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Jean-Paul L'Allier

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Jean-Paul L'Allier 1938-2016

Politique

Jean-Paul L'Allier 1938-2016

L'ex-maire de Québec, Jean-Paul L'Allier, est décédé dans la nuit du 4 au 5 janvier 2016. »

(Québec) En septembre 2014, Jean-Paul L'Allier accordait une longue entrevue à notre journaliste Normand Provencher pour souligner les 25 ans de son accession à la mairie de Québec, à la tête du Rassemblement populaire. Affable et courtois, le politicien avait accepté notre demande à la condition expresse de ne pas avoir à répondre à des questions sur l'actualité municipale. Le rôle de «belle-mère», très peu pour lui. Le Soleil vous présente l'intégralité de cette rencontre où il avait abordé plusieurs souvenirs de son règne de 16 ans, bons et mauvais.

Il y aura 25 ans, en novembre, Jean-Paul L'Allier était élu maire de Québec, à la tête du Rassemblement populaire. Ses quatre mandats, 16 ans au total, ont été ponctués de plusieurs dossiers chauds: fusions municipales, échec du rêve olympique, revitalisation du quartier Saint-Roch. Regard dans le rétroviseur avec un politicien aguerri qui continue à nourrir une grande fierté pour Québec et ses citoyens.

Ne comptez pas sur Jean-Paul L'Allier pour être la belle-mère de la scène municipale de Québec. Les règlements de comptes, les reproches et autres admonestations publics à l'endroit de ses successeurs, très peu pour lui. «J'accepte l'entrevue, lance-t-il tout de go, à l'autre bout du fil, mais à une seule condition: pas de questions sur l'actualité municipale.»

C'était à prendre ou à laisser. On a pris. Lieu du rendez-vous, à sa suggestion, le Cercle de la Garnison, rue Saint-Louis, dont il est membre depuis une trentaine d'années. Un lieu rempli d'histoire qui le ramène en arrière, à l'époque où, adolescent, il était venu à Québec pour un stage estival à la Citadelle, à un jet de pierre de là.

À 76 ans, le politicien n'a rien perdu de sa verve et de son éloquence. Assis dans les jardins de l'institution plus que centenaire, dans un matin qui trahit les premiers signes de l'automne, il se prête avec plaisir au jeu de l'entrevue, heureux de pouvoir ramener à son bon souvenir les collègues de la première heure du Rassemblement populaire (RP), les Claude Cantin, Jacques Fiset, Marie Leclerc, Pierre Mainguy, Lise Lemieux et autres Réjean Lemoine. Ensemble, en novembre 1989, il avait mis fin au règne de 16 ans de Jean Pelletier.

«Un défi extraordinaire»

«J'en garde un beau souvenir. C'était un défi extraordinaire, confie-t-il. Nous n'étions pas sûrs de gagner, pas sûrs de rien, en fait. On travaillait beaucoup en équipe. On était comme le Rouge et Or la première fois qu'il a gagné [la Coupe Vanier]. [...] On a réussi à faire de la politique en conservant des standards assez élevés, à faire ce qu'on voulait faire et à le faire ensemble, à réhabiliter une certaine démocratie municipale.»

Courtisé par le RP, l'ancien ministre sous Robert Bourassa s'intéressait alors bien peu à la politique municipale même s'il habitait la capitale depuis 25 ans. Il a fallu plusieurs soupers et soirées de «fréquentations» avec les instances du parti pour le convaincre de dire oui aux «fiançailles», en juin 1988.

À son arrivée à l'hôtel de ville, Jean-Paul L'Allier ne pensait jamais que son mandat s'échelonnerait sur 16 ans. «Je m'étais mis en tête d'en faire huit. Ça nous donnait le temps de faire quelque chose qui avait du sens. Puis, j'ai décidé d'en faire 12, comme mes prédécesseurs, Gilles Lamontagne et Jean Pelletier. C'est Mme Boucher qui m'a poussé dans mon quatrième mandat [lire le texte "La fin des guerres de clocher comme legs"].»

Fier de Québec

Jean-Paul L'Allier demeure fier de Québec, «surtout des gens qui ont acquis la fierté de leur ville». Mais il avoue s'être battu pour y parvenir. La revitalisation du quartier Saint-Roch n'a pas été facile à vendre. «La Basse-Ville était comme un chancre dans l'esprit des gens. On avait peur d'y aller.»

L'aménagement du jardin de Saint-Roch, là où l'administration Pelletier prévoyait plutôt la construction de la Grande Place, sorte de Galeries Lafayette avec stationnements multiples, a représenté «un gros défi». À son grand bonheur, la nature, les arbres, la verdure l'ont finalement emporté sur le béton.

