Sylvain Moineau: contre l'ennemi invisible

Le travail de Sylvain Moineau sur les bactériophages... (Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve)

Agrandir

Le travail de Sylvain Moineau sur les bactériophages a contribué à améliorer la qualité des fromages produits par Agropur.

Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(Québec) Sylvain Moineau mène une lutte sans fin contre un ennemi invisible: les bactériophages, des virus qui infectent les bactéries et les détruisent. Un travail de recherche fondamentale qui trouve une application extrêmement concrète dans le comptoir des fromages.

Lauréat: Sylvain Moineau, chercheur et professeur de microbiologie à l'Université Laval

Occasion: Il a reçu le prix Synergie pour l'innovation du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada.

----

La qualité des travaux du professeur de microbiologie à l'Université Laval a été reconnue récemment par la remise du prix Synergie pour l'innovation du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada. Il a reçu cette reconnaissance conjointement avec la coopérative laitière Agropur avec qui il collabore depuis maintenant près de 18 ans.

Les virus, ou phages, sont naturellement présents dans l'environnement. Et naturellement, ils tuent des bactéries, bonnes ou mauvaises, sans distinction. Parmi elles, les bactéries lactiques utilisées dans la fabrication du fromage.

Lorsque Agropur a contacté le spécialiste, l'entreprise avait de graves problèmes de déclassement de cargaisons entières en raison de l'inactivation des cultures bactériennes par des phages.

Imaginez, raconte le scientifique. Dans la seule usine de Notre-Dame-du-Bon-Conseil, près de Drummondville, il entre un million de litres de lait par jour. Si les bactéries utilisées pour la fabrication du cheddar sont neutralisées, c'est toute cette production qui est anéantie. Les pertes économiques sont énormes.

L'expertise de M. Moineau et de son équipe s'avère particulièrement pertinente pour la grande industrie, mais il leur arrive aussi de répondre aux demandes de petits fromagers.

Agropur a sa propre collection de bactéries qu'elle cultive depuis plusieurs décennies. «Quand on est arrivé, il a fallu faire le ménage.»

Car lorsqu'un virus s'est incrusté quelque part, il ne suffit pas de faire un peu d'époussetage pour s'en débarrasser.

Cela dit, les virus sont des «bibites» en constante évolution. Il faut suivre les nouvelles interactions qui se créent, être en avance pour éviter les effets néfastes.

Pour Sylvain Moineau, le prix Synergie obtenu dans la catégorie Partenariat avec de grandes entreprises est aussi une bonne indication qu'il est possible d'instaurer des collaborations réussies entre l'université et l'entreprise privée, dans ce cas-ci une coopérative de producteurs laitiers.

«Nous, on fait de la recherche fondamentale. Agropur a toujours compris qu'on devait former des étudiants et publier des articles scientifiques. Eux, ils ont leur centre de recherche appliquée.»

C'est parce que chacun des partenaires y a trouvé son compte que le mariage a tenu le coup.

Si le gain de ces travaux est avant tout économique - éviter des pertes à l'entreprise -, ils profitent aussi aux consommateurs, dit M. Moineau, en permettant la réalisation de meilleurs fromages. «Agropur gagne régulièrement des prix, on participe à ça. Pas à la diversité, ça ce sont les fromagers, mais la qualité, oui.»

Aspect non négligeable du prix, celui-ci est assorti d'une bourse de 200 000 $ pouvant être utilisée sans contrainte, un luxe rare pour des chercheurs. «Ça n'arrive jamais. C'est magique, on va pouvoir explorer des pistes plus risquées», se réjouit-il.

Dans son laboratoire situé au sous-sol du Pavillon de médecine dentaire, l'équipe du Dr Moineau mène ses travaux sur les bactéries lactiques, mais aussi sur des bactéries d'un autre type, pathogènes celles-là, pour voir comment elles pourraient être combattues elles aussi par des phages. Par exemple la Listéria ou l'E. coli.

«Il faut que les microbiologistes prennent leur place. Beaucoup de problèmes environnementaux relèvent de la microbiologie. Il y a eu la crise de la légionellose, les problèmes d'algues...»

En d'autres mots, il y a de l'avenir dans le métier!

Partager

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer