Quand la colère des Premières Nations mène aux urnes

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Le grand chef Derek Nepinak, à l'Assemblée des grands chefs du Manitoba

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Les Canadiens sont appelés aux urnes le 19 octobre. »

La Presse Canadienne
Winnipeg

Les militants des Premières Nations qui ont passé des mois à mobiliser leurs membres estiment que les affronts du gouvernement Harper contre les autochtones se sont retournés contre lui : ils ont été si nombreux à se rendre aux urnes que certaines réserves ont manqué de bulletins de vote.

Dans quelques communautés, le taux de participation a bondi de 270% aux élections du 19 octobre malgré l'adoption de la Loi sur l'intégrité des élections, qui complique le processus d'identification des électeurs.

Dans la circonscription de Kenora, qui abrite 40 Premières Nations au nord de l'Ontario, le taux de participation sur les réserves a augmenté de 73%. Au moins quatre de ces communautés ont manqué de bulletins de vote et ont dû utiliser des photocopies ou attendre que d'autres feuilles soient acheminées au bureau.

C'était encourageant à voir pour Tania Cameron, qui a mené une campagne pour encourager ses concitoyens à exercer leur droit de vote - dont certains l'ont fait pour la première fois de leur vie. Le taux de participation surprendra probablement Stephen Harper, a-t-elle ajouté.

La conseillère de bande de la Première Nation de Dalles, en Ontario, a lancé la page «Rock the Vote» sur Facebook et a organisé plusieurs «cliniques d'identification», où les électeurs pouvaient vérifier s'ils étaient inscrits sur la liste électorale et s'ils avaient les documents nécessaires pour pouvoir voter. La démarche a d'ailleurs fait tache d'huile dans d'autres communautés à travers le pays.

Les autochtones avaient prouvé leur militantisme avec le mouvement Idle No More et, selon l'analyse de Mme Cameron, M. Harper s'est dit qu'il ne fallait pas que ces gens-là votent. Elle a voulu lui donner tort.

«L'intention de M. Harper était d'étouffer le vote autochtone et cela m'a motivée. C'est devenu populaire. Je crois que l'empressement de vouloir se débarrasser du gouvernement Harper en montrant que ses tactiques d'oppression ne fonctionneraient pas a été une motivation importante pour les gens qui ont décidé de s'exprimer», a soutenu celle qui a déjà été candidate pour le Nouveau Parti démocratique (NPD).

Nombre record de députés

Un nombre record de 10 députés autochtones ont été élus lors de la victoire du Parti libéral, qui a défait le Parti conservateur au pouvoir depuis près d'une décennie. À Kenora, où le vote autochtone a grimpé en flèche, le ministre conservateur des Ressources naturelles, Greg Rickford, a perdu son siège. M. Rickford a même terminé au troisième rang, devancé par le libéral élu Bob Nault et l'ancien chef du NPD de l'Ontario, Howard Hampton.

Bien qu'Élections Canada n'ait pas encore calculé le taux de participation des Premières Nations, les chefs autochtones croient que les élections «ont réveillé un géant endormi» parmi un électorat généralement en retrait.

Mme Cameron a relaté que lorsque certains bureaux avaient manqué de bulletins, personne n'a quitté les lieux; les électeurs ont simplement attendu que les nouveaux arrivent.

Leah Gazan, militante autochtone et professeure en éducation à l'Université de Winnipeg, juge que le haut taux de participation prédit est un résultat direct des politiques controversées de Stephen Harper.

«Il a été plutôt violent avec les autochtones par des coupes agressives et une loi agressive qui visait à réduire au silence les peuples autochtones. Alors qu'il tentait de diviser, il a plutôt amené les gens [à s'unir]», a-t-elle expliqué.

On ne sait pas encore si cet engagement sera durable, a remarqué Mme Gazan, mais les autochtones ont démontré par ces élections qu'ils ne devaient pas être ignorés et négligés par le gouvernement.

«L'une des raisons pour lesquelles ils [les politiciens] ne s'y attardent pas est que cela n'a pas d'impact sur leurs privilèges. Avec un haut taux de participation chez les autochtones, ils vont comprendre qu'ils ne peuvent pas les prendre pour acquis», a-t-elle analysé.

Le Parti libéral avait fait plusieurs promesses touchant les autochtones, dont celle de lancer une commission d'enquête sur les femmes autochtones disparues et assassinées.

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