Un regret: la mort dans l'oeuf du projet de l'escalier monumental, sous les bretelles de l'autoroute Dufferin, qui devait représenter le legs de la France aux Fêtes du 400e. L'incapacité d'une entente de financement avec Québec et Ottawa et la montée aux barricades des animateurs de radio ont contribué à enterrer l'idée.

«Ça m'est resté dans la gorge, car le projet venait compléter l'aménagement de Saint-Roch. Ce n'était pas juste un escalier ou une décoration. C'était un projet d'aménagement urbain. Un escalier à quatre grands paliers représentant quatre siècles d'histoire. Sur chaque palier, des tableaux, textes et faits saillants de ce siècle. Avec un ruisseau artificiel qui descend et atterrit dans quatre bassins. Je crois que ç'aurait bien vieilli...»

***

En dates

  • 12 août 1938: naissance à Hudson. «Mes parents ont habité là deux ans. J'ai passé mon enfance dans la région de Saint-Scholastique.»
  • 29 avril 1970: élu député libéralde Deux-Montagnes
  • 5 août 1975: nommé ministre des Affaires culturelles dans le gouvernement Bourassa
  • 5 novembre 1989: élu maire de Québec à la tête du Rassemblement populaire
  • 12 mai 1992: nommé officier de la Légion d'honneur par le président de la République française, Jacques Chirac
***

«On n'a pas fait de cadeaux aux syndicats»

Jean-Paul L'Allier se défend d'avoir été trop généreux avec les syndicats municipaux pendant son règne à l'hôtel de ville de Québec, ce qui aurait contribué dans l'esprit populaire à creuser les déficits des régimes de retraite.

«On n'a pas fait de cadeaux aux syndicats. On a eu des négociations serrées et sévères dans le respect des gens [...] Ce sont les néolibéraux qui disent ça. Certains ont intérêt à pousser là-dessus pour séparer le monde du travail.»

Depuis sa retraite, l'ex-maire s'est fait discret sur le sujet, sauf en décembre 2013, alors qu'il avait prononcé une allocution devant le Syndicat des professionnels du gouvernement, les invitant à se défendre devant les dénigreurs et ne plus se laisser «écoeurer». Il persiste et signe. Jamais vous ne l'entendrez casser du sucre sur le dos de la fonction publique.

«Il faut avoir du respect à l'endroit des fonctionnaires. On ne fait pas de millage en tapant dessus, au contraire. On ne peut pas à la fois mettre la fonction publique en danger et penser que le Québec va se développer.»

Le débat sur les régimes de retraite, sujet chaud s'il est un, l'ex-maire L'Allier l'observe avec un parti pris en faveur des fonctionnaires. À son avis, le respect des signatures est primordial.

«Il faut que tu regardes l'ensemble. Tu ne peux pas venir voir ces gens-là et leur dire: "On s'est trompés il y a 15 ans, on va vous redemander ce qu'on vous a donné pour les fonds de pension, mais on va oublier ce que vous demandiez en salaires." Si tu veux ouvrir ça, tu dois ouvrir toute la boîte.»

L'ex-maire de Québec sur...

L'ex-mairesse Andrée Boucher

«Je n'ai jamais eu de mauvaises relations avec Mme Boucher. C'était l'ennemie entre guillemets de la Ville de Québec dans ses aspirations, mais nous avions une relation positive. On ne s'engueulait pas, on se regardait quand on se parlait, on connaissait la distance qui nous séparait.»

Le pont de Québec

«C'est un désastre. Le gouvernement fédéral se fout complètement de nous autres. C'est peut-être un gros préjugé, mais on dirait qu'il ne veut pas qu'on soit différent, spectaculaire. Les libéraux ont été meilleurs que les conservateurs dans ce dossier.

Le départ des Nordiques...

«On ne prend pas l'argent dans les poches des contribuables pour construire un nouveau colisée dans une ville de 185 000 habitants. C'était un choix, peut-être que je me suis trompé, mais je ne pense pas.»

... et un hypothétique retour des Nordiques

(rires) «J'avais dit quoi pour donner mon accord à l'entrevue?»

Terminé, le rêve olympique

Même s'il a moussé avec ferveur la candidature de Québec pour l'obtention des Jeux olympiques d'hiver de 2002, l'ex-maire Jean-Paul L'Allier estime qu'il est temps de tourner la page et de cesser de nourrir des chimères. «Si j'étais à la mairie, je ne pousserais jamais pour les Jeux olympiques. C'est un projet qui n'est plus un projet urbain. La région n'a pas grand-chose à en retirer.»

