccupations du présent.

En 1962, il entreprend des études en histoire à l'Université Laval en pleine Révolution tranquille. «L'année avant moi, il y avait 3 étudiants en histoire. Notre année, on était 13. La suivante 40, et lorsque j'ai commencé à donner des cours quelques années plus tard, il y avait des classes de 200 élèves!»

Jacques Mathieu se considère comme chanceux d'avoir été en amont de cette grande vague d'intérêt pour l'histoire et la culture. «Je crois que ce qui a marqué ma carrière, c'est la recherche innovante. Comme j'étais parmi les premiers arrivés dans le domaine, j'ai toujours eu la chance de pouvoir explorer des aspects de notre histoire tout à fait nouveaux.»

Après un saut à Paris pour étudier en archivistique, il revient à Québec comme archiviste à l'Assemblée nationale. Mais l'Université Laval le rapatrie rapidement. D'abord professeur d'archivistique, on lui confie ensuite l'enseignement de l'histoire.

Un travail dont il garde de très heureux souvenirs. Ses moments d'enseignant les plus gratifiants, il les a eus en constatant l'évolution personnelle et sociale de plusieurs étudiants qui arrivaient dans ses cours très introvertis et en ressortaient transformés. «Parfois, comme prof, tu donnes naissance à quelqu'un. C'est absolument extraordinaire.»

Carrière de défis

Apprécié et efficace partout où il passe à l'université, il relèvera de nouveaux défis toute sa carrière. À la tête du Centre d'étude sur la langue, les arts et les traditions, titulaire d'une chaire de recherche sur la francophonie nord-américaine, il deviendra successivement directeur des départements d'histoire, de littérature et de génie civil puis doyen de la faculté des lettres.

Si la carrière de «gestionnaire administratif» de Jacques Mathieu est couronnée de succès, elle reste secondaire à sa carrière de «gestionnaire scientifique». Sa première thèse porte sur la construction navale. Il s'intéresse ensuite au commerce triangulaire, puis au patrimoine familial.

Encore aujourd'hui, il s'anime en parlant de ce que nous enseigne l'étude des arbres généalogiques et de la division des terres sur la solidarité et les jeux d'alliance dans les différentes régions de la Nouvelle-France. «J'ai déjà écrit qu'à Neuville les gens étaient plus généreux de leurs filles que de leurs terres!» lance-t-il avec le sourire.

En plus de ses étudiants, Jacques Mathieu s'affaire durant toute sa carrière à partager sa passion pour l'histoire avec le public. Il publie de nombreux livres, participe à la création, en France, du Musée de l'émigration française au Canada et aide à monter l'exposition inaugurale du Musée de la civilisation de Québec, Mémoires.

«Dans Mémoires, on démystifiait les mythes de notre histoire. Certains aspects plus cachés aussi, comme la violence faite aux femmes en Nouvelle-France. Le musée n'était pas sûr de vouloir en parler. On a dit: si on ne parle pas de ça, il n'y a pas d'exposition!» Mémoires devait durer cinq ans, elle en durera 15.

En revenant sur sa carrière et le travail accompli avec ses collègues, il se réjouit d'avoir participé à créer une histoire propre à la Nouvelle-France. «Dans notre démarche, la Nouvelle-France a cessé d'être une extension de la France. Ce n'est plus uniquement l'histoire d'une colonie française.»

Retraité de sa carrière universitaire depuis 2010, Jacques Mathieu en a profité pour se lancer dans de nouveaux projets. Il a récemment cosigné Curieuses histoires de plantes du Canada et planche sur la rédaction de deux autres livres. L'année 2017 marquera le 400e anniversaire de l'installation de Louis Hébert à Québec, et il se donne pour mission de briser l'image erronée de riche héritier de ce pionnier de la Nouvelle-France.

Quand compte-t-il s'arrêter? Pas de sitôt. «Je ne peux pas. L'histoire, c'est à la fois une passion et occupation absolument fascinante.»

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