Un «libéral souverainiste» qui ne faisait pas l'unanimité

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Jean-Paul L'Allier a représenté la circonscription de Deux-Montagnes entre 1970 et 1976.

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Jean-Paul L'Allier 1938-2016

Politique

Jean-Paul L'Allier 1938-2016

L'ex-maire de Québec, Jean-Paul L'Allier, est décédé dans la nuit du 4 au 5 janvier 2016. »

(Québec) On connaissait Jean-Paul L'Allier le maire, moins le député et ministre libéral. Celui qui a représenté la circonscription de Deux-Montagnes entre 1970 et 1976 se décrivait comme un «libéral souverainiste» peu apprécié de la vieille garde du parti.

Lors d'une entrevue réalisée en 2008 pour les capsules «Mémoires de députés», présentées sur le site de l'Assemblée nationale, Jean-Paul L'Allier raconte qu'il avait hérité de deux ministères, ceux des Communications et de la Fonction publique, alors qu'il n'avait que 31 ans et qu'il était vert en politique.

«Il y avait une certaine animosité de la part de certains de mes collègues qui n'avaient pas de ministère. Les conservateurs de la famille libérale n'étaient pas favorables à des gens comme moi ou Claude Castonguay [le père de l'assurance maladie]», se remémore M. L'Allier, avant de raconter une anecdote révélatrice de l'état d'esprit de ces «vieux libéraux».

«Au lendemain de l'élection de 1973, où on avait fait élire 102 députés sur 110, le député de Laurier, André Marchand, m'avait dit ceci : "Castonguay est parti, on a eu 102 députés. Si tu étais parti, on en aurait eu 110." Ça désarçonne. Je me sentais en dehors de la gang des vieux libéraux.»

Au sein du gouvernement Bourrassa, Jean-Paul L'Allier était vu comme un bagarreur, lui qui a notamment revendiqué auprès du fédéral la responsabilité de gérer la câblodistribution. «J'avais l'appui de Bourrassa [...]. Mais j'ai appris ensuite qu'il arrivait qu'on nous utilise, moi et des ministres comme [Jean] Cournoyer ou [Claude] Simard, pour dire au fédéral : si vous voulez qu'on les tienne à l'intérieur du bercail, qu'on ne soit pas toujours contre le fédéral... On servait un peu de monnaie d'échange. Ça ne me scandalise pas. C'est ça, la politique», se remémorait M. L'Allier en 2008.

«Concours de circonstances»

Pour lui, son arrivée en politique provinciale en 1970 était le fruit d'un «concours de circonstances». Celui qui devait se présenter comme candidat dans Deux-Montagnes, Guy Bélisle, alors maire de Saint-Eustache, avait changé d'avis à 15 jours du déclenchement des élections. Il fallait un remplaçant, Robert Bourrassa a demandé à M. L'Allier, qui travaillait alors comme fonctionnaire aux relations internationales.

«J'étais originaire de Mirabel. Il n'y avait pas un village dans le comté de Deux-Montagnes où je n'avais pas de parents. Mon père, qui était boulanger, avait livré le pain dans la moitié des villages, alors quand j'ai fait ma première campagne, j'étais vu comme le fils de Paul. Des vieux bleus [de l'Union nationale] me disaient : on va voter pour toi. Et j'ai été élu avec 2000 de majorité», raconte celui qui a également été ministre des Affaires culturelles en 1975 et 1976, en plus d'être responsable de l'Office franco-québécois pour la jeunesse entre 1970 et 1976.

Au lendemain de sa défaite, en 1976, Jean-Paul L'Allier a dû se ressaisir. «Le téléphone ne sonne plus, le parti ne s'occupe pas de toi, il n'y a pas de service post mortem, tu vides tes bureaux... Je suis donc retourné à ma vie privée et j'ai loué des locaux sur la côte de la Canoterie», relate l'avocat de formation, qui agira aussi à titre de conseiller en affaires publiques jusqu'à son arrivée à la mairie de Québec, en 1989.

Lorsqu'il s'est impliqué pour le Oui au référendum de 1980, 60 % des mandats de son bureau provenaient de l'Agence canadienne de développement international (ACDI). «Après ma prise de position, quelqu'un à Ottawa a donné l'instruction de couper tous mes mandats. Mon bureau est alors passé de 15 à 6 personnes. Mais je ne regrette pas les positions que j'ai prises en 1980 et en 1995.»

Vaugeois perd un ami

L'historien Denis Vaugeois considère que le nouveau cours... (Photothèque Le Soleil) - image 4.0

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L'historien Denis Vaugeois considère que le nouveau cours n'est pas «biaisé» et qu'il ne contient pas de «propagande». 

Photothèque Le Soleil

Ministre des Affaires culturelles de 1978 à 1981, puis ministre des Communications en 1979 et 1980, l'éditeur Denis Vaugeois a marché dans les souliers de Jean-Paul L'Allier, qu'il considérait comme un ami malgré leurs allégeances politiques différentes.

«Quand tu démissionnes [M. Vaugeois a démissionné comme député en 1985], le lendemain, tu n'es plus rien, plus personne ne t'appelle, et il n'y avait pas d'indemnité de départ à l'époque. Le premier appel que j'ai reçu, c'est celui de Jean-Paul L'Allier. Il me disait qu'il comprenait c'était quoi, un lendemain. Il avait un bureau de consultants dans le Vieux-Québec, et il m'a offert de m'y installer», raconte au Soleil l'historien de formation.

Denis Vaugeois a accepté l'invitation et, au bout de quelques semaines, M. L'Allier lui a parlé d'un chasseur de têtes qui était à la recherche d'un éditeur. «C'est lui qui m'a mis sur la piste» de l'édition, résume le président des éditions du Septentrion, qui a vu M. L'Allier pour la dernière fois cet été. «Il voulait qu'on se voie pour parler de choses et d'autres. Je crois qu'il songeait à écrire ses mémoires.»

Denis Vaugeois, qui a hérité du fameux livre vert de Jean-Paul L'Allier prônant l'intégration d'une «conscience culturelle» au sein de tout l'appareil étatique, garde le souvenir d'un politicien compétent, engagé et combatif. «Lorsqu'il s'est présenté à la mairie de Québec contre le péquiste Jean-François Bertrand, c'est Jean-Paul L'Allier que j'ai appuyé, même s'il était associé au Parti libéral», souligne M. Vaugeois.

Une anecdote a particulièrement marqué l'éditeur. C'était dans les années 80, quand Jean-Paul L'Allier a été approché pour le poste de délégué à Bruxelles. «À l'époque, il recevait une pension de l'État. Lorsqu'on lui a demandé si le poste l'intéressait, il a dit oui, mais il a indiqué qu'il ne voulait plus recevoir la pension le temps qu'il occuperait ses fonctions de délégué. Personne ne le lui avait demandé, c'est venu de lui.»

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