La démesure des Jeux et la facture colossale à payer pour la Ville et le pays hôte - 55 milliards $ pour Sotchi - sont des facteurs qui l'ont fait déchanter depuis l'aventure ratée d'il y a 19 ans. «Ça roule dans le fric. C'est devenu essentiellement du branding [pour les compagnies]. C'est un gros party, mais quand les touristes repartent, c'est plein de papiers par terre et c'est vide...», poursuit-il, déplorant du même souffle le délabrement des infrastructures de plusieurs villes olympiques des dernières décennies.

«C'est lourd à porter pour une région. La fierté ne dure pas trop longtemps et ensuite, t'es pogné avec les problèmes...». Des propos qui font écho à l'opinion du maire Régis Labeaume, qui n'a jamais caché sa réticence à l'idée d'aller de l'avant avec une nouvelle candidature. À l'époque, la Ville avait pourtant charmé les bonzes du Comité international olympique, se souvient M. L'Allier. L'actuel président, l'Allemand Thomas Bach, alors directeur du comité d'évaluation des candidatures, n'avait que des éloges à l'endroit de la capitale.

«Il nous avait dit que notre candidature était techniquement impeccable. Il y avait bien le problème de la montagne [pour les épreuves de ski alpin], mais il était impressionné pour une ville qui posait sa candidature pour la première fois.»

Le 16 juin 1995, Québec recevait le verdict comme un seau d'eau glacée sur la tête. Seulement sept votes au final, loin derrière Östersung, en Suède, Sion, en Suisse (14 votes) et la gagnante, Salt Lake City (54 votes).

La fin des guerres de clocher comme legs

Projet vertement contesté à son troisième mandat, les fusions municipales demeurent pour Jean-Paul L'Allier un legs qu'il ne remettra jamais en question. À son avis, Québec ne serait pas ce qu'elle est sans la décision de mettre fin aux guerres de clochers avec les villes de banlieue.

«Sans les fusions, explique-t-il, Québec aurait continué à être une ville de 185 000 habitants, une belle ville jardin-village qui se fait grignoter son développement par la périphérie. L'objectif des fusions était d'être plus fort ensemble plutôt que divisé à 13 autour d'une table [la défunte Communauté urbaine de Québec (CUQ)] qui ne servait qu'à faire des arbitrages.»

Plus d'une fois, l'ex-maire a pris avec colère et déception le refus de ses collègues des banlieues d'assumer leur part de la facture pour des équipements et services de la ville-centre utilisés par leurs citoyens. Des municipalités, comme Sainte-Foy, Beauport et Charlesbourg, elles-mêmes nées de fusions, ironise-t-il.

À son avis, Québec était l'éternelle perdante en matière de fiscalité municipale. «La fiscalité est basée sur la concurrence qu'une ville doit faire pour arracher le développement à celle d'à côté. C'est là qu'on peut aller chercher de nouvelles taxes. Si une ville n'a pas de contraintes urbaines, culturelles ou sociales, elle peut décider d'ouvrir son développement à rabais. Ensuite, on est pris avec l'étalement urbain, la construction d'autoroutes et d'écoles.»

Le bâton du pèlerin

Jean-Paul L'Allier estime avoir pris son bâton du pèlerin à plusieurs reprises pour convaincre ses collègues maires. Il se souvient de sa proposition de trois grandes villes, à l'est, à l'ouest et au centre. Dans son bureau, il avait déployé une carte de la CUQ devant Andrée Boucher, maniant la baguette devant elle pour dessiner les frontières de ces villes imaginaires. Résultat : un non catégorique. «Elle, c'était Sainte-Foy, point final à la ligne, avec le profil de ce que devait offrir une ville de banlieue: services à la population, sécurité, propreté. Tout le reste, il n'en était pas question.»

Lors de la candidature de Québec pour les Jeux olympiques d'hiver de 2002, il se souvient aussi avec amertume de la rebuffade des autres municipalités pour le projet de construction d'un nouveau colisée. Une lettre, envoyée à tous les maires de la grande région, une trentaine au total, pour les inviter à en faire «le premier grand équipement régional», avait été balayée du revers de la main. «Ça m'a donné un coup sur la façon de faire les choses ensemble.»

La décision de l'ex-mairesse Andrée Boucher de se porter candidate à la mairie en 2001 «pour sortir des fusions» l'a convaincu de rempiler pour un quatrième mandat. Son entourage croyait plutôt qu'il tirerait sa révérence. L'entrée en scène de son adversaire lui a fait prendre la décision sur-le-champ. «En scrum, entouré par les journalistes, j'avais déclaré qu'elle allait me trouver sur mon chemin. Je voulais absolument défendre ce qu'on avait réussi à faire.

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