Jean Provencher: historien, explorateur de la mémoire

À 68 ans, Jean Provencher a écrit près... (Le Soleil, Pascal Ratthé)

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À 68 ans, Jean Provencher a écrit près d'une trentaine de livres jusqu'ici, et il écrit encore.

Le Soleil, Pascal Ratthé

(Québec) Lauréat : Jean Provencher Occasion : il a reçu le prix Gérard-Morisset

Jean Provencher aime bien mieux raconter l'histoire des autres. «L'autopromotion, j'suis pas fort là-dessus...», avoue-t-il avec son rire si spontané. Mais pour recevoir le prix Gérard-Morisset, il a bien dû sortir de l'ombre un peu. Voici l'histoire d'un raconteur qui a passé sa vie à explorer notre mémoire, à la recherche de ce qu'elle avait oublié.

Il ne pensait jamais mériter cet honneur. «Mon parcours est tellement pas classique, dit-il. Je suis travailleur autonome en histoire depuis 35 ans.»

Jean Provencher, c'était d'abord un petit gars de Trois-Rivières. «Nous étions de condition modes­te», a-t-il raconté lors de la remise du prix, en rendant hommage à sa mère, toujours là, à 92 ans. «Elle nous disait sans arrêt : "Soyez fiers, les enfants. Soyez toujours fiers".»

En 1964, il doit quitter sa ville pour aller à l'université. Montréal lui semble trop grosse, trop anonyme, Québec plus sympathique. Il s'inscrit en histoire, mais son rêve, c'était l'écriture. «On avait étudié Le Grand Meaulnes, d'Alain Fournier. L'abbé Bellemare nous montrait comment la langue française permettait d'exprimer tou­tes les nuances. Je me suis dit : "Ah ben baptême! je veux goûter à ce bonbon-là, moi..."»

Dès le premier cours d'histoire, un professeur lui tend un piège dont il n'est jamais sorti.

«Pendant la pause, je vois apparaître mon prof, qui me demande : "T'es qui toé? Qu'est-ce que tu veux faire?" Je lui dis : "Vous savez, l'histoire, ça m'intéresse plus ou moins. Moi je voudrais plutôt écrire".»

«Tu veux écrire? Bon, alors viens à mon bureau mardi prochain.»

Le professeur, c'était Jean Hamelin, qui lui confie une commande pour un article sur les relations Québec-Montréal par le fleuve Saint-Laurent en 1750. «Je voulais juste faire sa recherche, mais il me dit, comme ça : "Youhou! Tu veux écri­re? Alors écris!"»

Jean Hamelin est devenu, et res­té, son maître. «On s'est parlé au moins une fois par semaine, jus­qu'à sa mort, en 1998. Il m'a inspiré sans jamais chercher à me modeler à son image.»

L'épisode «1918»

Après l'université, il travaille cinq ans pour le Dictionnaire biographique du Canada. En 1971, il écrit Québec sous la Loi des mesures de guerre - 1918, un épisode de notre histoire qui était tombé dans l'oubli, dit-il. «J'étais tellement content quand la Ville a créé, en 1998, la Place du printemps 1918, juste en bas, à l'intersection des rues Saint-Vallier et Saint-Joseph.»

Le livre deviendra une pièce de théâtre, grâce à Paul Hébert. Elle sera la pièce la plus vue en 1973-1974. Radio-Canada en fait un téléthéâtre qui remporte le prix du meilleur documentaire dramatique des deux réseaux, anglais et français, en 1975.

Entre-temps, il publie la première biographie de René Lévesque, en 1973, et puis un pamphlet, La grande peur d'octobre 1970, pour décrire, à partir de journaux de l'époque, l'évolution de l'opinion publique. Mais dans Le Devoir, Pierre Vallières qualifie l'oeuvre de «gobe-sous». Il se jure de ne plus jamais toucher à la politique.

«Simplicité volontaire»

En 1976 il part vivre, quelques années, dans le village de Sainte-Anastasie. Aujourd'hui, on appellerait ça la simplicité volontaire. «Pour moi, ça voulait dire abandonner l'histoire... C'est à quatre pattes, dans le champ de patates, que je me suis dit qu'il y aurait peut-être moyen de réconcilier ma vieille peau d'historien avec mes nouveaux intérêts pour le milieu naturel. Si j'étudiais comment nos ancêtres vivaient ce milieu naturel, ça me donnerait un nouveau potager... historique.»

Le résultat, ce sera ses Quatre saisons dans la vallée du Saint-Laurent. Un projet qui s'étirera sur près de neuf ans, sa plus gran­de réalisation. «Boréal ne savait pas trop dans quoi je les embarquais, mais ils ont appuyé mon projet, et ils l'appuient toujours, après 31 ans. Dans l'édition au Québec, ça ne se voit à peu près jamais.»

Il voulait un livre accessible au commun des mortels. «Quand j'ai terminé mon manuscrit du Printemps, j'en ai laissé une copie à ma mère en lui disant : "Ne vous gênez pas pour crayonner". Si t'avais vu tout ce qu'elle avait mis d'annotations là-dedans... Je me suis dit : "Si une femme qui a quitté l'école après la sixième année à l'école peut se plonger dans mon livre, c'est gagné!"»

Jean Provencher a écrit près d'une trentaine de livres jusqu'ici, et il écrit encore. «Financièrement c'est dur. J'ai 68 ans, sans fonds de pension ni chômage. Il faut que je travaille jusqu'à ma mort, mais si un jour on me retrouve, la tête sur le clavier, ça sera une très belle mort!» Et puis cette année, le 21 mai, sa vie a pris un autre virage. Il a lancé son site Internet.

«Je viens d'ouvrir les portes d'une immense bibliothèque, s'émerveil­le-t-il. Des gens de tous les coins du monde m'écrivent, m'envoient du matériel.» Le voilà qui vous parle de Google Analytics, de ses visiteurs venus de 68 pays. «J'ai même reçu des photos de Rapide-Danseur, en Abitibi. Quel nom magnifique! Ça vient des Indiens, qui devaient sauter d'une roche à l'autre pour traverser un rapide.»

Ça lui ressemble un peu, vous ne trouvez pas?

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